La France en face

Est-ce que vous avez vu ce reportage hier soir sur France 3 ? Si non, regardez le vite en replay, et venez me dire ce que vous en pensez, moi je l’ai trouvé passionnant.

Ce documentaire s’appuie sur les travaux de Christophe Guilly, auteur de Les fractures françaises qui explique les effets de la mondialisation sur les couches populaires.
Le point de départ : les chercheurs ont élaboré une carte de France à partir de plusieurs données : les revenus, le taux de chomâge, la part des emplois précaires, la part des ouvriers et des employés. Et ont dressé la carte des “fragilités sociales”. Aux vingt-cinq métropoles de plus de 370 000 habitants, dynamiques s’opposent des trous périphériques.

Le postulat c’est que les métropoles, les grandes villes françaises (Ile-de-France, Lyon, Lille, Toulouse, Nantes, etc), où les choses bougent, tirent profit de la mondialisation et représentent 80% du PIB, mais que tout autour, il n’y a “rien” (mot qui revient souvent dans la bouche des interviewés : pas de travail, pas de “vie”, la précarité). Or, 60% de la population vit dans ces zones.

De nombreux sujets sont abordés :
– pour ce qui est des métropoles (avec les exemples de Paris et de Montpellier et de son littoral) : les classes populaires sont chassés des grandes villes qui se gentrifient. Les classes populaires sont soit contraintes de s’éloigner (exemple de Montpellier, avec les problèmes que ça engendre, en particulier la forte dépendance à la voiture) soit sont parquées dans des quartiers de périphérie, avec l’exemple de la Seine-Saint-Denis. Pour cette dernière, les auteurs refusent de parler de ghetto, car contrairement aux idées reçues, les gens bougent : 1/3 du parc immobilier change de mains tous les 4 ans, mais ceux qui y arrivent sont encore plus pauvres et plus précaires. Et ceux qui ont réussi à partir le payent souvent au prix fort (éloignement de la capitale, endettement, forte charge de travail).
– pour les jeunes des zones périphériques, souvent, la seule possibilité est de partir. Mais seuls ceux qui sont privilégiés le peuvent.
– une analyse de la forte abstention et de la montée du FN dans ces zones : «La grande nouveauté, c’est une progression du Front national chez les employés, chez les femmes, et sur les territoires de l’Ouest et du Sud-Ouest, analyse Guilluy. C’est comme un nouveau vote de classe.»
– même dans des départements qui semblent épargnés, par exemple la Mayenne où le taux de chômage est seulement de 6%, où les gens sont souvent propriétaires, la précarité est présente. “Aujourd’hui, pour 12 à 15 millions de personnes, les fins de mois se jouent de 50 à 150 euros près”. Or ces précaires ne peuvent pas bouger, aller vers les régions qui bougent. “L’idée qu’on peut bouger de sa maison pour trouver un emploi quand on est propriétaire précaire est absurde puisque c’est tout ce qui leur reste, un toit”.
– la disparition de l’industrie, avec les témoignages de trois anciens ouvriers de Meurthe-et-Moselle, témoins impuissants de la fermeture des hauts fourneaux de Florange en particulier et de la désindustrialisation en général. Qui pointent le fait que c’est encore plus difficile pour les ouvriers actuellement que cela ne l’était pour eux : “Nous, on avait notre travail, déclare l’un d’eux, là aujourd’hui, ils se battent parce qu’ils n’ont plus de travail.”

Pour finir sur une note un peu positive, quand même (oui, ce documentaire est très intéressant, mais aussi un peu plombant) : pour sortir de cette situation, il faut encourager le développement de l’économie sociale et solidaire et renforcer les liens entre les territoires. Ainsi, une paysanne explique comment le système de l’AMAP a sauvé son exploitation.

Voilà pour en avoir une idée rapide, mais l’intérêt du documentaire est de donner à ces chiffres, ces constats, des visages, de parler d’individus en difficulté. Alors ne vous arrêtez pas à ce résumé, et si vous ne l’avez pas encore vu, regardez-le ! (et puis venez m’en parler, en commentaire, je serai ravie d’échanger !)

Mariage pour tous

Quand je regarde les infos en ce moment, je bondis. Quand je vois le torrent de boue deversé sur internet, ça me soulève le coeur. Alors mon premier reflexe serait un coup de gueule. J’en ai d’ailleurs trouvé plusieurs sur les blogs que je fréquente.

Mais il ne faut pas oublier que c’est, à mes yeux, une période d’espoir, un moment de changement positif.

Il y a un peu plus d’un an, quand je me suis mariée, mon meilleur ami était à mes côtés. C’est lui qui m’a accompagné chez la maquilleuse. C’est lui qui a tendu à mon mari mon alliance pour qu’il me la passe au doigt.

Dans quelques temps, il va pouvoir épouser celui qu’il aime. Et je pourrai être à ses côtés ce jour là.

Même s’ils n’ont pas encore choisi de date et s’ils préfèrent rester prudents, ils commencent à s’imaginer ce jour. Mon meilleur ami me parle de l’alliance qu’il va porter, du costume qu’il pense choisir… Et ça, c’est du bonheur.

Quand je vois l’homme qu’il aime s’occuper du magicien, je me dis que parmi nos amis, c’est lui qui est le plus prêt à être père. Et qu’il sera un père génial.

Mes amis ont entre 20 et 30 ans. L’âge où on construit des projets de couple, de mariage, de famille. Quand on préparait notre mariage, se marier et avoir des enfants était inaccessible aux yeux de mes amis homos. J’aime voir que tout doucement, ça évolue. Qu’ils se permettent de désirer et d’exprimer des choses qu’ils n’espéraient pas, ou en tout cas n’exprimaient pas, il y a deux ans.

Je pense souvent au petit A., un petit garçon que j’adorais quand je travaillais à l’école maternelle. J’espère que ses mamans réussissent à le protéger de tout ce qui est dit en ce moment. Et je me dis que peut être que l’année prochaine, sa maman pourra faire des choses toutes simples comme se présenter aux élections de parents d’élèves, ce que jusque là elle ne pouvait pas faire parce que ce n’est pas elle qui l’a porté.

Et surtout, surtout, je me dis qu’une fois que cette loi sera passée, dans quelques années, tout ce tumulte sera oublié. Cela se passera comme dans tous les pays étranger où le mariage pour tous a été adopté : les gens se rendront compte que ça ne bouleverse pas la société, et ça ne bouleversera plus grand monde. Et que ce droit sera acquis.

J’espère de tout mon coeur que je pourrai expliquer au magicien que quand il sera grand, il pourra aimer qui il veut, et qu’il pourra se marier et élever des enfants avec la personne qu’il aime, quel que soit son sexe.

Non, je ne changerai pas de nom de famille

Je me suis mariée en juillet. J’ai décidé de garder mon nom.

Pour moi, c’était une évidence. Je peux pretexter de grands principes féministes, mais c’était plutôt un attachement viscéral. Pour moi, mon identité, c’est Lila V. Et je ne vois pas en quoi me marier y changerait quelque chose.

(Enfin, l’aspect “féministe” n’est pas totalement absent non plus : j’avoue que je ne comprends pas pourquoi la femme changerait de nom pour prendre celui de son époux. Si le mariage devait vraiment entrainer un changement d’identité, il me paraîtrait évident que les deux époux utilisent les deux noms réunis).

Et puis, à mes yeux, mon mariage relève de ma vie privée. Et changer de nom, c’est crier à la terre entière “je vous raconte ma vie, je me suis mariée cet été !” (et pour peu qu’il y ait divorce quelques années plus tard, on annonce à nouveau : “au fait, je change à nouveau de nom, je divorce”). Déjà, le passage du Mademoiselle à Madame annonce socialement ce changement de statut, et ça m’agace. Le “Madame ou Mademoiselle ?” me semble particulièrement déplacé. Quand vous adressez la parole à un homme pour la première fois, vous lui demandez s’il est marié vous ? C’est pour ça que je suis favorable à la campagne d’Osez le féminisme sur la question.

Bref.

Ne pas changer de nom m’a permis, concrètement, d’avoir très peu de démarche à faire auprès des administrations. Mais j’ai fait l’erreur fatale d’annoncer notre mariage à la banque.

En effet, peu après le mariage, nous avons ouvert un compte commun, et nous avons donc dit que nous étions mariés. J’ai bien entendu précisé que je gardais mon nom de famille. Je l’ai même précisé trois fois.

Bien sûr, notre compte commun a quand même été ouvert au nom de M. et Mme M. Ca, je m’y attendais.

Mais même l’intitulé de mon compte perso a été changé et est devenu Mme Lila M. Et ça, franchement, ça m’a gonflé. Surtout quand j’ai reçu une lettre recommandée au nom de Mme M. Super pratique, surtout que sur mes papiers d’identité, je suis toujours Lila V.

Et quand je suis allée les voir pour leur demander de reprendre mon nom de naissance, il a bien sûr fallu que je me justifie : je veux pouvoir aller chercher mes recommandés sans me promener avec mon livret de famille, encaisser des chèques à l’ordre de Lila V. sur le compte de Lila M. ça va finir par poser problème, avoir un RIB avec Lila M. alors que j’utilise partout Lila V. ça va poser problème aussi. Et là je m’en veux d’être rentré dans le jeu de cette justification. Garder mon nom, c’est un droit que j’ai. Je n’ai aucune raison de devoir me justifier bordel.

Le comble a été atteint quand la personne au guichet m’a dit “mais vous ne pouvez pas changer de nom ? Ca serait plus pratique”. Bah non, figure toi que je ne vais pas choisir mon nom de famille en fonction de ce qui arrange le guichetier de la banque.

Donc là, il faut que j’adresse un courrier avec un extrait de naissance à la banque. Alors que le compte était au nom de Lila V. jusqu’à il y a 4 mois sans que ça pose le moindre problème.

Alors je sais, il y a plus grave. C’est une simple anecdote, pas hyper intéressante en plus, un simple point de détail. Je pourrais très bien vivre en restant Mme Lila M. pour ma banque, ça ne changerait pas ma vie. Mais à mes yeux, c’est assez représentatif du manque d’ouverture de la société, dès qu’on s’éloigne du système (phallocrate) habituel. C’est pour ça qu’il est important de ne pas laisser courir. Et de ne pas céder sur des combats qui peuvent pourtant sembler dérisoire (choisir librement le nom que l’on porte, supprimer la case Mademoiselle sur les formulaires officiels).

La guerre des boutons

Petite, quand j’allais chez ma grand mère, c’est-à-dire presque tous les week end, je regardais avec mes petits frères La guerre des Boutons, le vieux film en noir et blanc d’Yves Robert. Quelques années plus tard, j’a découvert avec bonheur le roman de Louis Pergaud, que j’ai lu au moins deux ou trois fois.

Encore aujourd’hui, je relis volontiers un bout du roman, et j’ai revu le film (que j’ai en DVD) il n’y a pas si longtemps. L’un comme l’autre ont le pouvoir de me rendre le sourire en une seconde.

guerre des boutons

Et puis je viens d’une famille d’enseignants. des instituteurs depuis la fin du XIXe siècle, dans un petit village ardéchois. Et c’est un peu comme l’instituteur du film que j’imagine mon arrière grand père…

guerre-des-boutons-instit.jpg

Or, deux films adaptés du roman sortent dans les 15 jours qui viennent.

Le premier réalisé par Yann Samuell avec Eric Elmosnino, Fred Testot et Mathilde Seigner (et une apparition d’Alain Chabat) :

guerre-des-boutons-1.jpg

Le second réalisé par Christophe Barratier avec Guillaume Canet, Laeticia Casta, Kad Mérad et une apparition de Gérard Jugnot :

guerre-des-boutons-2.jpg

C’est rare que je dise du mal d’un film avant même de l’avoir vu. Et surtout, je ne pensais pas le faire “publiquement” sur mon blog. Mais là c’est plus fort que moi.

D’une part parce que le fait que deux films sortent sur le même sujet, à une semaine d’intervalle, profitant du fait que le livre tombe dans le domaine public (bah oui quoi, on n’allait quand même pas payer les ayant-droit de l’auteur !), ça montre quand même le peu d’imagination des créateurs, et surtout à mon avis la frilosité des producteurs a investir dans quelque chose qui ne garantira pas un retour sur investissement parce que c’est un projet vraiment original. Pas vraiment positif pour le cinéma, donc.

Mais surtout parce que le peu que j’ai lu ou vu de ces films me suffisent pour affirmer qu’ils vont être mauvais, ou tout au moins pas à la hauteur de mon imaginaire et de mes souvenirs. Dit comme ça, ce n’est pas une critique très constructive. Donnons des arguments :

Ce roman est politiquement incorrect, même près de cent ans avant sa parution, c’est ce qui le rend jubilatoire. Le jeu entre l’écriture construite des passages narratifs et la langue très orale, même si désormais très passée de mode, des dialogues. Et le film d’Yves Robert suit le même chemin. Le voir adapté par Barratier, réalisateur de films consensuels et dégoulinants de bons sentiments (comment ne pas faire une overdose de bons sentiments devant les choristes ?), c’est assez desespérant. Habiller d’un slip les enfants qui dans le roman comme dans le film combattent nus est un bon exemple de ce traitement politiquement correct.

Et cerise sur le gateau, l’ajout d’une pauvre petite fille juive à sauver rend déjà la bande annonce consternante. Franchement, quel est l’intérêt d’ajouter ça ?

Quel est l’intérêt de déplacer la date de déroulement des évènements? Yves Robert l’avait déjà fait, mais pour insérer le film à une époque contemporaine, ce que l’on peut comprendre. Mais là, pourquoi ce choix arbitraire des années 60 pour le premier, de la seconde guerre mondiale pour le second? Parce que finalement tout ça a peut d’importance, tant qu’on peut donner une impression de rétro (à grand renfort de traitement sépia de l’image, visible dès la bande annonce pour le film de Barratier).

Dans le roman, ce sont réellement les enfants qui sont au coeur de l’intrigue. C’est également le cas dans le film d’Yves Robert. Pourquoi alors vouloir à tout prix mettre en avant les adultes ? Pourquoi ressortir toujours les mêmes acteurs, d’ailleurs ? (voir ce que je disais sur la frilosité des producteurs et des créateurs qui ne misent que sur des valeurs sûres).

Enfin, pour ce qui est de la partie technique, même si j’avoue ne pas y connaitre grand chose, leur petite course pour sortir leur film le premier me fait douter de la qualité de la post-production (à peine plus d’un mois entre la fin du tournage et la sortie pour le deuxième film!).

Voilà un article pour vous conseiller de ne pas aller au cinéma (même si vous constatez en lisant l’article que le premier film trouve davantage grâce à mes yeux que le second)… Mais précipitez-vous sur le roman et sur le film d’Yves Robert. Et oui, je suis certaines que vos enfants vont adorer ce film, même s’il est ancien, même s’il est en noir et blanc. Parce qu’il aborde des sujets qui parlent aux enfants d’aujourd’hui : amitié, rivalité entre bandes, bagarres, cabane dans les bois…

Moi, je vais au moins essayer de profiter de ces films pour mettre en avant le roman à la bibliothèque. S’il est emprunté dans les temps qui viennent, je me dirai que la sortie de ces films aura quand même servi à quelque chose…