Là où tombent les anges

De Charlotte Bousquet, je connaissais la BD Rouge tagada et la série qui a suivi. Et puis une de mes anciennes collègues a posé là où tombent les anges sur mon bureau en me disant “je viens de lire ce bouquin, c’est un gros coup de coeur, et je suis sûre que tu vas adorer”. Et elle a eu raison.

là où tombent les anges

Solange, Lili et Clémence. En 1912, ces trois couturières découvrent la vie parisienne. Solange épouse Robert Maximilien, qu’elle n’aime pas et qui est tyrannique mais qui lui apporte un certain confort. Elle s’occupe de sa vieille tante maussade. Lili, audacieuse et joyeuse, se produit comme chanteuse dans les cabarets. Clémence, jeune ouvrière, tombe éperdument amoureuse de Pierre. Mais la guerre arrive…

« La France est en guerre. La France a besoin de ses généraux pour gagner, de ses hommes pour se faire tuer et de ses femmes pour fabriquer les armes. C’est un mécanisme bien huilé. Et ni les Pierre ni les Clémence ni les Lili ni les Solange ne sont assez puissants pour l’enrayer. »

On est immédiatement plongé dans ce début du XXe siècle. Les extraits de journaux ou d’écrits d’époque qui ouvrent les articles contribuent à nous mettre dans l’ambiance. On parle un peu du front, mais surtout de ce qui se passe à l’arrière.

Et donc, surtout, de ce que vivent les femmes. Des bourgeoises, des ouvrières d’usines de munition, des veuves de guerre, des artistes, des journalistes… Tout le monde se croise dans ce livre. L’alternance de narration à la troisième personne, d’écrits de journaux intimes, de lettres échangées entre elles ou avec leurs hommes aux front nous permet de comprendre chacune, avec leurs angoisses, leurs choix et leurs contraintes.

Je crois que depuis que nous avons lancé le groupe Maternités Féministes, je m’intéresse de plus en plus aux témoignages de femmes, au vécu des femmes. Et même si on est ici dans la fiction (avec l’apparition de quelques figures historiques), c’est ce qui m’a le plus plu dans ce livre : suivre l’évolution de ces femmes. En particulier de Solange, qui a fui un père violent pour se retrouver sous la coupe d’un mari abusif, mais qui peu à peu va trouver la force d’écrire sa propre voix. J’ai trouvé ce personnage superbe, et ne l’ai pas du tout lu de la même manière que cette lectrice.

Au delà des destins individuels, ce roman est passionnant sur la condition féminine à l’époque, sur l’émergence d’un mouvement féministe.

« Le problème, c’est qu’aucun de vos droits n’est acquis (…). Votre pays vous craint. Jusqu’à ce que la guerre éclate, vous n’étiez que de petits êtres fragiles et innocents. Quand les hommes sont partis, vous avez pris leur place : vous avez dévoilé votre jeu. Vous n’êtes ni frêles ni dépendantes. Et vous êtes aussi compétentes qu’eux. Si j’étais eux, je serais un peu effrayée, tout de même… »

Et a, je trouve, des échos forts avec ce que nous vivons aujourd’hui. Je pense par exemple à ce passage sur une grève des couturières et ce qu’en dit Solange : « Les quotidiens évoquent la grève des midinettes avec une bienveillance teintée de condescendance : “ruée joyeuse”, “envolée”, les couturières qui protestent contre la vie chère et le samedi chômé sont considérées comme de jolies oiselles par les journalistes, non comme de vraies manifestantes. (…). C’est vrai qu’elles sont jolies et pimpantes, les cousettes, mais cela m’agace de lire partout cela. En même temps, je crois que c’est pour elle la meilleure façon de gagner la sympathie des gens. Légères, gentilles et grévistes. Cela sonne moins austère et moins menaçant que “revendicatrices et rebelles”»

Mais il ne faut pas limiter ce roman à un exposé sur la condition féminine, c’est avant tout un texte où le souffle romanesque est puissant, où on s’attache aux personnages, où on tremble pour certains d’entre eux. J’ai été émue aux larmes à certains passages. Un roman qu’on a du mal à lâcher.

C’est un coup de coeur.

Et comme on me pose souvent la question de l’âge… Ce roman est publié dans une collection pour grands ados. Et je pense en effet qu’il n’est pas destiné à des ados trop jeunes, d’un part en raison de la violence présente dans le texte (viol, descriptions dures du front…), mais aussi parce qu’on suit des adultes, et non des adolescents, avec leurs questionnement d’adultes. Je pense qu’on peut le conseiller à partir de 14-15 ans, ainsi qu’aux adultes.

Si vous voulez en lire plus sur ce roman, voilà la chronique de Sophie Pilaire.

Du bruit dans l’art

Aujourd’hui, je vous parle d’un de mes imagiers chouchous : du bruit dans l’art d’Andy Guérif et Edouard Manceau (éditions Palette, 2014).

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Cet album a un principe tout simple : associer à une œuvre d’art (peinture, sculpture, photo, gravure…) à un son, une onomatopée. IMG_2278

Les imagiers de bruits marchent très bien avec les tout-petits. Chez nous, on a lu environ un million de fois le livre des bruits de Soledad Bravi. Notre exemplaire part en lambeaux  à force d’être manipulé. Alors je suis ravie de pouvoir proposer autre chose. Et je trouve ce livre beaucoup plus riche, malgré son principe très simple.

 

J’aime l’humour qui s’en dégage, une certaine impertinence aussi. Introduire l’art dans la vie des enfants, mais sans révérence obligée, dans un rapport amusé et amusant avec ces images.

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les petits touchent quasi systématiquement la page de droite : est-ce qu’elle est vraiment déchirée ? 

Les œuvres sont très variées, et proposent un sacré voyage à travers l’art occidental, du XIVe siècle à nos jours : certaines œuvres ont moins de 10 ans, les éditions Palette accordant une place importante à l’art contemporain. On y trouve des peintures, des sculptures, de la gravure, de la photo…  Seul défaut, à mes yeux : tous les artistes dont on découvre les œuvres sont des hommes. Pas une seule femme.IMG_2279

J’ai beaucoup lu ce livre à mes enfants ces derniers temps. Et il fait partie de ces livres qui peuvent plaire à des enfants d’âge différent. La puce, bientôt deux ans, savoure les bruits,. Au bout de quelques lectures, elle les anticipe et se marre.

Le magicien, lui, a une perception différente. Il se confronte d’avantage aux œuvres, s’étonne d’une locomotive qui sort de la cheminée (Magritte) ou demande pourquoi la scie est plus grande que les immeubles.

Bref, une belle entrée, ludique, dans le monde de l’art.

Mini-chroniques : contes détournés

J’ai enchainé deux lectures un peu au hasard, mais ça fait presque un article thématique, dis-donc !

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l’ogre et sa princesse aux petits oignons de Sabrina Inghilterra (Didier Jeunesse)

Ventrerond, moitié ogre moitié humain, est passionné de cuisine, mais tellement pauvre qu’il ne peut plus s’acheter de quoi manger. Alors quand il apprend qu’il y a 20 000 galions d’or à gagner dans un concours de cuisine, il n’hésite pas, même si ça signifie retourner chez une mère peu aimante (euphémisme) et cuisiner une princesse, lui qui ne mange pas d’humains… Problème : la princesse ne le laisse pas indifférent…

Ce petit roman pour les 8-10 ans, très vite lu, mêle habilement les ingrédients du conte de fées traditionnel et l’ambiance topchef du concours de cuisine. C’est prenant, parfois drôle. Les péripéties s’enchaine un peu rapidement et facilement mais c’est un roman qui s’adresse aux plus jeunes.

Ella l’ensorcelée de Gail Carson Levine (école des loisirs)

ella-lensorcelee“Lucinda, cette idiote de fée, n’avait pas l’intention de me jeter un sort. Elle voulait me faire un cadeau. Comme j’avais pleuré désespérément pendant toute la première heure de mon existence, ce furent mes larmes qui lui donnèrent une idée. Hochant la tête et regardant ma mère d’un air compatissant, la fée me toucha le nez. – Mon cadeau sera l’obéissance. Elle sera toujours obéissante. Et maintenant, arrête de pleurer, mon enfant. Je m’arrêtai.” Ce cadeau s’avère être une véritable malédiction pour Ella qui est obligée d’obéir à tout ordre direct, quel que soit la personne qui lui donne, quelles que soient les conséquences.

Tous les ingrédients du conte de fée y sont : la fée marraine, le prince Charm, la marâtre et les méchantes belles-soeurs, le soulier de verre… Toutes les créatures surnaturelles aussi : ogres, centaures, elfes, etc.

Et pourtant, on est ici dans une aventure unique. Ella est courageuse, intelligente, même si un peu désespérée. C’est un beau personnage. Et surtout, j’aime la raison pour laquelle l’auteure a écrit ce livre : à l’occasion d’un atelier d’écriture sur le merveilleux, partie du conte de Cendrillon, elle s’est vite aperçue qu’elle n’aurait pas beaucoup d’affinités avec ce personnage sans défaut, imperméable à toute mauvaise pensée. C’est ainsi que Cendrillon est devenue gentille par obligation… et donc rebelle (source). Vous imaginez que ça a plu à mon côté féministe.

Bref, un régal à découvrir dès 10-11 ans, en l’empruntant à la bibliothèque puisqu’il n’est malheureusement plus disponible.

Mini chroniques de romans pour ados

Après la naissance de la puce, j’ai quasiment complètement arrêté de lire. Depuis 6 mois, je retrouve peu à peu le temps et l’énergie de lire des romans ados (les livres adulte, pas encore…). Mais pas celui d’en parler en détail ici. Alors je vous propose de vous dire juste quelques mots des romans que j’ai lu et dont j’ai envie de vous parler. Est-ce que ça vous plait, comme format ?

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Moi et les Aquaboys de Nat Luurtsema (Gallimard jeunesse, 2016)

Lou et sa meilleure amie, Hannah, ne vivent que pour la natation. Mais Lou rate une course décisive, alors qu’Hannah est sélectionnée pour intégrer un centre d’entrainement. Lou doit donc renoncer à son rêve et retourner seule au lycée où elle ne connait personne. Trop grande, gauche, elle au du mal à se faire de nouveaux amis. Jusqu’au jour où trois garçons du lycée (beaux et populaires, forcément) la recrutent pour les entrainer à faire une chorégraphie dans l’eau pour être sélectionnés à “incroyables talents” !

Une héroïne (et narratrice) maladroite, mais lucide et drôle. Des péripéties loufoques (se tromper d’enterrement, faire de la natation synchronisée dans un aquarium public, des castings compliqués). Un ton décalé et beaucoup d’humour. Il y a bien quelques retournements de situation un peu faciles ou prévisibles mais c’est un vrai plaisir de lecture. Mon préféré de cette mini sélection.

 

sauveur-filsSauveur & fils, saison 1 de Marie-Aude Murail (Ecole des loisirs, 2016)

J’adore Marie-Aude Murail. Vraiment. Oh, boy ! est un des meilleurs livres que j’ai lu, il réussit à me faire rire ET pleurer à chaque lecture. Miss Charity est un bijou.Alors j’attendais beaucoup de ce dernier roman. Et j’ai été déçue. J’aurais sans doute été moins dure si je n’avais jamais entendu parler de l’auteur.

Sauveur & fils, donc, c’est l’histoire de Sauveur Saint-Yves, psychologue, de ses patients adolescents et de sa vie privée (il élève seul son fils de 9 ans, Lazare).

On retrouve dans ce roman l’humour de Marie-Aude Murail, y compris quand les situations sont dures, ce que j’avais tant aimé dans Oh, boy !. On est pris par les histoires des patients. Certains passages m’ont vraiment régalée. J’ai aimé la relation entre le fils, Lazare, et son meilleur ami.

Et j’ai apprécié aussi que le héros soit noir et que le sujet du racisme soit abordé frontalement (est-ce que c’est toujours bien fait ? N’étant pas directement concernée, difficile de le dire).

Mais (parce qu’il y a un mais) j’ai trouvé que Marie-Aude Murail n’avait pas vraiment construit un roman, elle avait trouvé un prétexte pour aborder différents sujets qui l’intéressaient. L’intrigue tient en deux lignes, la résolution en est plutôt bidon et le fils qui écoute aux portes fait vraiment “mais si regardez y’a un lien au milieu de ce que je raconte”. Et même si individuellement, le vécu des patients en consultation est prenant, j’ai eu l’impression du “catalogue des sujets difficiles de l’adolescence et des sujets à la mode dans la littérature jeunesse engagée” : scarification, pédophilie, problème familiaux, familles compliquées, homosexualité des parents, transidentité… Trop d’accumulation.

Si vous voulez lire un article plus enthousiaste sur ce livre, allez par là.

Et sinon, je ne ferai qu’un commentaire sur la couverture : allez lire cet article.

 

Ne ramenez jamais une fille du futur chez vous et Ne retournez jamais chez une fille du passé de Nathalie Stragier (Syros, 2016)

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Andrea est intriguée par un groupe de filles près de son lycée. Quand elle en rencontre une, elle découvre qu’elle vient du futur, qu’elle était en voyage scolaire au Moyen-Age (notre époque, donc) et qu’elle a raté le trajet de retour ! Et ce qu’on découvre du futur est plutôt inquiétant sur notre époque…

Ces deux romans ont beau être des pavés, ce sont des page turner efficaces. Le dosage entre humour et action est bien dosé. Les personnages sont attachants : Andrea, mais aussi ses frères, son père… Le regard décalé de Pénélope sur notre époque est drôle, et nous pousse à la réflexion, même si elle reste légère et parfois un peu facile. Une partie importante de cette réflexion concerne les relations hommes/femmes, et ma collègue m’a donné ce livre en disant “le côté féministe va te plaire”, j’ai effectivement parfois souri mais j’ai trouvé que ça n’allait pas très loin… Mais ça s’intègre pas mal dans l’histoire, et servira peut être de départ de réflexion.

Le troisième tome, ne dites jamais jamais, arrive en avril.

Un article enthousiaste ici.

Et vous, vos dernières lectures ?

 

 

Devenir bibliothécaire

Vous avez un chignon, des lunettes et un chat et vous adorez dire chuuuuut ? Ou alors vous avez lu mon article précédent et vous voulez quand même être bibliothécaires ? Ou alors vous êtes juste curieux ? Aujourd’hui je vais vous parler conditions de travail, recrutement, etc.

Au quotidien, comment on travaille ?

  • Déjà, dans la plupart des cas, on travaille du mardi au samedi, parfois le dimanche, parfois tard en soirée.
  • On passe beaucoup de temps sur l’ordinateur, sur des listes de commandes, sur des tableaux Excel… Clairement notre quotidien ressemble plus à ça :

ordinateur

qu’à ça :

source

  • On travaille en équipe, la plupart du temps dans des bureaux communs (à part pour les postes de direction). Nous, à 3, on a un bureau pas fermé de 2 m2 et seulement 2 ordis, mais on est plutôt mal lotis.
  • En jeunesse, les rangements sont prévus pour les enfants. On porte des piles de livres, on se met accroupi pour les ranger, etc. Ca peut sembler anodin mais des collègues en fin de carrière ont du mal. Et quand j’étais enceinte je ne pouvais plus ranger certaines parties de la section.
  • On est polyvalents, on fait souvent des tâches très variées au cours d’une même journée. Et je trouve ça chouette (c’est souvent plus valable dans les petits établissements que dans les gros où les tâches sont parfois plus cloisonnées).
  • On est fonctionnaire. Avec ses gros avantages (sécurité de l’emploi, des congés souvent conséquents) et ses inconvénients (les collègues nuls ont aussi la sécurité de l’emploi, la nécessité de repasser des concours pour évoluer, sauf exceptions, la difficulté à faire bouger les choses, parfois, les petites aberrations de l’administration et de la politique municipale, etc).
  • On doit s’adapter. il y a beaucoup de nouveautés, souvent liés à l’informatique. On a souvent une image assez figée du métier, mais j’espère avoir réussi à vous montrer que ce n’est pas le cas. A titre d’exemple, je ne travaille que depuis 5 ans, mais depuis ont été mis en place à la bibliothèque le prêt de liseuses, le prêt de livres numériques, des ipads avec des applications pour enfants, une page Facebook, et je suis dans une bibliothèque plutot “traditionnelle”. Certains collègues s’occupent de jeux vidéos, de logiciels assez poussés… Outils qu’il faut donc connaître, maitriser dans une certaine mesure, etc. Dans certaines bibliothèques, il y a des automates pour le prêt et le retour des documents. Se lancer maintenant dans une carrière dans les bibliothèques en étant complètement rétif au numérique et à l’informatique me semble un peu compliqué. Des réflexions ont lieu pour faire de la bibliothèque un lieu de plus en plus convivial, moins guindé qu’on ne l’imagine souvent (la notion de troisième lieu était très à la mode quand je préparais les concours).
  • Le métier est souvent moins “pépère” qu’on l’imagine. Après, tout dépend comment on s’investit, mais personnellement j’ai souvent l’impression de courir au boulot !

 

On me demande souvent quels sont les intérêts / inconvénients du métier ?

Là je vais parler de mon point de vue, c’est propre à chacun.

Déjà, j’aime la littérature jeunesse, comme vous pouvez vous en douter. Alors j’adore acheter des livres jeunesse, j’ai toujours un peu l’impression que c’est Noël quand on grosse commande arrive, j’aime en lire, en parler, en conseiller. Mais du coup, je fais une bonne partie de cet aspect du travail en dehors de mes heures : je regarde les nouveautés quand je vais en librairie, je suis des blogs de littérature jeunesse de chez moi, je lis des romans ado pendant mes vacances… Je le fais parce que j’aime, mais en même temps je ne vois pas comment je pourrais faire mon boulot correctement sans ça.

Le boulot en jeunesse est un peu particulier dans l’importance des accueils de groupe mais c’est quelque chose qui moi me plait beaucoup (mais j’ai des collègues qui détestent et qui refusent d’en faire).

C’est un métier de service public, ce qui est à la fois un intérêt majeur (on est en relation avec les gens, et puis pour moi la notion de service public est importante) et parfois un inconvénient : il faut gérer les conflits avec les usagers (et les remarques condescendantes genre “vous êtes payés avec MES impôts” ou “j’ai un vrai travail MOI”) ou entre eux. Actuellement, je passe une bonne partie de mes journées de travail à faire la police et à rappeler le règlement de la bibliothèque à des groupes d’ados. Et alors qu’on imagine une bibliothèque comme un endroit silencieux, moi qui est un bureau ouvert sur l’espace jeunesse, je travaille dans un brouhaha quasi constant.

J’aime la possibilité de monter des projets différents, de pouvoir créer ou développer des fonds, travailler en partenariat avec d’autres professions (enseignants). J’ai la chance d’avoir beaucoup de libertés à ce niveau là. Même si, soyons francs, il faut composer avec une équipe et des budgets limités, et qui sont souvent en baisse ces dernières années. Les municipalités qui investissent vraiment dans la culture ne courent pas les rues…

Petit avantage : on a accès au quotidien à des collections super, on peut emprunter pleins de trucs,réserver les livres avant qu’ils soient mis en rayon, les intercepter au retour…

giphyMes sacs sont souvent un peu lourds quand je rentre du boulot…

Comment devient-on bibliothécaire ?

Là encore, je parlerai des bibliothèques municipales. Les bibliothécaires, quand ils sont titulaires, sont agents de la fonction publique territoriale, c’est-à-dire qu’ils ne dépendent pas de l’état mais le plus souvent d’une ville, parfois d’un département.

Pour cela, il faut passer des concours : celui de l’état pour travailler en bibliothèque universitaire, celui de territorial pour travailler en bibliothèque municipale et un concours spécifique pour travailler dans les bibliothèques de la ville de Paris. Il faut au moins une licence pour obtenir un concours de catégorie A, le bac ou un IUT métiers du livre pour un concours de catégorie B, le brevet ou un BEP ou un CAP pour les concours de catégorie C (sachant qu’en réalité, ceux qui obtiennent les concours ont souvent fait + d’études). Après un concours de catégorie A, il y a une formation à l’ENSSIB (école nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques), les élèves étant rémunérés. Pour en savoir plus sur les différents concours, je vous laisse regarder cette brochure très bien faite.

En bibliothèque municipale, ce qu’il faut savoir c’est que seul le concours de la ville de Paris garantit un poste dans l’année qui suit le concours. Le concours de territorial permet seulement d’être inscrit sur une liste d’aptitude, il faut ensuite chercher un poste. Et si on ne trouve pas de poste en une période donnée, le bénéfice du concours est perdu.

On peut aussi travailler en bibliothèque sans concours, en étant contractuel ou vacataire. Les contrats sont alors plus précaires. Et on trouve en bibliothèque toutes sortes de contrats plus ou moins précaires ou de stages : contrats aidés, services civiques, stages… Pour les obtenir, il faut soit envoyer des candidatures spontanées soit répondre à des offres d’emploi. Biblioemplois recense les offres d’emploi contractuel, le site de l’ENSSIB propose tout type d’offres d’emploi, contractuel ou titulaire.

Les études

Il existe des formations spécialisées : DUT métier du livre, licence pro, master pro… Avec une licence, il est possible de faire le DUT métier du livre en un an au lieu de deux. C’est ce que j’ai fait, après un master de lettres classiques, et ça m’a permis d’avoir les concours de catégorie B dans la foulée. L’Association des Bibliothécaires de France propose une formation en un an. Mais ces études spécialisées, même si elles aident beaucoup, ne sont pas forcément indispensables.

On imagine souvent qu’il faut avoir fait des études littéraires pour travailler en bibliothèque, et c’est vrai que la majorité des bibliothécaire sont issus de filières littéraire ou d’histoire. Mais des profils différents sont appréciés, puisque les fonds sont variés. J’ai des collègues qui ont fait arts du spectacle ou même école de commerce. Certains se sont reconvertis (de l’éducation nationale, ou d’une banque privée…). Donc ne pas se penser exclu si on a fait autre chose que des lettres !

Voilà, je crois que j’ai fait à peu près le tour, n’hésitez pas en commentaire si vous avez des questions plus précises, j’essayerai d’y répondre au mieux ! A Paris, sachez aussi qu’il y a un centre de documentation sur les métiers du livre dans la bibliothèque Buffon et qu’ils ont un fil twitter.

Mais que fait un bibliothécaire de ses journées ?

On m’a posé dernièrement pas mal de questions sur le métier de bibliothécaire. Je vais du coup essayer de répondre à une partie d’entre elles ici.

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Ce qu’il faut savoir, déjà, c’est que “bibliothécaire” regroupe des postes très différents les uns des autres. Déjà, je parlerai ici uniquement de ce qu’on appelle dans notre jargon les bibliothèques de lecture publique, à savoir grosso modo les bibliothèques municipales, en opposition aux bibliothèques universitaires. Bibliothécaire est le mot générique, mais il regroupe déjà des grades et des responsabilités très différentes. Techniquement, là où je travaille, il y a une seule “bibliothécaire”, la cheffe d’établissement. Moi, je suis assistante spécialisée des bibliothèques. Et au même niveau de responsabilité, les postes peuvent être très différent selon si on travaille en adulte, en jeunesse, en discothèque. On peut travailler plutôt sur les collections, sur les animations, sur la communication… Donc il n’y a pas UN métier de bibliothécaire, il y a énormément de profils différents, et c’est un des intérêts du métier, d’ailleurs.

On imagine souvent notre métier tourné vers les livres, alors que c’est avant tout un métier tourné vers le public. Bien sûr, c’est toujours bien d’avoir lu les livres pour les conseiller ou pour les acheter, mais c’est impossible d’en lire une quantité suffisante, alors notre travail est d’être capable de savoir si un livre convient sans l’avoir lu, en faisant de la veille documentaire (regarder si on en parle dans la presse, si les livres de l’auteur marchent bien à la bibliothèque, si le sujet est intéressant pour nos usagers…). De même, ce n’est pas seulement un métier tourné vers la littérature : on peut travailler aussi, en vrac, sur les essais, les documentaires sur tous les sujets, les guides de voyage, les CD, les DVD, les applications, les jeux vidéos, les BD et les mangas… Les postes avec des compétences informatiques sont de plus en plus nombreux, afin de pouvoir proposer des formations et des ateliers au public.

Le travail sur les collections :

C’est la partie à laquelle les gens pensent en général, sans imaginer forcément le temps que cela prend. La première étape est de choisir et d’acheter des livres. Il faut donc suivre de près les nouveautés. Les bibliothèques sont souvent aidées par un “office” : des nouveautés leurs sont envoyées automatiquement par leur fournisseur et les bibliothécaires font leur choix. Comme je le disais, impossible de tous les lire, alors il faut trouver d’autres critères (si la presse en parle, si les livres de cet auteur marchent bien, si on a besoin de livre sur le sujet…) et toujours faire ces choix en fonction du public. Régulièrement, je n’achète pas pour la bibliothèque des livres que je trouve géniaux parce qu’ils ne sont pas adaptés pour le public. Il faut également penser en terme de budget, de collection, d’équilibre entre les différents fonds. Chaque bibliothèque a un projet d’établissement plus ou moins clairement établi et privilégie certains domaines/types de documents/niveaux de lecture.

Quand ils arrivent à la bibliothèque, il faut ensuite les équiper (les couvrir, mettre les étiquettes qui indiqueront où le ranger, les antivols, etc) et les cataloguer.

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Il faut ensuite faire vivre les collections, par le conseil, mais aussi la mise en valeur, en proposant des sélections, des tables thématiques, des bibliographies… Et il faut ranger les livres empruntés et rendus, les livres dérangés dans la bibliothèque… Ce qui nous prend à tous plusieurs heures par semaine. En jeunesse, ça s’apparente au châtiment de Sisyphe : la tâche est sans cesse à recommencer car les enfants petits et leurs parents remettent les livres n’importe où.

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Il faut entretenir les collections : réparer les livres abimés par exemple.

Enfin, il faut se débarrasser d’autant de livres que ce qu’on achète, car les murs de la bibliothèque ne sont pas extensibles. On appelle ça le pilon ou le désherbage. On retire des collections les livres en trop mauvais état, ceux qui ne sont jamais empruntés, ceux qui sont obsolètes ou vieillots… On travaille pour ça à partir de tableaux statistiques. On passe alors nos journées sur des trucs qui ressemblent à ça :

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Et disons clairement LE truc qui choque toujours tout le monde : une grande partie de ces livres sont jetés, détruits. J’ai même bossé dans une ville où ils étaient brulés. Chaque année, j’en balance plusieurs centaines sans état d’âme. Notre boulot c’est de proposer une collection de livres d’actualité, pertinents et en bon état. Nous ne faisons pas du tout un travail de conservation.

Le service public

C’est le plus visible. Ce sont les heures que l’on passe à faire du prêt et du retour de documents, à répondre au téléphone, à inscrire les gens, à les aider à trouver les livres qu’ils cherchent, à les conseiller… Mais aussi à faire la police, à demander au mec qui téléphone de sortir, à indiquer où sont les toilettes, où est la station de métro la plus proche, à aider un gamin pour son exercice de maths, à faire une photocopie pour rendre service à un lecteur, à se faire engueuler pour x ou y raison

On est responsable de la bonne cohabitation des différents publics. Par exemple, notre bibliothèque est fréquentée par des groupes d’ados qui n’ont pas les moyens d’aller au café qui cherchent un endroit pour discuter. Il faut essayer de trouver une solution pour les accueillir sans qu’ils gênent les gens qui travaillent ou les familles qui viennent avec des petits.

Mais on ne fait pas QUE ça, et oui on est là et on bosse quand la bibliothèque est fermée au public.

Les accueils de groupe et les animations

En jeunesse, les accueils de groupe occupent une part fondamentale de notre travail. Là où je travaille, on y consacre au moins 50% de notre temps, entre les accueils eux-même, leur préparation, les échanges avec les enseignants, etc. On reçoit des classes de maternelle et de primaire, des crèches, des auxiliaires parentales, des parents et leurs bébés qui viennent avec la PMI, des groupes d’enfants handicapés, des professionnelles de crèches que l’on forme… D’autres bibliothèques accueillent aussi des groupes de FLE, des groupes de personnes âgées, des collégiens et des lycéens, des associations, etc. On travaille alors en partenariat avec les structures du quartier (école, crèches, associations, etc). L’objectif étant la plupart du temps d’amener un nouveau public à découvrir et à fréquenter la bibliothèque. Certains bibliothécaires sont spécialisés dans des types d’accueils (moi, c’est la petite enfance : crèches, bébés avec leurs parents, professionnels de la petite enfance…).

Les animations concernent toutes les sections et peuvent être très très variées : lectures, concerts, conférences, spectacles, mais aussi par exemple initiation au tricot, jeux de société, ateliers scientifiques, utilisation d’une imprimante 3D, compétition de jeux vidéos, danse, etc. Il faut alors trouver quelle animation faire, l’organiser, l’annoncer, la préparer, faire un bilan, etc. Dans certaines bibliothèques, une personne s’occupe spécifiquement de ça (on parle de “responsable de l’action culturelle”), dans d’autres, c’est réparti au sein de l’équipe et tout le monde y participe.

La communication

Cela prend de plus en plus de place dans notre travail. Il faut informer les lecteurs de ce qui se passe à la bibliothèque, donc on fait des affiches, des tracts, des lettres d’infos… Certaines bibliothèques sont également présente sur les réseaux sociaux, et cela prend beaucoup de temps pour s’en occuper. Certaines bibliothèques ont là encore une personne chargée de la communication (souvent celle qui s’occupe aussi de l’action culturelle), mais c’est pas toujours le cas.

Le travail administratif

On le voit moins, et pourtant il nous occupe beaucoup ! On remplit plein de tableaux, on rédige des projets, on fait des bilans et des compte-rendus que personne ne lit. On gère nos mails (j’en reçois environ 150 par semaine). On gère des planning d’accueil, de service public. On assiste à des réunions. On gère un budget et on fait des comptes…

 

Voilà pour un petit aperçu, qui sera peut être complété un peu. Vous pouvez aussi lire cet article où je racontais comment j’organisais mes journées au quotidien. Je prépare un autre article plus concret sur les conditions de travail, comment on fait pour devenir bibliothécaire, etc.

 

Salon de Montreuil 2016

Je vous parle un peu de ma visite et de mes découvertes de l’année au salon de Montreuil ? J’y ai passé presque deux journées complètes cette année. La première entre adultes, avec Elise du Bar à petits pots (que j’ai rencontrée au salon l’année dernière et qui est devenue une amie, ce salon c’est chouette pour ça aussi!) et @Lscw. Et la deuxième avec le magicien que j’emmenais pour la première fois au salon (je ne compte pas la fois où il avait 6 mois!).

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Au salon de Montreuil, je suis un peu comme l’accro du shopping dans un grand magasin de vêtements. Je cours partout, et même si avant je me promets d’être raisonnable, ça ne marche jamais et les achats s’accumulent ! Et si je compare avec les éditions précédentes, je me rends compte que c’est de pire en pire ! Voici donc une partie (!) de mon butin :

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(manquent les cadeaux, pas très nombreux cette année, la petite poule rousse de Pierre Delye et Cécile Hudrisier que le magicien s’est empressé d’emporter à l’école et c’est qui le petit ?, un livre de photos de Corinne Dreyfuss aussi intéressant que beau).

Deux journées assez différentes. La première entre adultes passionnées, ce qui est VRAIMENT chouette puisqu’on a pu se faire découvrir mutuellement nos chouchous. Et qu’avec Elise, on avait programmé… exactement les mêmes dédicaces ! Et puis Elise a le chic pour entamer la conversation avec tout le monde, du coup on a discuté avec des gens super sympas, c’était vraiment cool !

La deuxième devait, initialement, n’être qu’un saut au salon, avec le magicien, pour voir Nathalie Tual chanter Bulle et Bob se déguisent. En tant que grands fans depuis des années, on ne pouvait pas rater ça !

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On a adoré le spectacle, chanté en choeur et frappé dans les mains, et j’ai même été sacrément émue (oui la mère qui a les larmes aux yeux pendant la chanson sur le papi qui est parti, c’est moi ! mais j’étais pas la seule d’abord).

Je voulais ensuite proposer au magicien de se faire dédicacer un livre pour voir l’auteur dessiner, puisque cette année, pour la première fois, il semblait s’intéresser aux dédicaces des livres que j’avais rapporté. Il a donc choisi la petite poule rousse de Pierre Delye et Cécile Hudrisier, parce qu’ils travaillent sur ce conte à l’école et qu’il était content d’en découvrir une nouvelle version. Je pensais qu’ensuite il en aurait marre. Et j’ai été surprise de voir que pas du tout. Qu’il en demandait encore, et encore, et encore, qu’on a visité l’expo, fait faire plein de dédicaces, lu des livres et des livres et des livres… (il faut dire que je disais oui dès qu’il voulait un livre, en gros, donc il en a profité!).

On me posait la question des enfants au salon. J’étais franchement négative avant, sauf dans un but précis comme un spectacle, je le suis un peu moins du coup. Mais il faut quand même dire qu’il y a beaucoup beaucoup de monde, du bruit, qu’on piétine, qu’on attend beaucoup pour les dédicaces et que c’est dur pour un enfant. Il était vraiment crevé à la fin. Et moi j’ai du me consacrer à lui à 100%. Lui lire des histoires pendant les files d’attentes, ne pas râler quand, alors que c’est notre tour pour une dédicace, il décide que c’est le moment d’aller aux toilettes et que non non non il ne peut pas attendre. Ce que j’ai fait de bon coeur, mais j’aurais été très frustrée si ça avait été ma seule visite au salon.

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Cette année, les deux fois, j’ai privilégié les dédicaces. Beaucoup plus que les années précédentes. Je n’ai pas pu assister à des conférences, rencontres ou à la journée professionnelle. Ca a été un Montreuil beaucoup moins “pro” et beaucoup plus familial que les années précédentes (tout le monde a eu sa dédicace, même Paul !). Et c’était chouette aussi.

L’exposition de l’année s’intitulait la règle et le jeu et mettait en avant des albums atypiques, jouant sur l’objet livre “deux plans qui forment un coin dans lequel on peut s’installer” (Marion Bataille). Les livres qui se déplient de Warja Lavater, qui a “codé” les contes de fées. Les pop up hors du commun de Marion Bataille (ABC3D et Numéro). La délicatesse du Voyage d’hiver d’Anne Brouillard où on suit un train. Le livre jeu prendre et donner de Lucie Félix (cadeau de Noël idéal pour un enfant de 2-3 ans, au passage). On pouvait manipuler les livres, ce qui donnait un caractère vraiment interactif à l’expo qui a beaucoup plu au magicien. Personnellement, j’y ai retrouvé beaucoup de livres que je connaissais et j’ai regretté que certains livres fragiles soient vraiment abimés le dimanche, ce qui gâchait un peu la manipulation. Mais j’ai fait une superbe découverte. Dont je vous parlerai demain. Parce que comme d’habitude j’ai été trop bavarde donc je ferai un 2e article sur mes découvertes, mes coups de coeur, mes dédicaces et mes achats !

Des livres à offrir aux petits à Noël

Ca commence à devenir un rituel. C’est la 5e fois que je propose quelques idées de livres à offrir à Noël. Ce qui est pas mal, car du coup, pour chaque âge, ça commence à faire un certain nombre d’idées ! Alors vous pouvez retrouver les épisodes précédents : 2011, 2012 (0-7 ans et et 8-15 ans), 2014 (0-7 ans et 8-18 ans) et 2015 (0-7 ans et 8-16 ans).

Et je rappelle que si je donne des âges, ils restent très indicatifs, c’est ce que je conseillerais sans connaître l’enfant, ses goûts, son rapport au livre… Par exemple, je lis aussi bien Heure bleue, que je conseille ici à trois ans, qu’à des bébés ou des enfants de 6 ans !

à 6 mois : Blanc sur noir  ou Noir sur blanc de Tana Hoban (école des loisirs)

LES incontournables des premiers livres à proposer aux bébés que j’avais déjà cités ici. Des imagiers sans textes, tout-cartonnés, aux images contrastées qui attirent le regard. La puce les a adoré, ainsi que Qui sont-ils? qui propose, là encore en noir sur blanc, des images d’animaux.

 

à 1 ans : Pomme Pomme Pomme de Corinne Dreyfuss (Thierry Magnier)

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à 2 ans : un des livres des saisons de Rotraut Susanne Berner, ou le livre de la nuit dans la même collection (La Joie de Lire)

Ces albums, grands imagiers cartonnés, sans texte, présentent pour chaque saisons des scènes pleines de détails à commenter. On retrouve les décors d’un livre à l’autre, alors on peut comparer. On retrouve les personnages d’une page à l’autre, on les suit dans des petites aventures du quotidien. Et on y trouve tous les éléments qui marchent à tous les coups avec les petits : le train, le camion poubelle, le chantier… J’aime bien en avoir deux ou trois pour pouvoir les ouvrir à la même page et comparer (vive la bibliothèque pour ça !). Il existe également un recueil, le livre des 4 saisons, qui regroupe les quatre premiers livres.

 

à 3 ans : Heure bleue d’Isabelle Simler (éditions courtes et longues)

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Mon gros coup de coeur ! Les illustrations sont à tomber par terre et le texte est un bonheur. Je vous en reparlerai très vite bientôt dès que je trouverai le temps de le faire. L’auteure vient à la bibliothèque où je travaille, alors j’ai prévu de vous parler, ici aussi, de ses livres ! En attendant, allez voir le très bel article de Chlop pour en savoir plus !

 

à 4 ans : la folie des grandeurs de Kathrin Scärer (minedition)

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La couverture a suffi pour me faire craquer, s’il vous en faut plus, j’en parle ici !

 

à 5 ans : Blaise et le château d’Anne Hiversère de Claude Ponti (école des loisirs)

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Vous allez me dire “Ponti, c’est pas très original” et vous n’aurez sans doute pas tort, mais cet album est un tel régal de gourmandise, d’inventivité, de clins d’oeil… qu’il en est incontournable. Chez nous, il régale autant les enfants (le magicien s’est pris pour un poussin masqué pendant plusieurs semaines) que les adultes.

 

à 6 ans : la bergère qui mangeait ses moutons d’Alexis Lecaye et Nadja (école des loisirs)

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Une “première lecture” très drôle, bien illustrée, où le loup vient faire un tour, bien sûr !

 

à 7 ans : la grande forêt d’Anne Brouillard (école des loisirs)

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Anne Brouillard nous offre un livre à la frontière entre l’album, la BD et le roman et crée un univers poétique, magnifique dans lequel on plonge avec délice. Sur le site de l’éditeur.

J’essaye de vous proposer une suite, pour les plus grands, très vite, mais j’avoue que si je déborde d’idées pour les ados, j’ai plus de mal pour les 8-11 ans, je vais donc fouiller un peu à la bibliothèque !

 

Dans le désordre de Marion Brunet

Sept personnes qui se rencontrent en manif, dans la révolte, dans le désordre, refusant la vie qu’on leur impose. Ils décident de vivre ensemble selon leurs propres règles, en squat et en meute. Au sein de la meute, Jeanne et Basile vont se trouver.

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J’avais adoré frangine de Marion Brunet et j’attendais avec impatience ce roman. Au point de l’acheter parce que j’en avais marre d’attendre qu’il arrive à la bibliothèque ! Là encore, elle est en résonnance avec l’actualité sans l’aborder frontalement.

Et au final, j’ai été un peu déstabilisée par ce livre.

J’ai adoré l’écriture de Marion Brunet. Un vrai bonheur de lecture, tout comme frangine, d’ailleurs. J’aime sa manière de manier les mots, l’alternance de scènes d’action (scènes de manif en particulier) et des moments de calme et d’introspection, sa façon de décrire le sentiment amoureux, son talent pour faire exister des personnages secondaires. J’ai aimé le portrait de groupe. Mais aussi la relation amoureuse naissante entre Jeanne et Basile.

J’ai été emportée.

Et pourtant, je garde de cette lecture un sentiment d’inachevé.

Ce roman se construit sur l’exaltation. De la rencontre, le la vie commune, de la revendication, du militantisme, de la révolte, du coup de foudre… Et c’est beau et enthousiasmant.

Tonio ressert du café. Jeanne savoure l’instant, au milieu de la petite meute pensante, discordante sans doute mais qui rêve d’amorcer un siège, une lutte. Elle ne cherche pas d’échappatoire. Il y a longtemps qu’elle refuse la bouillie fade d’une vie calibrée et d’un système dégueulasse, déjà mort – Marc a tellement raison. Le cynisme ne suffit plus, et elle a envie d’écraser du talon sa lucidité triste. Elle veut faire partie de l’agitation, du grand Tout qui bourdonne : entrer dans la danse. Mais pas toute seule, non. La solitaire en elle se laisse amadouer par l’élan, par les autres.

C’est nouveau et doux, mais pas seulement ; ça la remue, aussi, comme une musique, et tout ça la traverse, pousse en elle à grande vitesse, parce que la graine y sommeillait depuis très longtemps. Jeanne vibre du bout de chacun de ses doigts, tendus ou repliés, agités, prêts à caresser ou à se serrer en poing. Et elle voit bien qu’elle n’est pas seule : ça circule entre eux comme une évidence, à grands pas. La guerre, c’est la guerre. Et parfois, ça ressemble à de l’amour.

Mais finalement, les personnages sont paradoxalement figés dans cette jeunesse, dans ce mouvement (par un évènement que j’ai un peu trop senti venir…).

J’ai été un peu frustrée, finalement, de ne pas lire ce qui se passe « après ». Comment, passé l’enthousiasme du début, on vit ensemble, en autogestion ? Comment ne pas être usée par les difficultés ?  Comment on évolue, ensemble ou non, dans cette vie ? J’aurais aimé qu’on donne plus d’importance aux personnages plus âgés.

Mais est-ce un défaut du livre, ou est-ce que c’est que je suis trop vieille pour ce livre destiné aux adolescents ? Est-ce que j’ai perdu cet enthousiasme et cette vigueur ? Est-ce que je me pose des questions d’adultes que je ne me serais pas posé à 18 ou 20 ans, parce que je n’en suis tout simplement plus au même stade de ma vie ? Ou est-ce que je n’ai jamais eu cet enthousiasme, cet emportement parce que j’ai toujours été trop raisonnable ? Est-ce que je ressemble trop aux bobos détachés des vrais problèmes sociaux dont un des personnages fait le portrait (et dont l’enfant porte le même prénom que mon fils ^^) ?

Alors j’aimerais avoir d’autres avis sur ce livre. Et en tout cas, cette réserve ne gâche aucunement le plaisir de lecture. J’ai donc déjà fait lire ce livre (à un ami de mon âge qui partage les mêmes réserves) et je le conseillerai vivement, autant à des jeunes qu’à des adultes !

Et décidément, je suis bien fan des dernières publications de la collection Exprim de chez Sarbacane, entre les deux romans de Marion Brunet, Dysfonctionnelle d’Axl Cendres et les petites reines de Clémentine Beauvais qui va, je l’espère, bientôt avoir droit à un article !

le magicien et la puce, portraits

A quelques jours de la rentrée, j’avais envie de dire quelques mots de mes enfants, aujourd’hui. Parce que les choses passent si vite. Que j’aime relire de temps en temps les portraits d’eux que je fais sur le blog. Pour me rappeler, voir à quel point ils changent, tout en restant les mêmes.

La puce a 16 mois. Ses cheveux se sont beaucoup éclaircis pendant les vacances, et lui tombent dans les yeux. Ses yeux ont foncé par contre. Ils seront gris plutôt que bleus. Comme les miens maintenant. Le bout de son nez est tout râpé parce qu’elle a fait des cascades au parc.

Elle est toujours aussi souriante. Quand elle rencontre quelqu’un de nouveau, elle a quelques secondes de timidité, où elle s’accroche à nos jambes, mais ça ne dure pas. Et à partir de ce moment là, elle est souriante, sociable, heureuse quand il y a du monde. Quand on rentre du travail, elle se précipite vers nous, tout sourire. Même chose quand quelqu’un qu’elle aime vient nous voir. Il faut la voir faire la fête à son parrain !

Elle adore manger. Ca fait longtemps qu’elle a décidé qu’elle mangerait comme nous. Il faut la voir se pencher sur sa chaise haute, pour vérifier qu’il y a bien la même chose dans son assiette que dans celle de son frère ! Et le scandale qu’elle fait si ce n’est pas le cas ! Désormais, elle mange seule ou presque. Avec enthousiasme. Aime tout. Tend son assiette en poussant des cris quand elle est vide.

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Elle fonce droit devant. Part à l’aventure. A la plage, alors qu’au même âge son frère n’osait pas poser le pied dans le sable, elle courait droit vers la mer dès qu’on la posait, et se jetait avec enthousiasme dans de l’eau à 20°. Dans la piscine, elle était prête à se jeter dans le grand bain. Chez mon grand-père, l’escalier qui conduit à la piscine a une marche très haute. Sa femme me disait donc “à cet âge on est tranquille, la marche les bloque donc ils ne peuvent pas monter”. Le temps qu’elle ait fini sa phrase, la puce l’avait déjà escaladé.

Elle est bavarde, et les premiers mots commencent à être reconnaissables. Papa, Maman, non (qu’elle dit pour accompagner le signe de la main qu’elle fait depuis plusieurs mois déjà !), encore, doudou, et “bouaf”, intermédiaire de “boire” et “soif” pour réclamer sa tasse d’eau. Elle sait très bien ce qu’elle veut, de toute manière, et sait très bien le faire comprendre. Elle nous dit au revoir de la main quand elle est fatiguée et veut aller dormir., par exemple.

C’est une tête de mule. Et une tragédienne. Quand on lui dit non pour quelque chose, elle se jette par terre en hurlant. Qu’est-ce que ça va donner à 2 ans 1/2 !

Elle voue une véritable passion aux chaussures. Quand on dit qu’on part, elle se précipite vers les chaussures bien rangées dans l’entrée le tas de chaussures et distribue à chacun sa paire. Sinon, ses jeux favoris sont l’établi de son frère, la dinette, les voitures, et tout ce que le magicien a dans les mains. Elle adore la musique, et demande à ce qu’on lui lise en boucle la p’tite bête d’Antonin Louchard.

 

Le magicien a 4 ans. La coupe de cheveux d’un chanteur des années 90. Il est plutôt grand et maigrichon.

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Physiquement, il a pris confiance en lui. Il court, escalade, se baigne… Mais il reste toujours prudent.

Il aime les jeux de construction, les engins de chantier, les camions de pompier. Quand il sera grand, il sera conducteur de camion poubelle de verre (oui, c’est précis). Il aime le rose, ses bottes de princesse.

Il est passionné par les livres. En connait des dizaines par coeur. Passe beaucoup de temps à en regarder tout seul. Demande toujours plus d’histoires. Peut en écouter pendant des heures. Même si elles sont longues, pas évidentes pour son âge. En ce moment, c’est Ponti qui le fascine le plus (“Maman, le château d’Anne Hiversère, je voudrais qu’on le rende jamais à la bibliothèque, je l’aime trop !”).

Il vit dans un monde qui mêle la réalité, son imagination, les livres qu’il écoute et les dessins animés qu’il regarde (Wallace et Gromit, Chuggington et Robocar Poli essentiellement). C’est le bus des poussins, conduit par Blaise le poussin masqué qui l’a emmené à l’école tous les jours au mois de juin. Hier, il ne s’appelait plus le magicien mais Poli, (sa soeur et nous étions le reste de l’équipe de secours), était une voiture et a fait la sieste dans son garage. Après le parc, il fallait vite rentrer pour laver les véhicules (prendre le bain) ! Tout ça donne parfois des discussions cocasses avec des gens qui n’ont pas les références ^^

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Il est curieux de tout. S’intéresse à tous les sujets. Pose des questions (beaucoup). Il est bavard aussi.

Il a du mal à canaliser son énergie. Il passe par des moments où il est épuisé, d’autres où il est zinzin, surexcité. Il teste beaucoup les limites en ce moment, cherche à nous pousser à bout, c’est fatigant, énervant.

Mais il est aussi très câlin. Dit qu’il nous aime. Me dit qu’il veut vivre avec moi pour toujours. Réclame son père quand il travaille. Me fait des “câlins de cheveux”.

 

J’adore les regarder tous les deux. Ca y est, ils ont une vraie relation de fratrie. Faite de dispute, de bagarres, et de jeu dans la main de l’autre qui est forcément le plus intéressant. Mais aussi d’attention, de tendresse, d’échange. Cet été, par exemple, alors que le magicien chahutait avec un de nos amis, il est tombé, s’est fait mal et s’est mis à pleurer. La puce est arrivée en courant, a “grondé” l’ami en question à coup de “dah dah dah” fâchés et s’est précipitée pour aller chercher le doudou de son frère et lui apporter.

Ils se tiennent par la main quand ils se promènent.

Ils sont contents de passer du temps ensemble, content de se retrouver après une séparation. Ils ne dorment bien la nuit que s’ils sont dans la même pièce. Ils commencent à vraiment jouer ensemble.

Le magicien présente la puce d’un fier : “c’est ma petite soeur, La Puce ! Maintenant elle sait marcher toute seule mais elle sait pas encore parler”. Il fait le grand parfois, celui qui sait, celui qui dit les règles.