Mais que fait un bibliothécaire de ses journées ?

On m’a posé dernièrement pas mal de questions sur le métier de bibliothécaire. Je vais du coup essayer de répondre à une partie d’entre elles ici.

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Ce qu’il faut savoir, déjà, c’est que “bibliothécaire” regroupe des postes très différents les uns des autres. Déjà, je parlerai ici uniquement de ce qu’on appelle dans notre jargon les bibliothèques de lecture publique, à savoir grosso modo les bibliothèques municipales, en opposition aux bibliothèques universitaires. Bibliothécaire est le mot générique, mais il regroupe déjà des grades et des responsabilités très différentes. Techniquement, là où je travaille, il y a une seule “bibliothécaire”, la cheffe d’établissement. Moi, je suis assistante spécialisée des bibliothèques. Et au même niveau de responsabilité, les postes peuvent être très différent selon si on travaille en adulte, en jeunesse, en discothèque. On peut travailler plutôt sur les collections, sur les animations, sur la communication… Donc il n’y a pas UN métier de bibliothécaire, il y a énormément de profils différents, et c’est un des intérêts du métier, d’ailleurs.

On imagine souvent notre métier tourné vers les livres, alors que c’est avant tout un métier tourné vers le public. Bien sûr, c’est toujours bien d’avoir lu les livres pour les conseiller ou pour les acheter, mais c’est impossible d’en lire une quantité suffisante, alors notre travail est d’être capable de savoir si un livre convient sans l’avoir lu, en faisant de la veille documentaire (regarder si on en parle dans la presse, si les livres de l’auteur marchent bien à la bibliothèque, si le sujet est intéressant pour nos usagers…). De même, ce n’est pas seulement un métier tourné vers la littérature : on peut travailler aussi, en vrac, sur les essais, les documentaires sur tous les sujets, les guides de voyage, les CD, les DVD, les applications, les jeux vidéos, les BD et les mangas… Les postes avec des compétences informatiques sont de plus en plus nombreux, afin de pouvoir proposer des formations et des ateliers au public.

Le travail sur les collections :

C’est la partie à laquelle les gens pensent en général, sans imaginer forcément le temps que cela prend. La première étape est de choisir et d’acheter des livres. Il faut donc suivre de près les nouveautés. Les bibliothèques sont souvent aidées par un “office” : des nouveautés leurs sont envoyées automatiquement par leur fournisseur et les bibliothécaires font leur choix. Comme je le disais, impossible de tous les lire, alors il faut trouver d’autres critères (si la presse en parle, si les livres de cet auteur marchent bien, si on a besoin de livre sur le sujet…) et toujours faire ces choix en fonction du public. Régulièrement, je n’achète pas pour la bibliothèque des livres que je trouve géniaux parce qu’ils ne sont pas adaptés pour le public. Il faut également penser en terme de budget, de collection, d’équilibre entre les différents fonds. Chaque bibliothèque a un projet d’établissement plus ou moins clairement établi et privilégie certains domaines/types de documents/niveaux de lecture.

Quand ils arrivent à la bibliothèque, il faut ensuite les équiper (les couvrir, mettre les étiquettes qui indiqueront où le ranger, les antivols, etc) et les cataloguer.

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Il faut ensuite faire vivre les collections, par le conseil, mais aussi la mise en valeur, en proposant des sélections, des tables thématiques, des bibliographies… Et il faut ranger les livres empruntés et rendus, les livres dérangés dans la bibliothèque… Ce qui nous prend à tous plusieurs heures par semaine. En jeunesse, ça s’apparente au châtiment de Sisyphe : la tâche est sans cesse à recommencer car les enfants petits et leurs parents remettent les livres n’importe où.

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Il faut entretenir les collections : réparer les livres abimés par exemple.

Enfin, il faut se débarrasser d’autant de livres que ce qu’on achète, car les murs de la bibliothèque ne sont pas extensibles. On appelle ça le pilon ou le désherbage. On retire des collections les livres en trop mauvais état, ceux qui ne sont jamais empruntés, ceux qui sont obsolètes ou vieillots… On travaille pour ça à partir de tableaux statistiques. On passe alors nos journées sur des trucs qui ressemblent à ça :

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Et disons clairement LE truc qui choque toujours tout le monde : une grande partie de ces livres sont jetés, détruits. J’ai même bossé dans une ville où ils étaient brulés. Chaque année, j’en balance plusieurs centaines sans état d’âme. Notre boulot c’est de proposer une collection de livres d’actualité, pertinents et en bon état. Nous ne faisons pas du tout un travail de conservation.

Le service public

C’est le plus visible. Ce sont les heures que l’on passe à faire du prêt et du retour de documents, à répondre au téléphone, à inscrire les gens, à les aider à trouver les livres qu’ils cherchent, à les conseiller… Mais aussi à faire la police, à demander au mec qui téléphone de sortir, à indiquer où sont les toilettes, où est la station de métro la plus proche, à aider un gamin pour son exercice de maths, à faire une photocopie pour rendre service à un lecteur, à se faire engueuler pour x ou y raison

On est responsable de la bonne cohabitation des différents publics. Par exemple, notre bibliothèque est fréquentée par des groupes d’ados qui n’ont pas les moyens d’aller au café qui cherchent un endroit pour discuter. Il faut essayer de trouver une solution pour les accueillir sans qu’ils gênent les gens qui travaillent ou les familles qui viennent avec des petits.

Mais on ne fait pas QUE ça, et oui on est là et on bosse quand la bibliothèque est fermée au public.

Les accueils de groupe et les animations

En jeunesse, les accueils de groupe occupent une part fondamentale de notre travail. Là où je travaille, on y consacre au moins 50% de notre temps, entre les accueils eux-même, leur préparation, les échanges avec les enseignants, etc. On reçoit des classes de maternelle et de primaire, des crèches, des auxiliaires parentales, des parents et leurs bébés qui viennent avec la PMI, des groupes d’enfants handicapés, des professionnelles de crèches que l’on forme… D’autres bibliothèques accueillent aussi des groupes de FLE, des groupes de personnes âgées, des collégiens et des lycéens, des associations, etc. On travaille alors en partenariat avec les structures du quartier (école, crèches, associations, etc). L’objectif étant la plupart du temps d’amener un nouveau public à découvrir et à fréquenter la bibliothèque. Certains bibliothécaires sont spécialisés dans des types d’accueils (moi, c’est la petite enfance : crèches, bébés avec leurs parents, professionnels de la petite enfance…).

Les animations concernent toutes les sections et peuvent être très très variées : lectures, concerts, conférences, spectacles, mais aussi par exemple initiation au tricot, jeux de société, ateliers scientifiques, utilisation d’une imprimante 3D, compétition de jeux vidéos, danse, etc. Il faut alors trouver quelle animation faire, l’organiser, l’annoncer, la préparer, faire un bilan, etc. Dans certaines bibliothèques, une personne s’occupe spécifiquement de ça (on parle de “responsable de l’action culturelle”), dans d’autres, c’est réparti au sein de l’équipe et tout le monde y participe.

La communication

Cela prend de plus en plus de place dans notre travail. Il faut informer les lecteurs de ce qui se passe à la bibliothèque, donc on fait des affiches, des tracts, des lettres d’infos… Certaines bibliothèques sont également présente sur les réseaux sociaux, et cela prend beaucoup de temps pour s’en occuper. Certaines bibliothèques ont là encore une personne chargée de la communication (souvent celle qui s’occupe aussi de l’action culturelle), mais c’est pas toujours le cas.

Le travail administratif

On le voit moins, et pourtant il nous occupe beaucoup ! On remplit plein de tableaux, on rédige des projets, on fait des bilans et des compte-rendus que personne ne lit. On gère nos mails (j’en reçois environ 150 par semaine). On gère des planning d’accueil, de service public. On assiste à des réunions. On gère un budget et on fait des comptes…

 

Voilà pour un petit aperçu, qui sera peut être complété un peu. Vous pouvez aussi lire cet article où je racontais comment j’organisais mes journées au quotidien. Je prépare un autre article plus concret sur les conditions de travail, comment on fait pour devenir bibliothécaire, etc.

 

Salon de Montreuil 2016

Je vous parle un peu de ma visite et de mes découvertes de l’année au salon de Montreuil ? J’y ai passé presque deux journées complètes cette année. La première entre adultes, avec Elise du Bar à petits pots (que j’ai rencontrée au salon l’année dernière et qui est devenue une amie, ce salon c’est chouette pour ça aussi!) et @Lscw. Et la deuxième avec le magicien que j’emmenais pour la première fois au salon (je ne compte pas la fois où il avait 6 mois!).

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Au salon de Montreuil, je suis un peu comme l’accro du shopping dans un grand magasin de vêtements. Je cours partout, et même si avant je me promets d’être raisonnable, ça ne marche jamais et les achats s’accumulent ! Et si je compare avec les éditions précédentes, je me rends compte que c’est de pire en pire ! Voici donc une partie (!) de mon butin :

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(manquent les cadeaux, pas très nombreux cette année, la petite poule rousse de Pierre Delye et Cécile Hudrisier que le magicien s’est empressé d’emporter à l’école et c’est qui le petit ?, un livre de photos de Corinne Dreyfuss aussi intéressant que beau).

Deux journées assez différentes. La première entre adultes passionnées, ce qui est VRAIMENT chouette puisqu’on a pu se faire découvrir mutuellement nos chouchous. Et qu’avec Elise, on avait programmé… exactement les mêmes dédicaces ! Et puis Elise a le chic pour entamer la conversation avec tout le monde, du coup on a discuté avec des gens super sympas, c’était vraiment cool !

La deuxième devait, initialement, n’être qu’un saut au salon, avec le magicien, pour voir Nathalie Tual chanter Bulle et Bob se déguisent. En tant que grands fans depuis des années, on ne pouvait pas rater ça !

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On a adoré le spectacle, chanté en choeur et frappé dans les mains, et j’ai même été sacrément émue (oui la mère qui a les larmes aux yeux pendant la chanson sur le papi qui est parti, c’est moi ! mais j’étais pas la seule d’abord).

Je voulais ensuite proposer au magicien de se faire dédicacer un livre pour voir l’auteur dessiner, puisque cette année, pour la première fois, il semblait s’intéresser aux dédicaces des livres que j’avais rapporté. Il a donc choisi la petite poule rousse de Pierre Delye et Cécile Hudrisier, parce qu’ils travaillent sur ce conte à l’école et qu’il était content d’en découvrir une nouvelle version. Je pensais qu’ensuite il en aurait marre. Et j’ai été surprise de voir que pas du tout. Qu’il en demandait encore, et encore, et encore, qu’on a visité l’expo, fait faire plein de dédicaces, lu des livres et des livres et des livres… (il faut dire que je disais oui dès qu’il voulait un livre, en gros, donc il en a profité!).

On me posait la question des enfants au salon. J’étais franchement négative avant, sauf dans un but précis comme un spectacle, je le suis un peu moins du coup. Mais il faut quand même dire qu’il y a beaucoup beaucoup de monde, du bruit, qu’on piétine, qu’on attend beaucoup pour les dédicaces et que c’est dur pour un enfant. Il était vraiment crevé à la fin. Et moi j’ai du me consacrer à lui à 100%. Lui lire des histoires pendant les files d’attentes, ne pas râler quand, alors que c’est notre tour pour une dédicace, il décide que c’est le moment d’aller aux toilettes et que non non non il ne peut pas attendre. Ce que j’ai fait de bon coeur, mais j’aurais été très frustrée si ça avait été ma seule visite au salon.

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Cette année, les deux fois, j’ai privilégié les dédicaces. Beaucoup plus que les années précédentes. Je n’ai pas pu assister à des conférences, rencontres ou à la journée professionnelle. Ca a été un Montreuil beaucoup moins “pro” et beaucoup plus familial que les années précédentes (tout le monde a eu sa dédicace, même Paul !). Et c’était chouette aussi.

L’exposition de l’année s’intitulait la règle et le jeu et mettait en avant des albums atypiques, jouant sur l’objet livre “deux plans qui forment un coin dans lequel on peut s’installer” (Marion Bataille). Les livres qui se déplient de Warja Lavater, qui a “codé” les contes de fées. Les pop up hors du commun de Marion Bataille (ABC3D et Numéro). La délicatesse du Voyage d’hiver d’Anne Brouillard où on suit un train. Le livre jeu prendre et donner de Lucie Félix (cadeau de Noël idéal pour un enfant de 2-3 ans, au passage). On pouvait manipuler les livres, ce qui donnait un caractère vraiment interactif à l’expo qui a beaucoup plu au magicien. Personnellement, j’y ai retrouvé beaucoup de livres que je connaissais et j’ai regretté que certains livres fragiles soient vraiment abimés le dimanche, ce qui gâchait un peu la manipulation. Mais j’ai fait une superbe découverte. Dont je vous parlerai demain. Parce que comme d’habitude j’ai été trop bavarde donc je ferai un 2e article sur mes découvertes, mes coups de coeur, mes dédicaces et mes achats !