Des fleurs pour Algernon de Daniel Keyes

En passant en revue les romans de la bibliothèque cet été, j’ai été intriguée par la 4e de couverture de ce roman. D’autant plus que le handicap mental est un sujet qui m’intéresse beaucoup en ce moment.

des fleurs pour Algernon

C’est un livre pour adolescents, à partir de 13 ans. Mais il ne faut pas s’arrêter à l’idée que c’est un ouvrage jeunesse. Sa thématique et sa profondeur en font un ouvrage tout à fait adapté pour un public adulte. Il est d’ailleurs publié aussi bien dans une collection pour la jeunesse (Tribal Flammarion) que dans une collection pour les adultes (J’ai lu).

Deux savants ont mis au point un traitement qui décuple l’intelligence, ils le testent sur une souris, Algernon. Devant le succès, ils décident d’appliquer leur découverte sur Charlie Gordon, un simple d’esprit (résumé Electre). L’opération ne va pas le rendre subitement intelligent, mais va lui permettre de progresser, d’apprendre très rapidement. Son QI passe d’environ 70 à 180. Comment Charlie va-t-il vivre ce changement ? Quelles vont être les conséquences sur ses relations avec les autres, sur sa personnalité ? Et surtout, cette opération est-elle viable ? Le changement est-il définitif ?

Charlie est chargé par les deux savants de rédiger des compte-rendus, de raconter ce qu’il vit, mais surtout ce qu’il ressent et ce dont il se souvient. La première marque de l’évolution de Charlie est donc tout d’abord visible dans l’évolution de son écriture. Les fautes d’orthographe et de syntaxe disparaissent peu à peu, le vocabulaire et la structure des phrases se complexifient… Le procédé, qui me semblait un peu artificiel lors des premières pages, prend rapidement tout son sens.

 “Si l’opération réussir bien je montrerai à cète souris d’Algernon que je peu ètre ossi un télijen quelle et même plus. Et je pourrai (…) aprendre des tas de choses et ètre comme les otres”

Charlie est, dès le départ, obsedé par l’idée de progresser, de devenir intelligent. Mais il est incapable de comprendre, au départ, ce qui va réellement lui arriver. Peu à peu, il prend conscience à la fois de ce que lui apporte cette expérience, mais aussi de ses limites. Il réalisera en particulier que cette formidable progression intellectuelle n’est pas accompagnée d’une maturité émotionnelle, d’une capacité à interragir correctement avec les gens.

Ce roman est particulièrement riche d’interrogations.

Parmi celles qui m’ont le plus intéressée :

– la vision du handicap dans la société et la manière dont on traite les handicapés. L’obsession de la mère de Charlie pour qu’il soit un enfant “normal”, la volonté de cacher le handicap dans des asiles coupés du monde. La question de l’espoir et du bonheur dans un asile où Charlie devenu intelligent a l’impression qu’on ne peut qu’attendre la mort. J’ai particulièrement apprécié qu’aucun personnage ne soit présenté de manière manichéenne. Les collègues de Charlie, qui passent leur temps à se moquer de lui, sont aussi les premiers à le défendre. Et Charlie est parfois très dur avec les hadicapés mentaux qu’il croise.

J’ai été marqué par le vocabulaire très dur utilisé pour décrire les handicapés mentaux : “arriéré”, “retardé”. Le roman a été écrit dans les années 60. J’espère que le vocabulaire a changé depuis grâce à un plus grand respect des personnes handicapés, à moins que ça ne soit qu’un effet du politiquement correct.

– le rapport complexe entre intelligence, personnalité et maturité émotive. Avant son opération, Charlie est persuadé que devenir intelligent va lui permettre d’être aimé et entourré. Il va se rendre compte que ce n’est pas le cas, réaliser l’hypocrisie de certains. Et surtout, se rendre compte qu’être un génie l’isole finalement bien plus qu’être handicapé.

– l’intérêt mais aussi les risques de l’expérimentation scientifique. (Quelles sont les limites que la science ne devrait pas dépasser ? Les risques sont-ils réellement pris en compte ?). Et la relation difficile entre savant et “cobaye”. Charlie va tout au long du récit revenir sur l’idée que non, les savants ne l’ont pas créé, qu’il était bien un être humain. Doit-il avoir de la gratitude pour les savants qui l’attendent ? Quelle est la part de désir d’améliorer l’humanité et quelle est la part d’ambition personnelle dans leur démarche ?

“Le problème, mon cher professeur, est que vous vouliez quelqu’un que vous pourriez rendre intelligent, mais qui pourrait encore être gardé dans une cage et exhibé quand ce serait nécessaire pour que vous récoltiez les honneurs que vous recherchez. L’ennui, c’est que je suis une personne”

Beaucoup d’interrogations dans ce commentaire. Parce que ce roman a la modestie de poser les questions, d’apporter des propositions de réponse, mais pas de réponse absolue sur ces questions complexes.
En un mot, ce livre a été un vrai coup de coeur. A découvrir d’urgence, à tout âge !
Edit de septembre 2015 : ce roman a fait pour moi partie des romans marquants, dont je me souviens bien 4 ans plus tard, et que je continue à conseiller et à faire découvrir !
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2 thoughts on “Des fleurs pour Algernon de Daniel Keyes

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