D’un trait de fusain de Cathy Ytak

J’ai retrouvé le chemin du blog pour vous parler d’un de mes derniers coup de coeur. J’aimerais vraiment le faire plus régulièrement, mais c’est compliqué, non pas par manque d’idée ou d’envie, mais simplement par manque de temps !

D’un trait de fusain de Cathy Ytak, donc (Talents Hauts, 2017).

d'un trait de fusain

1992. Mary, Monelle, Julien et Sami sont lycéens dans une école d’art. En cours de dessin, leur modèle préféré s’appelle Joos. Il est jeune, libre et beau. 

Et j’ai du mal à compléter le résumé. A trouver l’équilibre entre ne pas trop en dire sur l’intrigue et en dévoiler suffisamment pour montrer le côté engagé du roman. Mais je ne pourrai pas parler correctement de ce livre sans parler de Sami et de Joos qui tombent amoureux. Sans parler du sida. Sans parler d’Act Up où Mary va finir par militer. Alors j’en dis sans doute un peu plus que d’habitude sur l’intrigue, en me disant que je savais tout ça avant de lire le livre et qu’à aucun moment ça ne m’a gâché la lecture.

Parce que ce roman m’a complètement embarquée. Je l’ai dévoré rapidement, j’ai été tour à tour amusée, émue, en colère. Dans la gentille dédicace qu’elle m’a faite, Cathy Ytak parle de rage et de douceur, et c’est tout à fait ça.

J’ai été très touchée par l’évolution de Marie-Ange tout au long du roman. Marie-Ange qui a grandit dans une famille de “vieux réacs”, étouffante, maltraitante.

“Il y a ces paroles encore marquées au fer rouge dans sa tête ; celles de son père, intimement persuadé que les filles ne valent rien, et celles de sa mère, encombrées de silence (…). Les yeux baissés, les cuisses serrées, la peur des hommes en héritage, la haine du corps en transmission.”

Marie-Ange qui ne rêve que de partir et qui compte les jours jusqu’à ses 18 ans. Qui va grandir tout au long de ce roman. S’affirmer. Devenir Mary.

Grandir avec et par les autres. Au cours d’un week end à Saint-Malo où soudain une amitié de lycéens devient beaucoup plus. Où quelques jours suffisent à les transformer.

Grandir aussi par le dessin, qui les réunit. Si Marie-Ange dessine au début des autoportraits, des “trucs repoussants” qui “diraient la douleur suffocante qui empêche de parler”, le dessin lui permettra aussi d’appréhender, de façon bien plus douce, le corps de l’autre.

C’est au travers du cadre précis d’un viseur ou cerné par destraits de crayon qu’ils se dévoilent d’abord. Concentrés, respectueux, tendus vers le meilleur rendu, le plus joli tracé, Pimpin et Mary s’apprivoisent, se caressent des yeux, font mine de ne pas s’apercevoir du trouve qu’ils provoquent chez l’autre et qui les envahit en retour. Et finissent par tirer les rideaux sur cette journée d’hiver. 

L’importance des autres pour changer soi-même, en particulier à l’adolescence, et la place de la pratique artistique m’ont évoqué ce qui m’avait plu dans 3000 façons de te dire je t’aime de Marie-Aude Murail.

 

Mais ici, les personnages grandissent aussi forcés par le sida qui entre dans leur vie, l’homophobie qui les laisse seuls face à cela. En se battant contre la maladie. En militant. En cachant leur combat à ceux qui ne comprendraient pas, au lycée, aux parents. La douleur et la colère sont là, au centre. Dévastatrices, mais qui donnent aussi l’énergie pour avancer, lutter, militer. Pour que les choses changent.

Elle aimerait expliquer à Monelle combien ses propres réflexions et colères ont trouvé un écho dans celles de ces luttes collectives, que ce soit à Act Up, Aides ou d’autres encore, qui se battent sans relâche.

Ne plus se taire. Et ne jamais baisser les bras.

Alors oui, elle aurait pu militer ailleurs. Ou ne pas militer du tout. Mais il y a eu Sami et Joos, et le sida sur leur parcours. Et c’est devenu toute sa vie, une vie d’adulte avant l’âge, peut-être, qui oscille sans cesse être la fête et le désespoir.

Impossible pour moi de parler de ce livre sans parler du magnifique film 120 battements par minute. Parce que je n’étais qu’enfant au début des années 90, je n’ai pas de souvenir d’Act Up à cette époque (mon premier souvenir de cette association, c’est un mariage homosexuel à Notre-Dame en 2005), et les images que le livre a évoqué, ce sont celles du film vu il y a quelques semaines. Cathy Ytak, ancienne militante, a écrit le roman avant ce film, mais elle fait elle-même le lien entre les deux sur son blog.

Dans l’un comme dans l’autre, on découvre cette “façon de militer, faite de rage et de rires, de couleurs, de mises en scène et d’images”. Ce mouvement permanent face à l’immobilité de l’hôpital et de la mort. Qui m’a emporté en tant que lectrice comme il m’a emporté en tant que spectatrice.

“S’habituer… S’habituer à passer du rire aux larmes en quelques secondes. De la plaisanterie la moins fine à la peur la plus forte. Avec la mort infiltrée. Mais sérieusement, quand on a dix-sept ou dix-huit ans, ça veut dire quoi, mourir, si on n’a rien vécu ?

 

Ce roman est publié dans une collection de romans historiques chez Talents Hauts, les héroïques. Pour moi, c’est l’époque de mon enfance, celle des cabines téléphoniques, du minitel et des walkman. Pour des ados d’aujourd’hui, c’était avant leur naissance. Et pourtant, ce livre est d’une actualité brulante. Act Up le rappelle.

Pour finir, cette chanson de France Gall, évidemment, évoquée dans le livre.

Et aussi les beaux articles sur ce roman de Bob et Jean-Michel, la mare aux mots, arcanes ouvertes

Après avoir écrit cet article, je me suis demandé si j’allais le publier ici ou sur Fille d’Album où il aurait sa place. Mais vu la façon dont j’en parlais, coup de coeur plus que réelle analyse des représentations, il me paraissait plus à sa place ici. J’ai cependant tenu à en dire quelques mots là-bas aussi.

Là où tombent les anges

De Charlotte Bousquet, je connaissais la BD Rouge tagada et la série qui a suivi. Et puis une de mes anciennes collègues a posé là où tombent les anges sur mon bureau en me disant “je viens de lire ce bouquin, c’est un gros coup de coeur, et je suis sûre que tu vas adorer”. Et elle a eu raison.

là où tombent les anges

Solange, Lili et Clémence. En 1912, ces trois couturières découvrent la vie parisienne. Solange épouse Robert Maximilien, qu’elle n’aime pas et qui est tyrannique mais qui lui apporte un certain confort. Elle s’occupe de sa vieille tante maussade. Lili, audacieuse et joyeuse, se produit comme chanteuse dans les cabarets. Clémence, jeune ouvrière, tombe éperdument amoureuse de Pierre. Mais la guerre arrive…

« La France est en guerre. La France a besoin de ses généraux pour gagner, de ses hommes pour se faire tuer et de ses femmes pour fabriquer les armes. C’est un mécanisme bien huilé. Et ni les Pierre ni les Clémence ni les Lili ni les Solange ne sont assez puissants pour l’enrayer. »

On est immédiatement plongé dans ce début du XXe siècle. Les extraits de journaux ou d’écrits d’époque qui ouvrent les articles contribuent à nous mettre dans l’ambiance. On parle un peu du front, mais surtout de ce qui se passe à l’arrière.

Et donc, surtout, de ce que vivent les femmes. Des bourgeoises, des ouvrières d’usines de munition, des veuves de guerre, des artistes, des journalistes… Tout le monde se croise dans ce livre. L’alternance de narration à la troisième personne, d’écrits de journaux intimes, de lettres échangées entre elles ou avec leurs hommes aux front nous permet de comprendre chacune, avec leurs angoisses, leurs choix et leurs contraintes.

Je crois que depuis que nous avons lancé le groupe Maternités Féministes, je m’intéresse de plus en plus aux témoignages de femmes, au vécu des femmes. Et même si on est ici dans la fiction (avec l’apparition de quelques figures historiques), c’est ce qui m’a le plus plu dans ce livre : suivre l’évolution de ces femmes. En particulier de Solange, qui a fui un père violent pour se retrouver sous la coupe d’un mari abusif, mais qui peu à peu va trouver la force d’écrire sa propre voix. J’ai trouvé ce personnage superbe, et ne l’ai pas du tout lu de la même manière que cette lectrice.

Au delà des destins individuels, ce roman est passionnant sur la condition féminine à l’époque, sur l’émergence d’un mouvement féministe.

« Le problème, c’est qu’aucun de vos droits n’est acquis (…). Votre pays vous craint. Jusqu’à ce que la guerre éclate, vous n’étiez que de petits êtres fragiles et innocents. Quand les hommes sont partis, vous avez pris leur place : vous avez dévoilé votre jeu. Vous n’êtes ni frêles ni dépendantes. Et vous êtes aussi compétentes qu’eux. Si j’étais eux, je serais un peu effrayée, tout de même… »

Et a, je trouve, des échos forts avec ce que nous vivons aujourd’hui. Je pense par exemple à ce passage sur une grève des couturières et ce qu’en dit Solange : « Les quotidiens évoquent la grève des midinettes avec une bienveillance teintée de condescendance : “ruée joyeuse”, “envolée”, les couturières qui protestent contre la vie chère et le samedi chômé sont considérées comme de jolies oiselles par les journalistes, non comme de vraies manifestantes. (…). C’est vrai qu’elles sont jolies et pimpantes, les cousettes, mais cela m’agace de lire partout cela. En même temps, je crois que c’est pour elle la meilleure façon de gagner la sympathie des gens. Légères, gentilles et grévistes. Cela sonne moins austère et moins menaçant que “revendicatrices et rebelles”»

Mais il ne faut pas limiter ce roman à un exposé sur la condition féminine, c’est avant tout un texte où le souffle romanesque est puissant, où on s’attache aux personnages, où on tremble pour certains d’entre eux. J’ai été émue aux larmes à certains passages. Un roman qu’on a du mal à lâcher.

C’est un coup de coeur.

Et comme on me pose souvent la question de l’âge… Ce roman est publié dans une collection pour grands ados. Et je pense en effet qu’il n’est pas destiné à des ados trop jeunes, d’un part en raison de la violence présente dans le texte (viol, descriptions dures du front…), mais aussi parce qu’on suit des adultes, et non des adolescents, avec leurs questionnement d’adultes. Je pense qu’on peut le conseiller à partir de 14-15 ans, ainsi qu’aux adultes.

Si vous voulez en lire plus sur ce roman, voilà la chronique de Sophie Pilaire.

Dans le désordre de Marion Brunet

Sept personnes qui se rencontrent en manif, dans la révolte, dans le désordre, refusant la vie qu’on leur impose. Ils décident de vivre ensemble selon leurs propres règles, en squat et en meute. Au sein de la meute, Jeanne et Basile vont se trouver.

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J’avais adoré frangine de Marion Brunet et j’attendais avec impatience ce roman. Au point de l’acheter parce que j’en avais marre d’attendre qu’il arrive à la bibliothèque ! Là encore, elle est en résonnance avec l’actualité sans l’aborder frontalement.

Et au final, j’ai été un peu déstabilisée par ce livre.

J’ai adoré l’écriture de Marion Brunet. Un vrai bonheur de lecture, tout comme frangine, d’ailleurs. J’aime sa manière de manier les mots, l’alternance de scènes d’action (scènes de manif en particulier) et des moments de calme et d’introspection, sa façon de décrire le sentiment amoureux, son talent pour faire exister des personnages secondaires. J’ai aimé le portrait de groupe. Mais aussi la relation amoureuse naissante entre Jeanne et Basile.

J’ai été emportée.

Et pourtant, je garde de cette lecture un sentiment d’inachevé.

Ce roman se construit sur l’exaltation. De la rencontre, le la vie commune, de la revendication, du militantisme, de la révolte, du coup de foudre… Et c’est beau et enthousiasmant.

Tonio ressert du café. Jeanne savoure l’instant, au milieu de la petite meute pensante, discordante sans doute mais qui rêve d’amorcer un siège, une lutte. Elle ne cherche pas d’échappatoire. Il y a longtemps qu’elle refuse la bouillie fade d’une vie calibrée et d’un système dégueulasse, déjà mort – Marc a tellement raison. Le cynisme ne suffit plus, et elle a envie d’écraser du talon sa lucidité triste. Elle veut faire partie de l’agitation, du grand Tout qui bourdonne : entrer dans la danse. Mais pas toute seule, non. La solitaire en elle se laisse amadouer par l’élan, par les autres.

C’est nouveau et doux, mais pas seulement ; ça la remue, aussi, comme une musique, et tout ça la traverse, pousse en elle à grande vitesse, parce que la graine y sommeillait depuis très longtemps. Jeanne vibre du bout de chacun de ses doigts, tendus ou repliés, agités, prêts à caresser ou à se serrer en poing. Et elle voit bien qu’elle n’est pas seule : ça circule entre eux comme une évidence, à grands pas. La guerre, c’est la guerre. Et parfois, ça ressemble à de l’amour.

Mais finalement, les personnages sont paradoxalement figés dans cette jeunesse, dans ce mouvement (par un évènement que j’ai un peu trop senti venir…).

J’ai été un peu frustrée, finalement, de ne pas lire ce qui se passe « après ». Comment, passé l’enthousiasme du début, on vit ensemble, en autogestion ? Comment ne pas être usée par les difficultés ?  Comment on évolue, ensemble ou non, dans cette vie ? J’aurais aimé qu’on donne plus d’importance aux personnages plus âgés.

Mais est-ce un défaut du livre, ou est-ce que c’est que je suis trop vieille pour ce livre destiné aux adolescents ? Est-ce que j’ai perdu cet enthousiasme et cette vigueur ? Est-ce que je me pose des questions d’adultes que je ne me serais pas posé à 18 ou 20 ans, parce que je n’en suis tout simplement plus au même stade de ma vie ? Ou est-ce que je n’ai jamais eu cet enthousiasme, cet emportement parce que j’ai toujours été trop raisonnable ? Est-ce que je ressemble trop aux bobos détachés des vrais problèmes sociaux dont un des personnages fait le portrait (et dont l’enfant porte le même prénom que mon fils ^^) ?

Alors j’aimerais avoir d’autres avis sur ce livre. Et en tout cas, cette réserve ne gâche aucunement le plaisir de lecture. J’ai donc déjà fait lire ce livre (à un ami de mon âge qui partage les mêmes réserves) et je le conseillerai vivement, autant à des jeunes qu’à des adultes !

Et décidément, je suis bien fan des dernières publications de la collection Exprim de chez Sarbacane, entre les deux romans de Marion Brunet, Dysfonctionnelle d’Axl Cendres et les petites reines de Clémentine Beauvais qui va, je l’espère, bientôt avoir droit à un article !

Lectures d’été

Récemment (enfin presque), sur instagram, @annelefevre me demandait une liste de livre à lire sur la plage. J’étais un peu embêtée. Déjà parce que 90% de mes lectures sont des romans pour ados et même si je milite pour en faire lire aussi aux adultes, je ne les conseille pas de la même manière. Et puis parce que j’ai très très peu lu cette année, et que j’ai donc peu de livres “validés” à conseiller.

En revanche, j’ai… quelques envies de lecture pour moi.

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Comment ça c’est trop pour 15 jours de vacances en famille ?

Alors j’ai décidé de faire un article mélangeant conseils à partir de mes lectures mais aussi à partir de mes envies ! Allons-y par genre.

Littérature générale

J’aime beaucoup, en ce moment, ce que fait la collection X’ de chez Sarbacane. C’est une collection pour (grands) ados, mais j’y pioche souvent aussi dans mes conseils pour les adultes. J’ai eu récemment un gros coup de coeur pour Dysfonctionnelle d’Axl Cendres. C’est à la fois complètement loufoque et réaliste. A la fois hilarant et triste. A la fois léger et grave. Doux-amer. Sans que l’un l’emporte sur l’autre. Et sans jamais que ça paraisse fabriqué. (oui, je m’autocite. C’est pour avoir une chance de publier cet article avant de partir).

J’ai adoré le premier roman que j’ai lu de Marion Brunet aussi, Frangine. J’avais adoré la délicatesse de son écriture et sa manière d’aborder avec tact un sujet d’actualité sensible. Et pour les vacances j’ai craqué pour son dernier, dans le désordre. L’histoire d’une bande de jeunes gens engagés, entre manifs et vie en squat. Une histoire d’engagement et une histoire d’amour. Là encore, on retrouve une actualité brulante, je trouve.

dans le désordre

Et toujours dans les “envies” dans cette collection, je ne vous ai pas encore parlé des petites reines de Clémentine Beauvais, mais j’ai beaucoup aimé, et j’attends avec impatience son roman qui sort fin août, songe à la douceur, écrit uniquement en vers.

Fantasy

Que celles et ceux qui ne l’ont pas encore lu se réjouissent, ils vont découvrir un bijou. La série la passe-miroir de Christelle Dabos.

fiancés de l(hiver Dabos

J’ai lu le tome 2 récemment, et comme pour le tome 1, j’ai été emportée, j’ai vibré, je l’ai dévoré et j’attends avec la plus grande impatience le tome 3.

Je l’ai fait lire à des ados, à des adultes, à des gens qui n’aiment pas la fantasy… Tous l’ont adoré. Lancez-vous sans crainte !!

Je l’ai découvert dans un article de télérama, parce qu’il avait gagné le concours du Premier Roman Jeunesse organisé par Gallimard Jeunesse, Télérama et RTL. Du coup, j’ai prévu de lire cet été le gagnant de l’édition suivante, les mystères de larispem de Lucie Pierrat-Pajot, dont l’ambiance rétro-futuriste m’attire beaucoup.

mystères de larispem

Science-fiction

J’en lis peu. Je peux cependant vous conseiller deux livres dans des univers très différents.

Silo de Hugh Howey. ““Dans un futur postapocalyptique indeterminé, une communauté d’hommes et de femmes a organisé sa survie dans un silo souterrain géant. Du monde extérieur, devenu hostile, personne ne sait rien, sinon que l’athmosphère y est désormais irrespirable”. J’ai prévu de lire le tome 3 cet été, n’hésitez pas à vous lancer dans cette trilogie très prenante. Si vous aimez les pavés (chaque tome fait au moins 600 pages).

Des fleurs pour Algernon de Daniel Keyes, dont la lecture m’a beaucoup marqué. Deux savants ont mis au point un traitement qui décuple l’intelligence, ils le testent sur une souris, Algernon. Devant le succès, ils décident d’appliquer leur découverte sur Charlie Gordon, handicapé mental. L’opération ne va pas le rendre subitement intelligent, mais va lui permettre de progresser, d’apprendre très rapidement. Et il va écrire son journal.

Policier

Bizarrement, rien de prévu dans ce genre là, alors que j’en ai lu énormément à une époque. Sans doute parce que mon père n’est plus là pour m’en conseiller. Mais je sais que si j’ai envie de polar prenant et vite lu, je pioche chez Michael Connelly. Et si j’ai envie de quelque chose de plus profond/riche, je pioche chez Dennis Lehane. Actuellement, j’ai très envie de relire un dernier verre avant la guerre et le reste de la série où enquêtent Kenzie et Gennaro, que j’ai lu ado.

Essai

Là, c’est le côté féministe qui ressort !

Femmes qui courent avec les loups de Clarissa Pinkola Estés : “Chaque femme porte en elle une force naturelle, instinctive, riche de dons créateurs et d’un savoir immémorial. Mais la société et la culture ont trop souvent muselé cette « Femme sauvage », afin de la faire entrer dans le moule réducteur des rôles assignés. Psychanalyste et conteuse, fascinée par les mythes et les légendes, auteur également du Jardinier de l’éden, Clarissa Pinkola Estés nous propose de retrouver cette part enfouie, pleine de vitalité et de générosité, vibrante, donneuse de vie.”

C’est un cadeau qui m’a beaucoup touché, et le fait qu’elle raconte et analyse de nombreux contes m’attire énormément. Je ne suis pas certaine d’adhérer à tout, mais j’ai hâte de m’y plonger.

Les mots des mères du XVIIe siècle à nos jours d’Yvonne Knibiehler et Martine Sagaert, je l’ai bien sûr acheté en pensant à Maternités Féministes. J’aime l’idée qu’on s’intéresse à ce que les femmes ont écrit sur la maternité et qu’elles s’intéressent à l’époque contemporaine et pas seulement à l’histoire. Je sens que ce livre va beaucoup m’enrichir.

Bonne lecture ! Moi si j’arrive à en lire 3 je serai déjà contente !!!

Cadeaux de Noël de 8 à 15 ans : offrez des livres !

Après les albums à offrir aux petits, voilà les romans à offrir aux plus grands !

A un enfant de 8 ans, j’offrirais :

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Le chien des mers de Marie-Aude Murail, illustré par Yvan Pommaux (5,60 euros)

L’histoire d’un jeune garçon qui doit partir comme mousse sur un bateau de corsaire pour combattre les anglais. Mais avant de partir, la fille dont il est amoureux lui avoue qu’elle-même est anglaise.

Parce que c’est facile à lire, que c’est un fabuleux roman d’aventure. Parce que Marie-Aude Murail est un auteur génial et que les illustrations d’Yvan Pommaux sont, comme d’habitude, magnifiques.

A un enfant de 9 ans, j’offrirais :

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Comment écrire comme un cochon d’Anne Fine (8,70 euros)

Chester arrive dans sa nouvelle école : un vrai monde de bisounours où il est entouré d’élèves modèles sans aucun humour. Alors qu’il est persuadé qu’il va s’ennuyer à mourir, il découvre que son voisin est le cancre ultime.

Parce que ce roman est à la fois drôle et émouvant. Parce qu’il parle très bien des enfants qui rentrent mal dans le moule scolaire, et qui pourtant ont leurs talents à eux.

A un enfant de 10 ans, j’offrirais :

complot à versailles

Complot à Versailles d’Annie Jay. 5,60 euros, ou en coffret grand format avec “à la poursuite d’Olympe” du même auteur, à 16,95 euros

J’en parle longuement ici.

A un enfant de 11 ans, j’offrirais :

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Les enquêtes d’Enola Holmes, vol. 1, la double disparition de Nancy Springer (14,50 euros)

Chaque volume de cette série propose une enquête indépendante, mais il est intéressant de les lire dans l’ordre pour voir l’évolution de la jeune fille.

Enola Holmes est la soeur de Sherlock Holmes. Quand leur mère disparait, elle doit aller en pension, ce qu’elle refuse. Elle s’enfuit donc dans Londres. Elle doit donc à la fois échapper à son frère (pas évident quand c’est le meilleur détective du monde), trouver un moyen de survivre et mener l’enquête sur la disparition de sa mère.

Parce que ce roman mèle adroitement plein de thèmes intéressants : une enquête policière, les relations familiales, la place des femmes dans la société londonienne de la fin du XIXe siècle…

A un ado de 12 ans, j’offrirais :

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Malo de Lange, fils de voleur de Marie-Aude Murail (11,20 euros)

Parce que Marie-Aude Murail (oui, c’est un argument en soi). Parce que c’est un formidable roman d’aventure, sur le modèle des romans feuilletons du XIXe siècle.Parce que l’argot de cette époque réjouira les jeunes lecteurs. Et parce que Malo a un sens de la comparaison unique (un exemple : “Je pense qu’on voit où vont mes préférences, comme disait le vampire en repoussant le rôti de boeuf pour s’attaquer à sa voisine de table.“)

A un ado de 13 ans, j’offrirais :

crime et jean slim

Crime et jean Slim de Luc Blanvillain (9,13 euros)

J’en parle longuement ici.

A un ado de 14 ans, j’offrirais :

signe de K1

le signe de K1 de Claire Gratias (Un roman en deux tomes, le protocole de Nod et le temps des Tsahdiks) (16,50 euros chacun)

J’en parle longuement ici.

à un ado de 15 ans, ou plus grand, et même à un adulte, j’offrirais :

des fleurs pour Algernon

Des fleurs pour Algernon de Daniel Keyes

De 6 euros à 9,50 euros selon l’édition

J’en parle longuement ici.

Sinon, moi, pour Noël, j’ai commandé le roman d’Ernest et Célestine de Daniel Pennac !

Et vous ? Des idées ?

Des cadeaux à faire ?

La déclaration de Gemma Malley

J’avais lu le premier tome de cette série il y a plusieurs mois, et je n’avais pas pris le temps de lire la suite. C’est chose faite !

Entre deux romans pour enfants, je me suis replongée dans cette trilogie de science fiction pour ados.

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Résumé du tome 1 : Nous sommes en 2140. Des scientifiques ont créé une pillule, appelée la Longévité, qui permet de vivre éternellement. Mais face à la croissance du nombre d’être humains sur terre, les Autorités ont mis en place la déclaration : chaque personne qui choisit de prendre le traitement de Longévité s’engage en signant cette déclaration à ne jamais avoir d’enfants.

Malgré tout, des enfants continuent à naître. Pourchassés par les “rabatteurs”, ils sont dès leur capture enfermés dans des orphelinats où ces surplus doivent se montrer utiles pour racheter le fait même d’exister.

Anna fait partie de ces surplus. Elle vit à Grange Hall, un de ces orphelinats, particulièrement sinistre. A 15 ans, elle se considère elle-même comme un rebus de la société qui doit travailler dur pour excuser son existence. Elle considère ses parents comme des égoïstes inconscients. Mais l’arrivée d’un adolescent, Peter, qui remet en cause la légitimité du système et qui lui dit qu’elle a des parents qui l’aiment, va tout remettre en question.

Mon avis : La grande majorité de ce premier volume se passe en milieu clos, à Grange Hall. Une grande partie s’attache à décrire le fonctionnement de cet orphelinat et à la manière dont on “lave le cerveau” de ces enfants et adolescents pour en faire des domestiques soumis. On pense à la maison, premier volume de Méto d’Yves Grevet, mais aussi par certains aspects à Auprès de moi toujours de Kazuo Ishiguro. L’auteur réussit à créer une ambiance oppressante.

L’évolution du personnage d’Anna, qui va peu à peu remettre en cause ce qui était une évidence pour elle depuis son enfance est intéressante.

On retrouve en fin de volume un roman d’anticipation plus classique, avec deux adolescents qui tentent d’échapper aux rabatteurs d’un régime dictatorial.

La vie d’une bibliothécaire : chouette, une nouvelle commande !

L’arrivée des commandes, pour moi, c’est un peu Noël.

Je peux déballer des cartons entiers remplis de livres. En feuilleter quelques uns. Me dire “ah tiens, je devrais lire ça… et ça aussi… ah et puis ça ça a l’air pas mal”.

Je suis aussi heureuse que si on me les offrait à moi. Peut être même encore plus, parce que je pense à certains lecteurs à qui ça va faire bien plaisir ! (Par exemple, les Légendaires ou les Nombrils en BD, perso, ça me laisse plutôt indifférente, voire même je trouve ça plutôt moche, mais je sais que dans l’heure qui suivront leur mise en rayon, ils seront empruntés).

Aujourd’hui, on en a reçu 97 ! Autant dire que c’était la fête. Même si ça veut dire qu’on va passer le mois de novembre à enregistrer les livres dans le catalogue et à les équiper (antivol, tampon, code-barre, filmolux transparent pour les couvrir, cote, logos…).

Une découverte et un vrai coup de coeur :

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Princesse Finemouche de Babette Cole

La princesse Finemouche est bien décidée à ne pas se marier. Elle désirait continuer de vivre dans son château, avec ses petits chéris (monstres, crapauds…) et toute sa liberté. Mais ses parents sont bien décidés à la caser avec un prince. Elle réussit à tous les décourager jusqu’à ce que débarque le prince Flambart triomphe de toutes les épreuves qu’elle impose. Comment s’en débarasser ?

Je connaissais cet auteur mais pas ce titre. Et il est tout simplement hilarant !

Le décalage entre Finemouche est l’image de la princesse de conte de fée est jubilatoire, les illustrations qui illustrent les épreuves imposées par la princesse à ses prétendants sont géniales. Un petit instant de frayeur quand arrive Flambart (non, on va quand même pas avoir une fin niaise avec ce crétin ?) mais Babette Cole refuse jusqu’au bout les clichés du conte de fée, et Finemouche préfère la liberté au mariage coup de foudre avec un prince (en apparance) charmant.

J’adore les illustrations de Babette Cole, en particulier ses monstres, qui ressemblent beaucoup à ceux de j’ai un problème avec ma mère, mon livre préféré de Babette Cole, où un jeune garçon trouve sa mère sorcière un peu encombrante…

Une belle critique de ce livre ici sur le joli blog Superchouette.

Bref, à découvrir absolument, avec des enfants de 4 à 7 ans. Il faut vite que je trouve une classe à qui raconter un de ces livres (la prochaine que je reçois, c’est sur le thème du cirque, raté !).

Pas mal de nostalgie :

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John Chatterton détective d’Yvan Pommaux

Le chat détective John Chatterton enquête sur la disparition d’une petite fille vêtue de rouge. Son enquête va lui rappeler plusieurs contes bien connus…

Les chouettes illustrations d’Yvan Pommaux, son talent pour faire allusion aux grands contes, son aspect première BD… On n’avait pas ce livre à la bibliothèque, à mes yeux c’était une erreur à réparer !

C’était un livre que je lisais à mes petits frères, et que j’ai aussi beaucoup lu aux petits élèves de ma mère, donc un souvenir précieux pour moi.

A partir de 4 ou 5 ans.

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Trois amies de Judy Blume.

Stéphanie raconte les changements qui arrivent dans sa vie et celle de ses amies, les surprises et les secrets, et le fait d’avoir presque treize ans et de rentre en sixième.
Elle habite tout près de ses deux plus proches amies : Rachel, qui est sa meilleure amie depuis le CE1, et Alison, qui a quitté la Californie pour venir habiter dans le Connecticut. Stéphanie parle aussi des garçons : Eric Macaulay, Peter Klaff, Max Wilson et un élève de quatrième qui porte un blouson couleur chartreuse que Stéphanie appelle Jeremy Dragon. (4e de couverture)

C’est un des romans qui ont marqué mon adolescence. J’ai d’ailleurs dévoré l’intégrale des romans de Judy Blume. Je suis partagée entre l’envie de m’y replonger pour voir ce que ça vaut de mes yeux d’adultes, mais j’ai peur que ça brise la magie du souvenir…

Et un côté “les bibliothécaires se font plaisir” :

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Lucky Luke contre Pinkerton, d’après Morris, dessin d’Achdé, scénario de Pennac et de Benacquista

Nous avons décidé de racheter quelques Lucky Luke, et mes collègues et moi avons été intrigués par le dernier paru. Un scénario de Pennac et de Benacquista, on ne pouvait pas passer à côté !

Mon collègue l’a piqué le premier, j’espère le récupérer dans les jours qui viennent !

Bien agréable l’arrivée de cette commande juste au moment de mon retour au boulot en tout cas !

Vivement la fin du mois, où on pourra aller dépenser plein de sous en librairie ! Un budget de 400 euros dans une librairie pour enfants, j’en ai d’avance les yeux qui brillent !

Le signe de K1 de Claire Gratias

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Un roman en deux tomes, le protocole de Nod et le temps des Tsahdiks.

Résumé : Début du XXIVe siècle. Le niveau des eaux a considérablement monté à la surface du globe. Réduite à une dizaine de milliers d’habitants, la population de la terre s’est réfugiée dans les Hauts Monts du Karakoram. Alors que l’humanité menace d’être emportée par un nouveau Déluge, vingt-deux pionniers et leurs familles sont enrôlés pour un voyage dans le temps qui les ramènera en 2020. Kane Adamsohn, sa femme Lilian et leurs deux enfants, Kali et Tsilla, font partie de ces volontaires qui ont accepté de s’intégrer discrètement à la population pour préparer l’exode des survivants. Nom de code de la mission : “le protocole de Nod”. (4e de couverture du tome 1).

Nous suivons donc la famille Adamsohn, mais également une famille de 2020, la famille Rieu, en particulier les deux adolescents Camille et Angelo. Ce dernier est un X-Case.

Bientôt, une épidémie inconnue se met à sévir…

Mon avis : un gros coup de coeur pour ces deux romans !

Difficile de montrer l’intérêt de l’intrigue sans trop en dévoiler. Mais Claire Gratias réussit à mener de front plusieurs intrigues, qui soulèvent chacune d’intéressantes interrogations.

On y retrouve bien sûr les questions traditionnelles liées aux voyages dans le temps. Quelles seront les conséquences d’une modification du passé par des voyageurs qui viennent du futur ? (cette question devient centrale dans le second tome).

Les voyageurs devront faire face à de nombreuses questions : peut-on sacrifier un peuple pour en faire survivre un autre ? Peut-on jouer impunément avec la vie des gens au nom d’un intérêt supérieur ?

Mais ce qui m’a plu, c’est que Claire Gratias s’intéresse également à la société de 2020 et à des questions plus quotidiennes.

Le fait de situer l’époque d’arrivée dans un futur proche permet à l’auteur de présenter une société proche de la notre et de dénoncer la tendance actuelle à la compétition et au “fichage” des enfants. En effet, les jeunes sont classés entre Winners, Bads et X-Case (qui n’entrent dans aucune des cases précédentes), avec leurs écoles réservées et leurs vies cloisonnées. La société, démocratique en apparence, laisse apparaître des traces de totalitarisme.

L’héroïne s’interrogera également sur les moyens de se remettre d’une agression et sur les conséquences de la vengeance.

Claire Gratias entremêle donc intelligemment science fiction, manipulation politique, catastrophe sanitaire, réflexion sociale, histoire d’amour… Elle trouve le juste équilibre, même si on aurait pu souhaiter que certains aspects soient davantage approfondis.

La seule chose qui ne m’a pas entièrement convaincue, c’est l’apparition du fantastique (certains personnages vont développer des pouvoirs “paranormaux”), qui m’a semblé peu utile. Mais cela n’empêche pas ce livre d’être un vrai coup de coeur, que je vais m’empresser de faire découvrir aux lecteurs de la bibliothèque.

Age : pour ados (à partir de 13 ans) et pour adultes.

La fille de mes rêves de Christophe Lambert et Sam Vansteen

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Résumé : Dans un futur proche on pourra donner rendez-vous à la fille de ses rêves en se connectant à Real Dream, un lieu virtuel de rencontres auquel on accède la nuit, pendant le sommeil. Kamel, gardien de nuit chez Real Dream change son avatar avec celui de Marc Herpoux, un cadre d’entreprise. Ainsi il pense avoir une chance d’approcher Lara Rastelli, la remplaçante de son professeur de français (Electre). Mais tout se complique quand un virus entre dans les rêves et tue pour de bon…

Un bon roman de science fiction. La société présentée est finalement très proche de la notre. Real Dream ressemble à une version plus sophistiquée de meetic. Les rêves réunissent les clichés parfaits des rendez-vous romantiques (promenade en gondole à Venise, plage paradisiaque, etc).

Les autres changements sont des changements de détails : téléphones et outils technologiques un peu plus sophistiqués, jeux vidéos perfectionnés. Les lycées sont “sponsorisés” par des entreprises, avec stage obligatoire dans l’entreprise en fin de scolarité.

Kamel, le héros, est un ado comme les autres, attachant, à la fois sérieux (il travaille pour aider sa mère) et un peu glandeur. Lycéen dominé par ses pulsions, ses envies sont plus sexuelles que romantiques et il a tendance à confondre amour et désir. Un peu looser dans la vie, il espère bien vivre mieux dans ses rêves. Bien sûr, il ne se rend pas compte que sa meilleure amie est amoureuse de lui et qu’elle est celle qui lui faut. Il préfère fantasmer sur sa prof de français.

Les chapitres alternent entre la vie de Kamel et l’enquête menée par la police autour de la mort d’un homme liée à Real Dream. En effet, l’entreprise tente de dissimuler l’existence du “virus meurtrier”. Les deux policiers jumeaux sont des personnages attachants.

Cette alternance entretient le suspens et on se laisse entrainer par une intrigue sans temps mort. J’ai d’ailleurs lu ce roman en deux jours. Un petit bémol cependant, une fin un peu trop rapide.

Encore un roman pour ados ! Mais cette fois, à réserver aux ados. Même si j’ai passé un bon moment, certains passages sont (trop) prévisibles et le livre manque un peu de profondeur pour un public adulte. Certains personnages sont un peu caricaturaux. Mais il est parfait pour des jeunes de 13-14 ans.

Le roman de Sofia d’Henning Mankell

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Je connais bien les romans policier d’Henning Mankell, j’aime beaucoup Kurt Wallander, même si je l’ai un peu délaissé ces temps-ci (je ne lis quasiment que des romans jeunesse depuis un an, et je pense que ça va durer encore quelques années…).

C’est la première fois que je lisais un roman de Mankell qui ne soit pas un polar. Et je suis encore plus enthousiaste. C’est un vrai coup de coeur.

Ce gros pavé (près de 600 pages) réunit en fait trois courts romans, dont deux ont déjà été publiés (Le secret du feu et Le mystère du feu), le troisième est inédit. On suit Sofia, jeune mozambicaine, de 9 à 20 ans. Sofia existe. Henning Mankell, qui a longtemps vécu au Mozambique, l’a rencontrée et a romancé sa vie.

Le Mozambique est un pays à part pour moi. Parce que mon grand-père a des liens très étroits avec l’Afrique Australe. Qu’il y a créé une association, autour d’un lac, et que je rêve de m’y rendre depuis des années. J’ai donc été particulièrement sensible à ce récit. Mais je pense qu’il ne peut tout simplement pas laisser indifférent.

On rencontre dans ce livre toutes les difficultés et les horreurs de l’Afrique. Guerre civile, dénuement, mines anti-personnelles, sida… Pourtant, on ne tombe jamais dans le pathos ou le misérabilisme. On y rencontre également la danse, l’importance de la famille, la solidarité. L’amour aussi.

La jeune héroïne vit sa vie, malgré les difficultés, réapprend à marcher avec des prothèses après avoir perdu ses deux jambes, garde l’envie de vivre et fait preuve d’un courage admirable. Au milieu des difficultés, deux parenthèses de bonheur : la couture et l’école. Puis l’amour avec le “garçon de la lune”, la joie d’être mère, malgré son jeune âge et son handicap.

“Après le départ de monsieur Temba, elle se sentit seule et abandonnée. Il fallait qu’elle rie pour avoir le courage de continuer. Si elle ne riait pas au moins une fois par jour, sa vie lui semblerait totalement inutile. Mais où pouvait-il y avoir un rire ? Comment faire pour retrouver un rire perdu ? L’idée était puérile, elle en était consciente. Mais là, elle avait besoin d’idées drôles et puériles. Il lui fallait un moment de trêve dans le malheur et elle ne permettrait à personne de l’empêcher de se comporter comme une enfant.”

Le passage qui m’a le plus touché est celui qui touche au sida. La soeur aînée de Sofia est malade et va mourir. On voit l’impuissance totale des médecins. La méconnaissance de cette maladie. “Il lui avait ensuite donné des conseils : “Il faut manger, dormir, et vivre comme d’habitude et ne pas t’inquiéter inutilement (…)” Pour finir, il lui avait donné quelques médicaments en expliquant comment les utiliser. Il l’avait prévenue qu’elle se sentirait mieux, mais qu’il ne s’agissait pas d’un remède qui la guérirait”. Ce roman m’a fait pleurer, ce qui n’était pas arrivé depuis très longtemps. Et donné des envie de révolte.

L’évolution de Sofia tout au long du livre est particulièrement bien rendue. L’enfant joyeuse grandit en étant confrontée à des problèmes d’adulte dès l’enfance. Mais elle parvient parfois à retrouver l’innocence des jours heureux. On voit ensuite l’adolescente confrontée au désir de plaire, malgré son handicap, puis la jeune adulte qui donne elle-même la vie.

Seul petit bémol, quelques incohérences entre les romans, sans grande importance si on les lit individuellement, mais qui deviennent un peu gênantes si on lit le livre d’une traite.

Ce roman est publié dans la collection Tribal de Flammarion, destinée aux adolescents. L’écriture est très belle, mais simple. Ce livre est donc accessible dès 12-13 ans pour de bons lecteurs. Mais il peut toucher aussi bien des lycéens ou des adultes.

A offrir, à découvrir, à lire absolument !