Dysfonctionnelle d’Axl Cendres

Moi qui essaye de ne pas acheter de romans ado, je n’ai pas respecté ma “règle” à Montreuil et craqué pour ce roman qui me faisait de l’oeil depuis un moment, entre autres grâce à cette excellente critique de Bob et Michel.  Et le moins qu’on puisse dire, c’est que je ne regrette pas d’avoir craqué.

dysfonctionnelle

Fidèle, dite Fifi, raconte sa vie dans une famille dysfonctionnelle : son père finit régulièrement en prison et sa mère est très fragile psychologiquement, au point d’être régulièrement internée. Elle grandit “au bout du monde”, un bar de Belleville dans une tribu de 6 enfants pour le moins originale. Mais ses capacités scolaires et sa “mémoire photographique” vont la conduire dans un lycée des beaux quartiers dont les élèves, “où les élèves s’appelaient Augustin, Eléonore ou Apolline”. Deux mondes différents pourtant séparés seulement par quelques stations de métro. Elle va y rencontrer Sarah…

Ce roman réussit des grands écarts avec brio. C’est à la fois complètement loufoque et réaliste. A la fois hilarant et triste. A la fois léger et grave. Doux-amer. Sans que l’un l’emporte sur l’autre. Et sans jamais que ça paraisse fabriqué. Ce livre m’a fait rire et mis les larmes aux yeux. C’est une histoire de famille, une histoire d’amour, un roman d’apprentissage, tout cela à la fois.

Difficile de trouver un extrait en particulier. C’est un roman qui nous happe et qu’on lit d’une traite. Un roman qu’on trouve trop court, parce qu’on aurait envie de lire la vie détaillée de chacun des personnages, d’en savoir plus, de rester un peu plus parmi eux.

Il m’a fait penser à la saga des Malaussène de Pennac, que j’ai tellement aimé : le même quartier à la même époque, une famille nombreuse et dysfonctionnelle, une mère absente même quand elle est là, une fratrie soudée, de l’humour… Tout en en étant bien différent. On garde malgré tout l’idée ici d’une vie si ce n’est réelle (le roman serait en partie inspiré de la vie de l’auteure), au moins crédible.

Ce roman rappelle aussi l’importance de ne pas enfermer les gens dans des cases. Qu’on peut adorer le musée d’Orsay et chanter Johnny Halliday. Qu’aussi brillant qu’on soit scolairement, il faut trouver sa voie et pas celle qui serait la voie à suivre.

“Tu habites à Paris et tu n’es jamais allée au Louvre ?!!!”

“Et alors ? Y’a des gens qui habitent Paris et qui n’ont jamais été à Belleville !”

Bref, c’est un énorme coup de coeur, lisez-le !

En ce moment, nous lisons…

Depuis quelques temps, j’ai un compte instagram (la responsable de ma présence sur ce nouveau réseau social et de l’augmentation du temps que je passe sur internet se reconnaîtra ^^).

Une bonne partie des photos que j’y publie concerne la littérature jeunesse. Ce que j’achète, des détails d’illustration que j’aime bien, ce que je lis avec mes enfants…

Et j’ai envie d’y publier régulièrement une petite photo des livres qu’on lit le plus souvent en ce moment. Les coups de coeur de mes enfants, ceux qu’ils réclament encore. Ceux qu’on emprunte à la bibliothèque et qui ne font donc qu’un court (bon, parfois un peu trop long, hum) séjour chez nous.

Je n’ai le temps de parler sur ce blog que d’une toute petite partie des livres qu’on lit et qu’on aime.

Alors ça sera un moyen de les montrer, quand même !

Donc, en ce moment, avec la puce (9 mois 1/2), nous lisons :

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  • Y’a une pie dans l’poirier de Martine Bourre (collection Pirouette chez Didier Jeunesse) présenté ici sur le site de l’éditeur
  • et le matin quand le jour se lève et et le soir quand la nuit tombe d’Anne Crausaz (Memo) qui font partie de ma pile de livres que je veux absolument chroniquer
  • le livre des bruits de Soledad Bravi (école des loisirs) que j’ai présenté ici
  • imagier des jouets de François Delebecque (Les grandes personnes) présenté ici sur le site de l’éditeur

Et j’avais oublié pas de loup de Jeanne Ashbé (Pastel) ! Pourtant, c’est un de nos favori, et le magicien aime aussi beaucoup l’écouter ou le lire à sa soeur ! J’en avais parlé avec l’enthousiasme qu’il mérite ici.

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Avec le magicien (3 ans 1/2), nous lisons :

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  • la grenouille à grande bouche de Francine Vidal et Elodie Nouhen (Didier jeunesse), présenté sur le site de l’éditeur ici, en attendant la sortie de les deux grenouilles à grande bouche de Pierre Delye et Cécile Hudrisier. Le magicien était déjà un grand fan de la version en livre animé de casterman au point de répéter depuis des mois qu’il est une grenouille à grande bouche qui mange des mouches, il est content de découvrir une nouvelle version !
  • L’anniversaire de Monsieur Guillaume d’Anaïs Vaugelade (Gallimard Jeunesse) que j’ai présenté ici
  • Et vogue la petite souris de Coline Promeyrat, Martine Bourre et Elsa (Didier Jeunesse), présenté sur le site de l’éditeur ici
  • Attention chantier (collection le monde animé chez Gallimard Jeunesse), présenté sur le site de l’éditeur ici
  • le ver et le pou d’Elise Gravel (éditions Le Pommier), présenté sur la mare aux mots ici. On a reçu ces 2 livres en cadeau d’un abonnement à la petite salamandre et ils sont géniaux ! Le magicien les adore et l’amoureux rit encore devant le “comte Drapoula” à la 15e lecture.

Et puis aussi :

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Des livres d’Emmanuelle Houdart, forcément ! Que fais-tu, Fantine ? (Seuil Jeunesse) et les voyages merveilleux de Lilou la fée (collection Encore une fois chez Actes Sud Junior). Des livres jeux, plein d’éléments à retrouver. Un univers presque encore plus fou/loufoque/original que dans ses autres titres. On peut les lire comme des histoires ou les déguster page par page. Et s’ils plaisent déjà à mon 3 ans 1/2, c’est encore difficile pour lui de tout retrouver et je pense qu’ils peuvent aussi plaire à des enfants plus grands. Dommage que Lilou la fée n’existe pas (plus?) en grand format…

 

Et moi ? Quand la puce ne me le pique pas, je lis Mémoires d’une féministe iconoclaste d’Yvonne Knibiehler (collection Pluriel chez Hachette).

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Et si je vous parlais un peu de la puce ?

J’avais réfléchi à un pseudo pour elle pour le blog, et j’avais choisi Bulle, et puis finalement c’est la puce qui s’est imposé. Un surnom que je lui donne parfois, mais surtout le surnom que ma mère me donne depuis mon enfance. Peut être que ça changera quand elle grandira, peut être pas…

La puce, donc, a 9 mois aujourd’hui (aujourd’hui étant le jour où je commence cet article, mais probablement pas le jour où je le publie…).

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(et beaucoup moins sur cette photo qui date de cet été)

Elle a perdu ses boucles brunes de naissance pour des cheveux châtains clairs mais a gardé ses yeux clairs, pas vraiment bleus, qui ressemblent aux miens. Elle m’a prise un peu trop au sérieux le jour où j’ai dit en plaisantant que quand elle aurait des dents elle n’aurait plus droit au nichon, et reste donc notre petite édentée.

Elle est très souriante. C’était déjà ce qu’on disait du magicien et c’est agréable d’avoir des enfants qui ont toujours le sourire aux lèvres. Elle nous sourit, elle sourit aux gens, c’est un bébé très sociable. Elle passe de bras en bras avec plaisir, adore les autres enfants et leurs attentions pourtant pas toujours délicates, surtout quand ils sont à peine plus âgés qu’elle.

Elle adore qu’on fasse le cheval ou bateau sur l’eau. Parfois avec son frère, tous les deux sur mes genoux. Elle commence à rire dès que je chante la p’tite bête, avant même les chatouilles. Elle aime les attaques de bisous. Elle joue à “bélier boum” avec son papa. Elle dit “au revoir” de la main, et fait des bisous en collant sa bouche grande ouverte contre notre joue.

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passionnée par Axinamu qui plaisait déjà tellement à son frère

Elle aime manger. Elle aime les compotes et les purées que son papa lui prépare avec amour, bat des bras quand elle voit le yaourt arriver et surtout adoooore manger comme nous. Et commence à très bien s’en sortir avec les morceaux.

Elle adore l’eau, le bain (surtout quand c’est avec son frère, les deux dans la minuscule baignoire pour bébé puisque nous n’avons qu’une douche), mais déteste qu’on la change et qu’on l’habille. Il faut ruser, chanter, ou mieux, que son frère vienne lui faire un spectacle. Vivement l’été, qu’elle puisse se promener nue ou quasiment !

Elle trouve que dormir, c’est surfait. Les nuits sont compliquées, encore, les siestes sont courtes et aléatoires. Nous avions été habitués à un gros dormeur, là ce n’est pas le même rythme !

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petit lutin avec son pull tricoté main

Elle rampe depuis deux mois, et le fait avec une efficacité et une détermination impressionnantes. On a l’impression d’avoir un petit militaire qui rampe au sol.

Elle a un sacré caractère. Inutile de chercher à lui faire faire quelque chose dont elle n’a pas envie. Certain(e)s d’entre vous ont peut être suivi nos déboires avec le biberon. La puce a décidé qu’elle boirait au sein, point final. Et ça a été à nous de faire avec et de nous adapter.

Quand elle ne veut pas quelque chose, elle proteste. Il arrive qu’elle pleure, mais la plupart du temps, elle râle. Jusqu’à il y a peu, elle ne babillait pas. Elle faisait des sons, mais plutôt des cris de petit dinosaures que des “ba-ba-ba”. Et puis un soir, elle est tombée de notre lit. Plus de peur que de mal, heureusement. Après avoir pleuré quelques secondes, elle s’est mise à protesté, d’un air outré “Ta-ta-ta-ta-ta-ta-ta !”. C’est donc en râlant que la puce s’est mise à babiller ^^ (mais maintenant elle nous fait de superbes ma-ma-ma-ma-ma qui ressemblent parfois à maman !).

Elle est en admiration devant son frère. Il suffit qu’il approche, qu’il prête attention à elle pour qu’elle éclate de rire. Elle a très envie de lui piquer ses jouets, mais il ne se laisse pas faire. Dès qu’elle le peut, elle se précipite dans la chambre pour essayer de jouer avec ses playmobils, et râle très fort si la porte est fermée ! Quand les deux jouent dans la chambre, il faut souvent mes jambes pour “faire barrière” !

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Alors que son frère a été, les premiers mois, seul au centre de l’attention, la puce a du trouver sa place dans une vie familiale déjà bien remplie. Elle accompagne son frère à l’école et va le chercher tous les jours. Va écouter les histoires “de grand” à la librairie.  Elle nous suit dans nos activités. Et elle le fait en souriant, avec plaisir, mais sans jamais se faire oublier. Elle est là et bien là.

Et une chose est sûre, on ne va pas s’ennuyer avec elle !

 

Bou et les 3 zours

Ca fait un moment que j’avais envie de vous parler de Bou et les 3 zours d’Elsa Valentin et Ilya Green (Atelier du poisson soluble, 2008).

bou et les 3 zours

Vous avez sans doute déjà remarqué que j’adore les illustrations d’Ilya Green. Je me suis déjà extasiée devant les plus belles berceuses jazz et jazz sous la lunemon arbre ou la série des Bulle et Bob. Ici, on est chez Ilya Green “première période” avec des illustrations très colorées, des aplats de couleur en fond… Un peu comme dans Marre du rose  qui date de la même période.

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(je veux la même robe pour ma fille. De manière générale, les vêtements dessinés par Ilya Green devraient être commercialisés, les robes de Bulle sont également sublimes. Avis aux marques de fringues !).

Cet album reprend l’histoire archi-connue de Boucle d’or et les trois ours. Mais ici, Bou est une petite brune et l’histoire prend son temps : la promenade de Bou dans la forêt avant d’arriver chez les ours dure près de la moitié de l’album. Le temps d’admirer les illustrations d’Ilya Green (et de savourer au passage qu’on prenne de la distance avec les stéréotypes). Le temps de profiter, déjà, d’un texte merveilleux.

En effet, ce qui fait l’originalité et la richesse de cet album c’est le texte d’Elsa Valentin. Voilà les premières lignes de l’album, pour vous donner une idée :

L’était une fois une petite Bou qui livrait dans la forest avec sa maïe et son païe. Un jour elle partit caminer dans la forest pour groupir des flores.

– Petite Bou, ne t’élonge pas troppe, lui dirent sa maïe et son païe.

– Dakodak, respondit Bou.

Elsa Valentin a créé ici une langue qui n’appartient qu’à cet album, dont le “zours” du titre ne donne qu’une minuscule idée. Une langue fait de mots étranges, inventés. De mots valises qu’on aurait envie d’employer tous les jours (confordouillette, panitrouiller). Une langue qui fait appel à l’anglais, à l’espagnol, au créole, au latin… à l’argot, aux mots d’enfant… Une langue qui est autant un délice à lire (même si j’avoue que j’ai du m’entrainer plusieurs fois avant d’oser me lancer dans une lecture à voix haute) qu’à écouter.

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Une langue qui malgré toute son étrangeté est immédiatement compréhensible. Une langue qui rappelle aux adultes à quel point le contexte, l’illustration, l’univers dans lequel nous emmènent un album donnent du sens même à un mot qu’on ne comprend pas  (et donc qu’il n’est pas nécessaire d’accompagner un mot jugé “compliqué” d’explication, sa place dans l’album suffit généralement, et même si on ne le comprend pas tout à fait, on peut juste profiter de ses sonorités, de la manière dont il roule sur la langue).

Une langue qui montre aux enfants que la langue est un jeu, qu’on peut s’en emparer, la tordre, s’amuser avec. Il y a ceux qui ne se rendent pas tout de suite compte que ce n’est pas notre langue habituelle, tant elle reste compréhensible. Ceux qui sont stupéfaits de voir un adulte se lancer dans ce texte et lire avec aplomb “Kik’a gouglouté toute ma sol ? pleurchinia Chtitours.”

C’est d’autant plus jubilatoire pour eux que l’histoire des trois ours est généralement connue et qu’ils peuvent apprécier le décalage avec les versions qu’ils connaissent déjà !

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J’avais déjà lu cet album au magicien alors qu’il était tout petit parce que je me préparais à le lire le lendemain à une heure du conte, et il avait déjà aimé (Chlop dit d’ailleurs ici : “j’ai eu la bonne surprise de constater qu’il est très apprécié par des petits de même pas deux ans. Il semble qu’écouter des mots qu’ils ne connaissent pas ne les déstabilise pas du tout. Peut être parce qu’ils sont justement en plein apprentissage du langage et qu’ils entendent tout les jours des mots dont ils essayent de deviner le sens grâce au contexte?”).

Et quand cette année, il m’a dit que la maîtresse leur avait lu le conte (dans la version de Byron Barton. Mais que feraient les instit de petite section sans Byron Barton ?), saisissant ce prétexte pour m’acheter enfin cet album, j’ai couru à la librairie pour lui proposer cette version. Le magicien adore inventer des mots. Des noms étranges pour ces peluches ou ses jouets. Des phrases dans des langues imaginaires. Ce livre souligne à quel point c’est chouette de pouvoir faire ça. A quel point, même si c’est important de pouvoir se faire comprendre, la langue est un terrain de jeu. C’est un beau cadeau à lui faire, je trouve.

Et “Patastrophe” fait désormais partie du langage familial !

Si vous voulez en voir un peu plus sur ce livre, vous pouvez lire les articles de Chlop et du tiroir à histoires.  J’en profite pour vous dire qu’Elsa Valentin et Ilya Green ont publié un nouvel album ensemble chez Didier Jeunesse cette fois, ours et gouttes. 

ours et gouttes

Si la langue utilisée est plus classique, c’est une belle histoire sur le déguisement, le jeu, l’imaginaire et sa richesse. Un album où on fait sécher son petit frère en le suspendant à la corde à linge. Où on lit des fleurs. Où on peut être une goutte, une ourse ou faire du roller à patins. A découvrir ici.