Salon de Montreuil 2017

C’est un rituel, chaque année ou presque, je fais un *petit* compte rendu de mon tour au salon de Montreuil.

Cette année, j’y suis allée 3 fois : vendredi avec des amies, dimanche en famille et lundi pour la journée professionnelle. Repérage de nouveautés, (plein de) dédicaces, achats de cadeaux de Noël, visite de l’expo, spectacle, et intervention dans une table ronde, ça a été très riche !

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A Montreuil, il y a les livres qu’on découvre, qu’on achète. Mais aussi nos chouchous, ceux qu’on a lu cent fois, et qu’on emporte précieusement parce qu’on a repéré que les auteurs étaient présents.

Pour moi cette année c’était Ni poupées ni super héros de Claire Cantais, à la ville brûle que j’ai chroniqué en détails sur fille d’album. Dédicacé pour les enfants, pour les accompagner encore un peu plus dans leur liberté, le magicien, en ce moment, me demande souvent “hein on a le droit de faire ça quand on est un garçon ?”…

 

Pour le magicien, c’était la tribu qui pue d’Elise Gravel et de Magali Le Huche aux éditions les fourmis rouges (qui fait décidément de chouettes bouquins, et je ne dis pas seulement ça parce qu’ils éditent Emmanuelle Houdart ^^). C’est LE coup de coeur du moment à la maison et il est très fier d’avoir désormais Fanette dans son livre !

La tribu qui pue, c’est donc l’histoire d’une joyeuse troupe d’enfants très heureux de vivre entre eux, à poil, dans la nature. Mais la directrice de l’orphelinat est bien décidée à laver, habiller et faire rentrer dans les cases… C’est drôle, fin, super ! Une très bonne idée de cadeau de Noël !

 

Vous connaissez sans doute notre passion familiale pour Bulle et Bob ! La puce a choisi Bulle et Bob se déguisent “parce que c’est mon préféré !”. Ilya Green lui a décidé une magnifique Bulle, mais alors qu’elle lui rendait le livre, la puce s’est écrié “je veux Bob aussi !”.

Rien pour l’amoureux, mais depuis qu’il a eu sa propre dédicace de Oh non, Georges ! de Chris Haughton l’année dernière, il est comblé !

J’adore les dédicaces avec les enfants. J’adore la spontanéité avec laquelle ils parlent aux auteur·e·s (quand j’ai moi-même du mal à être à l’aise et à dire autre chose que “j’adore ce que vous faites !”).

Et puis il y a eu les achats…

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Oui, je sais, c’est franchement indécent… Mais cette année il y a beaucoup de cadeaux !

 

Celui-ci, à la recherche de la carotte bleue, les métiers de Sébastien Telleschi, c’est une découverte du magicien, qui commence à s’intéresser beaucoup aux livres jeux. Il a eu un coup de coeur sur le stand de little urban (qui a vraiment un catalogue super chouette, j’essayerai d’en reparler un peu ! En attendant, allez faire un tour sur leur site, d’autant plus intéressant qu’ils proposent de nombreux ateliers et activités en lien avec leurs albums). C’est bourré de détails et la carotte bleue n’est vraiment pas facile à trouver, ça va l’occuper un moment !

 

Un grand jour de rien de Béatrice Alemagna (Albin Michel Jeunesse) pour le magicien, parce que j’aime de plus en plus cette auteure, et qu’on a eu l’occasion de découvrir des originaux de cet album à l’exposition du salon, qui ont beaucoup intéressé le magicien. Dans cet album, un petit garçon se trouve coincé dans une maison de campagne, et n’a qu’une envie, jouer à tuer des martiens sur sa console. Jusqu’à ce qu’il se laisse emporter par toutes les possibilités que lui offrent l’extérieur. Les planches sont simplement magnifiques !

 

On aurait dit d’André Marois et Gérard Dubois (Seuil jeunesse), dédicacé par l’auteur (mais l’illustrateur n’était pas là malheureusement). Si ces illustrations rétro ne sont généralement pas ma tasse de thé, elles conviennent plutôt bien à cet album, qui est surtout un éloge de l’imagination des enfants, qui se laissent complètement embarquer dans leur histoire (non sans faire *quelques* dégâts dans la maison). La chute me fait beaucoup rire !

 

Le nouveau nid des petits marsus de Benjamin Chaud (Little Urban) fait partie d’une nouvelle série qui reprend en album jeunesse le célèbre héros de BD. C’est ultra mignon, plein de détails dans l’illustration comme toujours chez Benjamin Chaud. C’est le grand chouchou des enfants pour le moment, aussi bien du grand (5 ans) que de la petite (2 ans 1/2), parmi tous les livres rapportés du salon.

Et visiblement, les coussins avec les illustrations de Benjamin Chaud sont bien confortables pour faire une petite pause au milieu de la course du salon !

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L’ours qui ne rentrait plus dans son slip est un livre CD de Emilie Chazerand et Félix Rousseau de chez Benjamin média. J’en cherchais pour le magicien pour le “temps calme” de l’après-midi (quand sa soeur fait la sieste). Nous ne l’avons pas encore écouté mais les extraits que j’ai entendu, ce que j’ai vu en le feuilletant et le nom d’Emilie Chazerand dont j’ai adoré le dernier roman pour ados (la fourmi rouge chez Sarbacane) me font penser que ça va être très bien.

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J’ai déjà parlé un peu de ce documentaire pour préados et ados sur les règles par Elise Thiébaut et Mirion Malle chez la ville brûle ici. Je ne l’ai pas encore lu entièrement, mais j’ai apprécié les passages que j’ai lu et la diversité des représentations. Et j’en profite pour frimer avec mon nouveau tote bag avec lequel je me promène fièrement depuis quelques jours !

J’ai l’impression qu’on a beaucoup parlé de ce loup en slip de Wilfrid Lupano et Mayana Itoïz (Dargaud), mais si vous l’avez raté, il est hilarant ! Tout le monde dans la forêt est terrorisé par le loup (et tout un business s’organise, entre pièges à vendre et brigade anti-loup), mais il fait beaucoup moins peur avec son slip à rayures… On a cru qu’on ne réussirait jamais, avec Elise, à trouver le livre sur le salon, Dargaud n’ayant pas de stand, donc la dédicace est une grande victoire, merci à Sophie !

Chaque année, c’est mon rituel, je vais sur le stand de Minédition pour que l’éditeur me raconte une histoire, il a un don pour ça ! Et cette année, j’ai craqué pour trop grand, trop petit ! de Catherine Leblanc et Eve Tharlet, pour la puce qui a décidé qu’elle était grande et plus pikinote ! J’avais beaucoup aimé dans la même série est-ce que tu m’aimeras encore ? (sur l’amour inconditionnel des parents) et là voilà ! (sur l’arrivée d’une petite soeur) et là encore beaucoup de tendresse se dégage du dessin, alors je passe même sur la mère en tablier dans la cuisine.

Des fois, on a de la chance : on va voir la grande conteuse Catherine Zarcate (que vous pouvez par exemple découvrir ici), et on tombe aussi sur l’illustratrice du recueil, Irène Bonacina, qui nous fait un magnifique dessin ! Mes enfants sont ans doute un peu petits pour ce recueil, mais il contient un de mes contes préférés, le loukoum à la pistache.

Ce qui est chouette, au salon, c’est quand on découvre des albums qu’on ne pensait pas prendre, des illustratrices qu’on ne connaissait pas, en l’occurrence simplement parce qu’elle était à côté de Magali Le Huche en dédicace. Dans cet album, la retraite de Nénette (à l’école des loisirs), Claire Lebourg où elle invente une retraite libre à Nénette, orang-outang de la ménagerie du jardin des plantes qui y vit depuis 1972. La puce a été très marquée par sa visite à la ménagerie et a donc réclamé que ce livre soit pour elle, même s’il s’adresse à des plus grands.

Encore une découverte, cette fois grace au magicien qui s’est précipité sur ce livre-objet, le bout du bout de François David et Henri Galeron chez Motus (maison d’édition qui fait de la poésie et que je ne connaissais pas !). Un livre surréaliste, qui se déplie peu à peu, j’aime son côté un peu perché !

 

Et ensuite… les cadeaux !

Je n’ai malheureusement pas pu faire dédicacer Bergères Guerrières, de Jonathan Garnier et Amélie Fléchais, par manque de temps (j’avoue que j’ai aussi du mal avec les méthode de Glénat puisqu’il faut acheter un album sur le stand pour avoir un ticket dédicace, ce que je trouve très nul). Je n’ai pas encore lu cette BD d’aventure en entier, mais j’ai beaucoup apprécié ce que j’en ai lu et ça a été un gros succès chez Sophie et ses filles. Je suis donc sûre que c’est un super cadeau pour ma cousine de 8 ans !
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Pour les neveux de Paul, presque 3 ans et 5 ans, loup gris et la mouche de Gilles Bizouerne (Didier Jeunesse). J’aime beaucoup cette série “loup gris” et je trouve que celui-ci est le meilleur. Loup gris avale une mouche. Malheur, il se met à bzzzzozoter ! Quand il croise une araignée, il se dit qu’il va l’avaler, et qu’elle mangera la mouche dans son ventre, et que son souci sera réglé. Mais ça ne va pas aussi bien se passer… C’est un régal à lire à haute voix, et un de mes derniers gros succès à l’heure du conte à la bibliothèque : enfants comme parents étaient écroulés de rire !

Pour mon neveu de 6 mois, un de mes chouchous, un des livres qu’on a lu en boucle avec nos enfants bébés : bon voyage bébé ! de Béatrice Alemagna (Helium). Je l’aime tellement que j’ai eu du mal à ne pas mettre toutes les pages ! Le coucher décrit comme un départ en voyage, avec une grande délicatesse et le talent de Béatrice Alemagna. Et en plus, on évite les stéréotypes !

Autre chouchou, autre cadeau dédicacé pour mon neveu, les mains de papa d’Emile Jadoul (pastel), mon préféré de cet auteur ! J’en avais parlé ici.

Vous connaissez mon amour pour Ilya Green. C’est un incontournable de nos cadeaux de naissance. Pour le petit dernier de la famille, nous avons donc craqué pour son dernier album chez Didier Jeunesse, les petits amis de la nuit, un joli défilé de doudous qui accompagnent le coucher d’un tout-petit. Le jeu de mat et brillant est discret mais réussi.

Et encore du Ilya Green, en livre CD cette fois, pour un grand bébé d’un an ! Elle illustre les chansons de Ceilin Poggi et Thierry Eliez, accompagnés non pas des traductions des chansons mais de poèmes de Murielle Szac. On n’y trouve pas seulement du jazz puisque les reprises vont de Barbara Streisand à Stevie Wonder en passant par les Beatles. L’amoureux les a vu en concert avec les enfants à la librairie du quartier et a aussi craqué pour nos enfants qui l’écoutent chaque soir au coucher depuis. Personnellement, j’aime particulièrement sa reprise de isn’t she lovely.

Enfin, ma belle-soeur m’a demandé un roman à Noël. Et vous savez que j’aime beaucoup faire lire des romans ados aux adultes, j’ai donc fait dédicacer pour elle un de mes gros coups de coeur de l’année, là où tombent les anges de Charlotte Bousquet (chez Gulfstream), donc j’ai parlé longuement ici.

 

Mais le salon du livre, ce ne sont pas que des achats ! Et j’ai la chance d’avoir un fils aussi motivé que moi pour en profiter ! Alors on est allés voir la lecture chantée par Pascal Parisot de son dernier livre disque, Superchat, les souffrances du gros Werther, illustré par Roland Garrigue, chez Didier Jeunesse. Werther le ver de terre est en train de se dessécher sur une terrasse, en plein soleil…Heureusement que superchat va venir à la rescousse ! C’est décalé et drôle. Un bon livre CD à offrir là encore !

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Et puis vous aurez compris depuis le début de l’article que je suis fan d’Ilya Green, mais j’ai une tendresse particulière pour Bou et les 3 zours d’Elsa Valentin (à l’atelier du poisson soluble), un livre d’une inventivité incroyable. Alors pouvoir l’écouter lue par l’auteure à l’occasion de sa sortie en livre CD aux éditions trois petits points, c’était vraiment chouette ! et ça a été l’occasion d’écouter aussi un futur album à paraître en mars, Zette et Zotte à l’usine, affaire à suivre.

Et puis au salon de Montreuil, il y a une expo, cette année sur la représentation des enfants. L’occasion de retrouver certain·e·s illustrateur·trice·s que j’adore : Béatrice Alemagna (photos 1 et 2), Benjamin Chaud (photo 3), mais aussi d’en découvrir d’autres. Cette année, Annabelle Buxton (photo 4 et 5) et Audrey Celleja, dont j’avais déjà vu passer des albums, mais sans y prêter assez attention (photo 6 et 7) J’aurais aimer vous en montrer plus, mais les originaux sont, bien évidemment, sous verre, et c’est quasiment impossible de prendre une photo potable.

Bon, je vais arrêter mon article fleuve ici, mais vous n’en avez pas fini avec le salon ! Déjà parce que j’ai eu la chance d’intervenir lors d’une table ronde sur la diversité (ou plutôt le manque de diversité) dans la littérature jeunesse avec Diariatou Kebe de l’association Divéka/Diversité & kids, Penda Diouf, responsable d’une bibliothèque à Saint-Denis et Sophie Agié de légothèque, et que j’en parlerai en détails sur fille d’album et puis j’ai aussi repéré plein de nouveaux titres, en particulier sur la diversité. Si je ne ferai pas un article de blog (ça me prend trop de temps), j’essayerai d’ajouter un lien vers le fil twitter.

D’un trait de fusain de Cathy Ytak

J’ai retrouvé le chemin du blog pour vous parler d’un de mes derniers coup de coeur. J’aimerais vraiment le faire plus régulièrement, mais c’est compliqué, non pas par manque d’idée ou d’envie, mais simplement par manque de temps !

D’un trait de fusain de Cathy Ytak, donc (Talents Hauts, 2017).

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1992. Mary, Monelle, Julien et Sami sont lycéens dans une école d’art. En cours de dessin, leur modèle préféré s’appelle Joos. Il est jeune, libre et beau. 

Et j’ai du mal à compléter le résumé. A trouver l’équilibre entre ne pas trop en dire sur l’intrigue et en dévoiler suffisamment pour montrer le côté engagé du roman. Mais je ne pourrai pas parler correctement de ce livre sans parler de Sami et de Joos qui tombent amoureux. Sans parler du sida. Sans parler d’Act Up où Mary va finir par militer. Alors j’en dis sans doute un peu plus que d’habitude sur l’intrigue, en me disant que je savais tout ça avant de lire le livre et qu’à aucun moment ça ne m’a gâché la lecture.

Parce que ce roman m’a complètement embarquée. Je l’ai dévoré rapidement, j’ai été tour à tour amusée, émue, en colère. Dans la gentille dédicace qu’elle m’a faite, Cathy Ytak parle de rage et de douceur, et c’est tout à fait ça.

J’ai été très touchée par l’évolution de Marie-Ange tout au long du roman. Marie-Ange qui a grandit dans une famille de “vieux réacs”, étouffante, maltraitante.

“Il y a ces paroles encore marquées au fer rouge dans sa tête ; celles de son père, intimement persuadé que les filles ne valent rien, et celles de sa mère, encombrées de silence (…). Les yeux baissés, les cuisses serrées, la peur des hommes en héritage, la haine du corps en transmission.”

Marie-Ange qui ne rêve que de partir et qui compte les jours jusqu’à ses 18 ans. Qui va grandir tout au long de ce roman. S’affirmer. Devenir Mary.

Grandir avec et par les autres. Au cours d’un week end à Saint-Malo où soudain une amitié de lycéens devient beaucoup plus. Où quelques jours suffisent à les transformer.

Grandir aussi par le dessin, qui les réunit. Si Marie-Ange dessine au début des autoportraits, des “trucs repoussants” qui “diraient la douleur suffocante qui empêche de parler”, le dessin lui permettra aussi d’appréhender, de façon bien plus douce, le corps de l’autre.

C’est au travers du cadre précis d’un viseur ou cerné par destraits de crayon qu’ils se dévoilent d’abord. Concentrés, respectueux, tendus vers le meilleur rendu, le plus joli tracé, Pimpin et Mary s’apprivoisent, se caressent des yeux, font mine de ne pas s’apercevoir du trouve qu’ils provoquent chez l’autre et qui les envahit en retour. Et finissent par tirer les rideaux sur cette journée d’hiver. 

L’importance des autres pour changer soi-même, en particulier à l’adolescence, et la place de la pratique artistique m’ont évoqué ce qui m’avait plu dans 3000 façons de te dire je t’aime de Marie-Aude Murail.

 

Mais ici, les personnages grandissent aussi forcés par le sida qui entre dans leur vie, l’homophobie qui les laisse seuls face à cela. En se battant contre la maladie. En militant. En cachant leur combat à ceux qui ne comprendraient pas, au lycée, aux parents. La douleur et la colère sont là, au centre. Dévastatrices, mais qui donnent aussi l’énergie pour avancer, lutter, militer. Pour que les choses changent.

Elle aimerait expliquer à Monelle combien ses propres réflexions et colères ont trouvé un écho dans celles de ces luttes collectives, que ce soit à Act Up, Aides ou d’autres encore, qui se battent sans relâche.

Ne plus se taire. Et ne jamais baisser les bras.

Alors oui, elle aurait pu militer ailleurs. Ou ne pas militer du tout. Mais il y a eu Sami et Joos, et le sida sur leur parcours. Et c’est devenu toute sa vie, une vie d’adulte avant l’âge, peut-être, qui oscille sans cesse être la fête et le désespoir.

Impossible pour moi de parler de ce livre sans parler du magnifique film 120 battements par minute. Parce que je n’étais qu’enfant au début des années 90, je n’ai pas de souvenir d’Act Up à cette époque (mon premier souvenir de cette association, c’est un mariage homosexuel à Notre-Dame en 2005), et les images que le livre a évoqué, ce sont celles du film vu il y a quelques semaines. Cathy Ytak, ancienne militante, a écrit le roman avant ce film, mais elle fait elle-même le lien entre les deux sur son blog.

Dans l’un comme dans l’autre, on découvre cette “façon de militer, faite de rage et de rires, de couleurs, de mises en scène et d’images”. Ce mouvement permanent face à l’immobilité de l’hôpital et de la mort. Qui m’a emporté en tant que lectrice comme il m’a emporté en tant que spectatrice.

“S’habituer… S’habituer à passer du rire aux larmes en quelques secondes. De la plaisanterie la moins fine à la peur la plus forte. Avec la mort infiltrée. Mais sérieusement, quand on a dix-sept ou dix-huit ans, ça veut dire quoi, mourir, si on n’a rien vécu ?

 

Ce roman est publié dans une collection de romans historiques chez Talents Hauts, les héroïques. Pour moi, c’est l’époque de mon enfance, celle des cabines téléphoniques, du minitel et des walkman. Pour des ados d’aujourd’hui, c’était avant leur naissance. Et pourtant, ce livre est d’une actualité brulante. Act Up le rappelle.

Pour finir, cette chanson de France Gall, évidemment, évoquée dans le livre.

Et aussi les beaux articles sur ce roman de Bob et Jean-Michel, la mare aux mots, arcanes ouvertes

Après avoir écrit cet article, je me suis demandé si j’allais le publier ici ou sur Fille d’Album où il aurait sa place. Mais vu la façon dont j’en parlais, coup de coeur plus que réelle analyse des représentations, il me paraissait plus à sa place ici. J’ai cependant tenu à en dire quelques mots là-bas aussi.

Là où tombent les anges

De Charlotte Bousquet, je connaissais la BD Rouge tagada et la série qui a suivi. Et puis une de mes anciennes collègues a posé là où tombent les anges sur mon bureau en me disant “je viens de lire ce bouquin, c’est un gros coup de coeur, et je suis sûre que tu vas adorer”. Et elle a eu raison.

là où tombent les anges

Solange, Lili et Clémence. En 1912, ces trois couturières découvrent la vie parisienne. Solange épouse Robert Maximilien, qu’elle n’aime pas et qui est tyrannique mais qui lui apporte un certain confort. Elle s’occupe de sa vieille tante maussade. Lili, audacieuse et joyeuse, se produit comme chanteuse dans les cabarets. Clémence, jeune ouvrière, tombe éperdument amoureuse de Pierre. Mais la guerre arrive…

« La France est en guerre. La France a besoin de ses généraux pour gagner, de ses hommes pour se faire tuer et de ses femmes pour fabriquer les armes. C’est un mécanisme bien huilé. Et ni les Pierre ni les Clémence ni les Lili ni les Solange ne sont assez puissants pour l’enrayer. »

On est immédiatement plongé dans ce début du XXe siècle. Les extraits de journaux ou d’écrits d’époque qui ouvrent les articles contribuent à nous mettre dans l’ambiance. On parle un peu du front, mais surtout de ce qui se passe à l’arrière.

Et donc, surtout, de ce que vivent les femmes. Des bourgeoises, des ouvrières d’usines de munition, des veuves de guerre, des artistes, des journalistes… Tout le monde se croise dans ce livre. L’alternance de narration à la troisième personne, d’écrits de journaux intimes, de lettres échangées entre elles ou avec leurs hommes aux front nous permet de comprendre chacune, avec leurs angoisses, leurs choix et leurs contraintes.

Je crois que depuis que nous avons lancé le groupe Maternités Féministes, je m’intéresse de plus en plus aux témoignages de femmes, au vécu des femmes. Et même si on est ici dans la fiction (avec l’apparition de quelques figures historiques), c’est ce qui m’a le plus plu dans ce livre : suivre l’évolution de ces femmes. En particulier de Solange, qui a fui un père violent pour se retrouver sous la coupe d’un mari abusif, mais qui peu à peu va trouver la force d’écrire sa propre voix. J’ai trouvé ce personnage superbe, et ne l’ai pas du tout lu de la même manière que cette lectrice.

Au delà des destins individuels, ce roman est passionnant sur la condition féminine à l’époque, sur l’émergence d’un mouvement féministe.

« Le problème, c’est qu’aucun de vos droits n’est acquis (…). Votre pays vous craint. Jusqu’à ce que la guerre éclate, vous n’étiez que de petits êtres fragiles et innocents. Quand les hommes sont partis, vous avez pris leur place : vous avez dévoilé votre jeu. Vous n’êtes ni frêles ni dépendantes. Et vous êtes aussi compétentes qu’eux. Si j’étais eux, je serais un peu effrayée, tout de même… »

Et a, je trouve, des échos forts avec ce que nous vivons aujourd’hui. Je pense par exemple à ce passage sur une grève des couturières et ce qu’en dit Solange : « Les quotidiens évoquent la grève des midinettes avec une bienveillance teintée de condescendance : “ruée joyeuse”, “envolée”, les couturières qui protestent contre la vie chère et le samedi chômé sont considérées comme de jolies oiselles par les journalistes, non comme de vraies manifestantes. (…). C’est vrai qu’elles sont jolies et pimpantes, les cousettes, mais cela m’agace de lire partout cela. En même temps, je crois que c’est pour elle la meilleure façon de gagner la sympathie des gens. Légères, gentilles et grévistes. Cela sonne moins austère et moins menaçant que “revendicatrices et rebelles”»

Mais il ne faut pas limiter ce roman à un exposé sur la condition féminine, c’est avant tout un texte où le souffle romanesque est puissant, où on s’attache aux personnages, où on tremble pour certains d’entre eux. J’ai été émue aux larmes à certains passages. Un roman qu’on a du mal à lâcher.

C’est un coup de coeur.

Et comme on me pose souvent la question de l’âge… Ce roman est publié dans une collection pour grands ados. Et je pense en effet qu’il n’est pas destiné à des ados trop jeunes, d’un part en raison de la violence présente dans le texte (viol, descriptions dures du front…), mais aussi parce qu’on suit des adultes, et non des adolescents, avec leurs questionnement d’adultes. Je pense qu’on peut le conseiller à partir de 14-15 ans, ainsi qu’aux adultes.

Si vous voulez en lire plus sur ce roman, voilà la chronique de Sophie Pilaire.

Cadeaux de Noël : des livres pour les 8-16 ans

Après des idées de livres à offrir aux petits, voilà des idées de cadeaux pour les plus grands ! Cette année j’ai lu beaucoup moins de romans jeunesse que les années précédentes, mais j’ai quand même quelques perles à conseiller !

A un enfant de 8 ans, j’offrirais :

même les princesses doivent aller à l'école

Même les princesses doivent aller à l’école de Susie Morgenstern à l’école des loisirs (5,10€. Existe aussi en texte lu à 9,70€)

Parce que je l’ai redécouvert en préparant une série d’article sur les princesses sur Fille d’Album, et qu’il est plein d’humour et que Susie Morgenstern est une auteure géniale.

A un enfant de 9 ans, j’offrirais :

sacrées sorcières

Sacrées sorcières de Roald Dahl, chez Gallimard Jeunesse (8,20€. Existe aussi en texte lu à 20,20€).

Parce que Roald Dahl est un incontournable en littérature jeunesse, et que celui-ci est mon préféré : du fantastique, de l’humour, de l’aventure, du suspens…

A un enfant de 10 ans, j’offrirais :

Wifi-génie

Wifi-génie de Luc Blanvillain chez Scrineo (10,90€)

Parce que la plume de Luc Blanvillain est toujours un régal. J’en parlais ici.

A un enfant de 11 ans, j’offrirais :

victoria rêve fombelle

Victoria rêve de Timothée de Fombelle chez Gallimard Jeunesse (13,50€ ou 5€ en poche. Existe aussi en texte lu à 12,90€)

Pour la plume de Fombelle, pour la déclaration d’amour à la lecture et à l’imagination. J’en parle en détails ici.

A un ado de 12 ans, j’offrirais :

quête d'ewilan

D’un monde à l’autre, le premier volume de la quête d’Ewilan chez Rageot (12,50€ ou 7,60€ en poche)

Je crois que c’est LE livre que je conseille le plus à la bibliothèque. Parce qu’il permet d’entrer dans un univers de fantasy très intéressant, que j’adore l’importance accordé à l’imagination, que les personnages (en particulier féminins) sont bien construits. Qu’une fois qu’on a commencé, il est difficile de décrocher. Et parce que comme il y a 9 tomes en tout (3 trilogies), c’est aussi un cadeau tout trouvé pour les fois suivantes !

A un ado de 13 ans, j’offrirais :

miss charity

Miss Charity de Marie-Aude Murail et Philippe Dumas à l’école des loisirs (25,20€).

Parce que Marie-Aude Murail (oui, c’est un argument qui se suffit à lui-même). Et ne vous inquiétez pas pour l’épaisseur du livre, il est richement illustré. Pour l’Angleterre victorienne, pour le personnage de femme libre, inspiré de Beatrix Potter.

A un ado de 14 ans, j’offrirais :

combat d'hiver

Le combat d’hiver de Jean-Claude Mourlevat chez Gallimard Jeunesse (15,50€ ou 6,70€ en poche).

J’en parle en détails ici.

A un ado de 15 ans, j’offrirais :

fiancés de l(hiver Dabos

Les fiancés de l’hiver, le premier volume de la passe-miroir de Christelle Dabos chez Gallimard Jeunesse (18€).

Mon dernier gros, énorme coup de coeur en roman ado. J’en parle en détails ici.

A un ado de 16 ans, j’offrirais :

le choix frappier

Le choix de Désirée et Alain Frappier chez La ville brûle (15€).

Dans cette BD, en partie autobiographique, Désirée Frappier parle du désir (ou non) d’enfant, de l’IVG si difficilement obtenu et qui reste à défendre, de contraception, de la France dans les années 70 et aujourd’hui, du MLAC, du fait de vivre quand on n’a pas été désirée… Une BD riche, engagée, très dure parfois, nécessaire je pense. Et qui s’adresse autant aux (grands) ados qu’aux adultes.

Voilà pour cette année !

Vous pouvez trouver d’autres idées de cadeaux dans mes sélections de 2012 et 2013 ! Et bien sûr dans les autres livres du blog, qui sont répertoriés par âge, ici pour les enfantslà pour les ados. Je vous conseille également le webzine de La Mare aux mots, le pavé de la mare.

Quant à moi, j’essaye de revenir bientôt sur le blog, mais la fin d’année s’annonce bien chargée, mes enfants sont malades et je suis crevée, donc je ne vous garantis pas de revenir avant 2016 ! Mais je pense à vous et il y a plein de choses que j’ai envie de vous raconter !

La religion et Les douze enfants de Paris de Tim Willocks

Deux pavés (853 pages pour le premier, 937 pour le second) présentés ici en même temps, mais lus à quelques mois d’intervalle.

La couverture du premier tome, un éditeur qui était pour moi associé au polar et la participation au festival “quai du polar” à Lyon… Je m’attendais avant la lecture à un polar alors que c’est clairement un roman historique.

La religion et Les douze enfants de Paris de Tim Willocks

Donc ce premier tome, La religion, se déroule en 1565 à Malte, pendant le siège de l’île par les armées de Soliman le magnifique. “La religion”, ici, désigne l’ordre de Malte. Mattias Tanhauser, ancien membre des armées de Soliman, devenu marchand, mercenaire et contrebandier accepte de se rendre sur l’île pour accompagner et protéger Carla de la Penautier.

La religion et Les douze enfants de Paris de Tim Willocks

Le second tome se déroule à Paris, pendant la Saint-Barthélémy. Mattias Tanhauser cherche à retrouver Carla pour lui faire fuir la ville.

Batailles, massacres, complots, scènes d’amour, le rythme est trépidant. Et c’est le principal atout de ces deux livres. On passe d’un personnage à l’autre, du camp des chrétiens à celui des ottomans dans le premier, de la cour royale aux bas-fonds de Paris dans le second… On peine à reprendre sa respiration, et à poser le livre ! J’ai lu le premier en 3 jours, le second en moins d’une semaine (et pourtant je vous rappelle que j’ai un enfant en bas âge, donc c’est un miracle quand je réussis à lire un roman adulte en moins de 15 jours !).

Par contre, une chose est claire : il ne faut pas être dérangé par le sang pour lire ces livres. L’auteur détaille le sang qui gicle, les batailles qui ont lieu parmi les blessés, les restes humains et les excréments, les ames qui entrent dans les corps, déchirent les entrailles, brisent les os… Il ne nous épargne rien !

Les personnages sont assez archétypaux : le héros rude mais au grand coeur, l’héroïne magnifique, mère éplorée qui veut retrouver son fils, l’ami fidèle, gros bras qui adore se battre, le méchant pervers et machiavélique… Mais on réussit tout de même à s’attacher à eux. Par certains côté, j’avais l’impression de retrouver les romans de cape et d’épée de Fajardie qui m’avaient tellement plu à l’adolescence. J’étais donc contente, finalement, de me replonger dans cette ambiance. Mais Willocks apporte un côté beaucoup plus réaliste avec l’horreur des combats et des blessures, les réflexion stratégiques, une certaine description (plutôt sombre) de la société. Mais il s’agit avant tout d’un roman d’aventure, et pas d’une réflexion sociale.

Dans le premier tome, j’ai découvert un épisode historique que je connaissais très peu. Et c’était assez passionnant. Le second a lieu dans un contexte que je connais mieux, et j’ai d’ailleurs été surprise par le traitement de certains personnages historiques. Que la cour soit présentée comme un lieu de dépravation et de complot ne m’a pas vraiment surprise. Mais j’ai par exemple été étonnée que l’amiral de Coligny soit présenté comme un homme assoiffé de sang et cherchant à provoquer la guerre entre catholiques et protestants. Je me suis demandée si c’était un choix littéraire de l’auteur ou si cela était lié à une manière d’appréhender l’histoire des guerres de religion différente chez les anglo-saxons.
Alors que j’ai vraiment adoré le premier tome, j’ai été moins enthousiaste en lisant le second. La répétition des scènes de combats et de massacres m’a semblé plus artificielle, et finalement parfois lassante (bon, encore 3 paragraphes pour expliquer comment il écorche/mutile/empale/éviscère tout le monde… ). Mais l’auteur réussit tout de même à ménager le suspense jusqu’au bout !
Pour finir, une petite anecdote : je me souvenais qu’on m’avait prêté le livre, mais impossible de savoir qui… Je pensais à mon père, grand lecteur de polar et fan de Sonatine, mais non… J’ai lu le premier volume en vacances avec ma mère. Je lui dis à la fin de ma lecture que je suis certaine qu’il plairait à mon beau-père, et elle achète donc les deux. C’était en fait lui qui m’avait prêté le premier volume ! Il était cependant ravi de lire la suite, et les deux exemplaires du premier tome ont été utile, puisque nous avons fait lire ce livre à ma mère, à mon frère, à un ami, à ma grand-mère… Et tout le monde a apprécié !

Un pays à l’aube

Une fois n’est pas coutume, je vais vous parler aujourd’hui d’un livre pour adultes. Alors qu’au moment où cette article est publié, je suis au salon du livre jeunesse de Montreuil.

Un pays à l'aube

Je dois avouer que ce livre faisait partie de ma PAL de cet été… Je l’avais bien commencé à la fin de l’été, mais j’ai été prise dans une sorte de tourbillon à la rentrée qui m’a forcé à le laisser de côté beaucoup trop longtemps. Je l’ai enfin repris il y a quelques temps, et j’ai bien fait, car ce livre est vraiment formidable.

C’est difficile de le résumer tant il est riche. Pour le faire très sommairement, nous sommes aux Etats-Unis juste après la première guerre mondiale, et les deux personnages principaux sont Luther Laurence, un jeune noir bientôt père qui tente de trouver sa place dans cette société seggregationniste, et Danny Coughlin, flic à Boston, chargé d’infiltrer les milieux syndicaux, qui va peu à peu se laisser convaincre par certaines de leurs idées. Après de nombreuses péripéties, le premier va entrer au service de la famille du second.

Mais bien au delà, c’est un portrait de toute la société américaine que dresse Lehane : la place des noirs dans la société et les premières luttes pour leurs droits, l’épidémie de grippe espagnole, la haine contre les “bolcheviques” et l’utilisation de cette lutte pour rejeter les revendications des syndicats, la vie quotidienne très difficile pour les classes populaires, les attentats anarchistes, la cohabitation difficile des immigrés de différentes origines, la place de la religion, la corruption, la naissance du FBI…

Lehane aborde tout cela dans un récit épique, jamais ennuyeux ou théorique, toujours plein de vie et de fureur. Pour rendre ce récit vivant, il multiplie les personnages, toujours bien construits et nuancés même pour ceux qui n’apparaissent que quelques pages. Aucun n’est un héros lisse, et les deux personnages principaux doivent assumer leurs failles, leurs erreurs et leurs errances, mais ils pourront se raccrocher à des valeurs et des convictions, même si ce sont parfois elles qui les feront basculer. (“Ils se sont arrangés pour que la seule solution qui s’offre à vous soit aussi celle qui vous condamne”)

Il y a peu de moments de répit dans ce livre, au ton sombre. On sent tout au long du livre la situation se tendre, et même si on espère que tout va bien se finir, on se fait malheureusement peu d’illusions.

– Je suis sûr qu’on trouvera une solution… commença-t-il.
– Ecoute, Coughlin, l’interrompt Steve en lui posant une main sur le bras, je t’aime bien mais faut que tu saches qu’y a pas toujours de “solution”. La plupart du temps, quand on dégringole, c’est sans filet. Sans rien pour nous rattraper. On tombe dans le vide, c’est tout.
– Jusqu’où ?
Steve ne répondit pas tout de suite. Il regardait par la vitre en pinçant les lèvres.
– Là où finissent ceux qui ont pas de filet.

Il y a bien des histoires d’amour, mais elles semblent impossibles… Heureusement l’amitié forte qui émerge entre les personnages apporte quelques moments de répit et un peu d’espoir.

Je connaissais Dennis Lehane pour ses romans policiers (en particulier la série avec Mc Kenzie et Gennaro qui est absolument géniale), on est dans un tout autre registre ici, roman historique ou épopée, publié à tort dans la collection Rivages/Thriller. Mais on retrouve sa capacité à créer un vrai suspens, à donner envie de poursuivre, de ne pas lâcher le livre (qui fait quand même 760 pages écrites petit).

Voilà, pour une vraie critique de ce livre (tout aussi enthousiaste que la mienne), voir ici.

Lehane a publié récemment une sorte de suite, Ils vivent la nuit, dont le héros est Joe Coughlin, le jeune frère de Danny, et qui a lieu sous la prohibition. J’ai prévu de le piquer à mon père (qui m’a fait découvrir Lehane il y a quelques années et qui est un grand fan), mais je n’avais pas le courage de me lancer immédiatement dans une lecture quand même un peu exigeante (il faut dire qu’en ce moment mon critère de comparaison c’est ma voiture de Byron Barton donc tout roman bien écrit me semble exigeant).

Sweet sixteen de Annelise Heurtier

Ce roman, je l’ai lu pendant mes vacances en août et depuis il traîne sur ma table en attente d’une chronique sur ce blog alors qu’il aurait du être rendu depuis longtemps à la bibliothèque et que je suis très en retard.

Sweet sixteen de Annelise Heurtier

Si je tarde à le chroniquer, c’est pas qu’il ne m’a pas plu, bien au contraire ! Mais c’est que j’ai déjà lu beaucoup d’articles dessus, sur tous mes blogs de littérature jeunesse préférés, et que j’ai du mal à trouver ce que je pourrais dire de plus. Alors je vais faire ici une chronique plutôt courte, mais je vous encourage vivement à lire les articles de la mare aux motsà l’ombre du grand arbreMaman Baobab (et son interview de l’auteur) et Fantasia.

Ce roman raconte la première rentrée de 9 lycéens noirs dans un lycée jusque là réservé aux blancs, à Little Rock en Arkansas, en 1947. Annelise Heurtier s’est inspirée de faits réels, et un de ses personnages, Molly, est directement inspirée de Melba Pattillo, une des neufs élèves noirs qui a intégré ce lycée.

Les chapitres nous présentent alternativement le point de vue de Molly et celui de Grace, adolescente blanche qui va d’abord regarder les choses de loin, plus préoccupée par le beau Sherwood, puis être peu à peu rattrapée par les évènements.

J’avais entendu parler de cet évènement et j’avais déjà vu ces photos.

Sweet sixteen de Annelise Heurtier
Sweet sixteen de Annelise Heurtier

(source : ici, il y a aussi une vidéo marquante)

Mais la violence des réactions est difficilement imaginable. Les élèves, leurs familles et les quelques militants pour les droits des noirs sont particulièrement isolés, se retrouvent seuls face à l’ensemble de la société. Au niveau politique, le gouverneur de l’état fait envoyer l’armée pour empêcher les élèves d’entrer au lycée, et ira l’année suivante jusqu’à fermer tous les lycées publics de la ville (!!!) pour ne pas scolariser d’élèves noirs.

L’ensemble de la société est hostile. Il y a les blancs qui militent activement contre cette entrée, mais aussi tous ceux qui sont pétris de stéréotypes et même les noirs qui s’inquiètent des répercussion sur leur propre sécurité.

Les élèves sont réellement en danger, à tel point qu’après une tentative de lynchage, des soldats seront chargés de les escorter pendant toute l’année, y compris dans les salles de classe.

Molly alterne entre espoir de changement et découragement, et fait preuve d’un grand courage, consciente de l’importance du symbole mais souffrant que ça lui vole l’année de ses seize ans.

Grace, adolescente blanche venant d’une famille aisée, a été élevée dans cette société pleine de préjugés et d’hostilité. Cependant, elle va prendre conscience d’un décalage avec son entourage et cela va faire peu à peu évoluer son comportement.

Grace ne se sentait pas particulièrement philonègre, comme on qualifiait désormais Eisenhower et tous ceux qui lui donnaient raison, mais elle se demandait tout de même ce qui justifiait un tel comportement envers ces neuf Noirs. C’est vrai, on ne les connaissait même pas ! A peine avait-on entendu le son de leur voix.

L’alternance entre ces deux héroïnes est une très bonne idée afin d’éviter tout manichéisme. L’écriture est simple, la mise en fiction de faits historiques réussie : on apprend beaucoup tout en étant emporté dans l’élan narratif, entre ressenti des différents personnages et scènes d’actions.

Une lecture marquante, donc. Presqu’un peu trop rapide à mes yeux, j’aurais aimé que l’auteur fouille un peu plus le personnage de Grace ou de la mère et la grand-mère de Molly. Mais je pense que j’ai eu cette sensation parce que je l’ai lu juste après un roman pour adultes de 600 pages et que je n’étais pas tout à fait dans le bon état d’esprit pour lire un roman ado.

Un livre à faire découvrir aux ados dès 11 ans, mais aussi aux plus grands et aux adultes car tout le monde y découvrira quelque chose.

PS : Melba Pattillo, qui a inspiré le personnage de Molly, a réussi à finir ses études et est devenue journaliste. Elle a assisté, en 2008, à l’investiture du président Obama.

Rouges ténèbres de Nicolas Cluzeau

J’ai déjà bien commencé ma PAL de vacances

Rouges ténèbres de Nicolas Cluzeau

Le premier livre que j’ai lu, c’est Rouges ténèbres de Nicolas Cluzeau.

Istanbul, 1555. Le meurtre de Musa, calligraphe responsable d’un trafic de faux documents, lancent Sertaç, un officier des sipahis du sultan Soliman, et sa petite-fille Aliyé sur les traces de son apprenti, Lüfti.(résumé electre)

Je suis un peu mitigée sur ce livre. C’est bien, mais ce n’est pas un coup de coeur, et certains éléments m’ont un peu dérangée.

Je l’avais choisi parce qu’il sortait des sentiers battus des romans historiques. Ca nous change de l’antiquité/le moyen-âge/Louis XIV/la seconde guerre mondiale. Et de ce point de vue, c’est réussi. Nous sommes donc à Istanbul, au XVIe siècle, sous le règne de Soliman le magnifique. Et on découvre toute la ville, du palais impérial aux faubourgs tenus par les malfrats, en passant par les deux rives du Bosphore, les quartiers résidentiels, les mosquées… Le plan fourni en début d’ouvrage est bien utile !

Le vocabulaire utilisé nous plonge directement dans cette civilisation orientale, en trouvant le juste équilibre (ni célébration, ni diabolisation), même si on a parfois l’impression d’un cours de civilisation. La religion y est très présente, et on y vit également la cohabitation, pas toujours évidente, entre les différentes communautés (plusieurs personnages montrent un mépris profond pour les non musulmans, et particulier pour les chrétiens).

Un lexique, un prologue expliquant en trois pages la situation politique au moment de l’intrigue et quelques pages documentaires aident le lecteur à se repérer. Malgré cela, j’ai trouvé que certains passages ou certains termes étaient difficilement accessibles pour des ados ( il parlent pas exemple de chiites sans expliquer de quoi il s’agit).

On est bien dans le roman policier, avec une enquête sur un meurtre, des problèmes de juridiction entre les forces de l’ordre, des interrogatoires, des complots au plus haut niveau… Mais on bascule parfois aussi dans le roman d’aventure avec une expédition dans les quartiers hostiles des bas-fonds d’Istanbul, sur les terres du “sultan des gueux”, ou dans le harem du sultan.

On suit toute une équipe de personnages. Sertaç et sa petite fille Aliyé, enquêteurs reconnus et efficaces, mais aussi la troupe de soldats envoyée par un des fils du sultan dont le jeune officier Sinan. Le personnage d’Aliyé est celui qui m’a le plus intéressé. À 14 ans, elle est intelligente, intuitive et courageuse. Elle va jouer un grand rôle dans la résolution des mystères qui entourent le meurtre du calligraphe. J’ai été cependant un peu déçue par l’avenir que l’auteur lui donne à la fin du roman.

Le roman est assez dur. Certains personnages sont maltraités, en particulier un jeune issu de la pègre qu’ils utiliseront comme informateur. C’est ce qui m’a le plus gêné dans ce livre, sachant qu’il est destiné à des adolescents. Il y a une forte justification de la hiérarchie sociale. Le sultan a droit de vie ou de mort sur ses sujets. L’assassinat de personnes influentes comme le calligraphe doit être éclaircie quelques soient les moyens employés. Ainsi, le fait de maltraiter un jeune homme pour avoir des informations est justifié, comme le fait de faire mourir des gens issus de la pègre pour couvrir ses traces. Si quelques remords sont évoqués, ils sont vites chassés et lorsqu’Aliyé ressent de la compassion, elle se le reproche (“elle ne voulait en aucun cas éprouver de la compassion pour un scélérat. Un meurtre devait être résolu et c’était tout ce qui comptait à ses yeux.”).  D’une manière générale, les personnages éprouvent un net mépris pour les gens issus de couches plus populaires.

On peu supposer qu’il s’agit là des pensées des personnages, et que cela peut s’expliquer par le contexte historique, leur éducation et le milieu d’où ils viennent. Cependant il n’y a à aucun moment de prise de recul par rapport à tout cela et cela m’a gêné en tant qu’adulte et me gêne encore plus pour mettre ce livre dans les mains d’un ado.

Cependant, je pense que beaucoup d’ados seront capables de prendre du recul sur ça et d’apprécier les nombreuses qualités du livre. Mais personnellement je ne le conseillerai qu’à de “grands ados”, à partir de 14-15 ans.

Cadeaux de Noël de 8 à 15 ans : offrez des livres !

Après les albums à offrir aux petits, voilà les romans à offrir aux plus grands !

A un enfant de 8 ans, j’offrirais :

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Le chien des mers de Marie-Aude Murail, illustré par Yvan Pommaux (5,60 euros)

L’histoire d’un jeune garçon qui doit partir comme mousse sur un bateau de corsaire pour combattre les anglais. Mais avant de partir, la fille dont il est amoureux lui avoue qu’elle-même est anglaise.

Parce que c’est facile à lire, que c’est un fabuleux roman d’aventure. Parce que Marie-Aude Murail est un auteur génial et que les illustrations d’Yvan Pommaux sont, comme d’habitude, magnifiques.

A un enfant de 9 ans, j’offrirais :

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Comment écrire comme un cochon d’Anne Fine (8,70 euros)

Chester arrive dans sa nouvelle école : un vrai monde de bisounours où il est entouré d’élèves modèles sans aucun humour. Alors qu’il est persuadé qu’il va s’ennuyer à mourir, il découvre que son voisin est le cancre ultime.

Parce que ce roman est à la fois drôle et émouvant. Parce qu’il parle très bien des enfants qui rentrent mal dans le moule scolaire, et qui pourtant ont leurs talents à eux.

A un enfant de 10 ans, j’offrirais :

complot à versailles

Complot à Versailles d’Annie Jay. 5,60 euros, ou en coffret grand format avec “à la poursuite d’Olympe” du même auteur, à 16,95 euros

J’en parle longuement ici.

A un enfant de 11 ans, j’offrirais :

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Les enquêtes d’Enola Holmes, vol. 1, la double disparition de Nancy Springer (14,50 euros)

Chaque volume de cette série propose une enquête indépendante, mais il est intéressant de les lire dans l’ordre pour voir l’évolution de la jeune fille.

Enola Holmes est la soeur de Sherlock Holmes. Quand leur mère disparait, elle doit aller en pension, ce qu’elle refuse. Elle s’enfuit donc dans Londres. Elle doit donc à la fois échapper à son frère (pas évident quand c’est le meilleur détective du monde), trouver un moyen de survivre et mener l’enquête sur la disparition de sa mère.

Parce que ce roman mèle adroitement plein de thèmes intéressants : une enquête policière, les relations familiales, la place des femmes dans la société londonienne de la fin du XIXe siècle…

A un ado de 12 ans, j’offrirais :

malo-de-lange.jpg

Malo de Lange, fils de voleur de Marie-Aude Murail (11,20 euros)

Parce que Marie-Aude Murail (oui, c’est un argument en soi). Parce que c’est un formidable roman d’aventure, sur le modèle des romans feuilletons du XIXe siècle.Parce que l’argot de cette époque réjouira les jeunes lecteurs. Et parce que Malo a un sens de la comparaison unique (un exemple : “Je pense qu’on voit où vont mes préférences, comme disait le vampire en repoussant le rôti de boeuf pour s’attaquer à sa voisine de table.“)

A un ado de 13 ans, j’offrirais :

crime et jean slim

Crime et jean Slim de Luc Blanvillain (9,13 euros)

J’en parle longuement ici.

A un ado de 14 ans, j’offrirais :

signe de K1

le signe de K1 de Claire Gratias (Un roman en deux tomes, le protocole de Nod et le temps des Tsahdiks) (16,50 euros chacun)

J’en parle longuement ici.

à un ado de 15 ans, ou plus grand, et même à un adulte, j’offrirais :

des fleurs pour Algernon

Des fleurs pour Algernon de Daniel Keyes

De 6 euros à 9,50 euros selon l’édition

J’en parle longuement ici.

Sinon, moi, pour Noël, j’ai commandé le roman d’Ernest et Célestine de Daniel Pennac !

Et vous ? Des idées ?

Des cadeaux à faire ?

Complot à Versailles d’Annie Jay

Dans quelques semaines, je reçois une classe de CM1/CM2 pour un “club de lecture” : je dois donc leur présenter une vingtaine de romans.

J’ai plutôt tendance à lire des romans pour ados. Du coup, il faut que je me plonge dans les romans pour cette tranche d’âge. J’ai décidé de commencer par un roman que j’avais lu et adoré gamine , Complot à Versailles d’Annie Jay.

complot-a-versailles.jpg

Résumé : Un jeune noble, Guillaume de Saint-Beryl, sauve la vie d’une jeune fille et sa famille la reccueille alors qu’elle est devenue amnésique. Lorsque Guillaume et sa soeur Pauline sont envoyés à la cour de Louis XIV, comme garde royal et demoiselle d’honneur de la reine, la jeune fille rebaptisée Cécile les accompagne. Les jeunes gens seront aux premières loges pour admirer les fastes de la cour et la splendeur de Versailles, mais aussi pour observer intrigues et complots.

Mon avis : Je retrouvais ce roman avec plaisir, mais aussi une certaine appréhension. Qu’allais-je penser de ce livre avec des yeux d’adultes ? Et bien le charme a fonctionné presque aussi bien que quand j’étais enfant et j’ai dévoré ce roman d’une traite!

Annie Jay nous propose ici un récit très vivant, qui réussit à échapper au roman historique didactique que l’on trouve souvent en section jeunesse. Les informations sont pourtants nombreuses, sur la cour bien sûr, mais aussi sur la construction du chateau et la vie des ouvriers, serviteurs, petites mains qui ont tendance à disparaître dans les romans historiques, eclipsés par le brillant de la noblesse et des courtisans.

Les personnages sont pleins de charme et de fraicheur. L’auteur prévient avant le début du roman : “certains s’étonneront peut être du vocabulaire et des comportements très actuels de mes héros. Il m’a semblé que les jeunes du vingtième siècle se promèneraient plus aisément au dix-septième siècle s’ils y entendaient le langage qui est le leur”. Mais rien de génant ou de trop oral. Cela permet de rendre le roman accessible aux enfants dès 10 ans.

La première partie du roman met en avant l’ambiance à la cour, ses divertissements, la découverte de ce monde par les jeunes héros (et donc par les lecteurs). L’action se précipite dans la dernière partie du roman avec ses complots, ses espions, ses empoisonneuses…

Un vrai régal ! Il figurera à coup sur dans ma présentation à la classe, pour les bons lecteurs. Et tout ça m’a donné envie de découvrir la suite, la dame aux elixirs, publié longtemps après le premier volume et que je n’ai donc pas pu lire petite.