Salon de Montreuil 2017

C’est un rituel, chaque année ou presque, je fais un *petit* compte rendu de mon tour au salon de Montreuil.

Cette année, j’y suis allée 3 fois : vendredi avec des amies, dimanche en famille et lundi pour la journée professionnelle. Repérage de nouveautés, (plein de) dédicaces, achats de cadeaux de Noël, visite de l’expo, spectacle, et intervention dans une table ronde, ça a été très riche !

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A Montreuil, il y a les livres qu’on découvre, qu’on achète. Mais aussi nos chouchous, ceux qu’on a lu cent fois, et qu’on emporte précieusement parce qu’on a repéré que les auteurs étaient présents.

Pour moi cette année c’était Ni poupées ni super héros de Claire Cantais, à la ville brûle que j’ai chroniqué en détails sur fille d’album. Dédicacé pour les enfants, pour les accompagner encore un peu plus dans leur liberté, le magicien, en ce moment, me demande souvent “hein on a le droit de faire ça quand on est un garçon ?”…

 

Pour le magicien, c’était la tribu qui pue d’Elise Gravel et de Magali Le Huche aux éditions les fourmis rouges (qui fait décidément de chouettes bouquins, et je ne dis pas seulement ça parce qu’ils éditent Emmanuelle Houdart ^^). C’est LE coup de coeur du moment à la maison et il est très fier d’avoir désormais Fanette dans son livre !

La tribu qui pue, c’est donc l’histoire d’une joyeuse troupe d’enfants très heureux de vivre entre eux, à poil, dans la nature. Mais la directrice de l’orphelinat est bien décidée à laver, habiller et faire rentrer dans les cases… C’est drôle, fin, super ! Une très bonne idée de cadeau de Noël !

 

Vous connaissez sans doute notre passion familiale pour Bulle et Bob ! La puce a choisi Bulle et Bob se déguisent “parce que c’est mon préféré !”. Ilya Green lui a décidé une magnifique Bulle, mais alors qu’elle lui rendait le livre, la puce s’est écrié “je veux Bob aussi !”.

Rien pour l’amoureux, mais depuis qu’il a eu sa propre dédicace de Oh non, Georges ! de Chris Haughton l’année dernière, il est comblé !

J’adore les dédicaces avec les enfants. J’adore la spontanéité avec laquelle ils parlent aux auteur·e·s (quand j’ai moi-même du mal à être à l’aise et à dire autre chose que “j’adore ce que vous faites !”).

Et puis il y a eu les achats…

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Oui, je sais, c’est franchement indécent… Mais cette année il y a beaucoup de cadeaux !

 

Celui-ci, à la recherche de la carotte bleue, les métiers de Sébastien Telleschi, c’est une découverte du magicien, qui commence à s’intéresser beaucoup aux livres jeux. Il a eu un coup de coeur sur le stand de little urban (qui a vraiment un catalogue super chouette, j’essayerai d’en reparler un peu ! En attendant, allez faire un tour sur leur site, d’autant plus intéressant qu’ils proposent de nombreux ateliers et activités en lien avec leurs albums). C’est bourré de détails et la carotte bleue n’est vraiment pas facile à trouver, ça va l’occuper un moment !

 

Un grand jour de rien de Béatrice Alemagna (Albin Michel Jeunesse) pour le magicien, parce que j’aime de plus en plus cette auteure, et qu’on a eu l’occasion de découvrir des originaux de cet album à l’exposition du salon, qui ont beaucoup intéressé le magicien. Dans cet album, un petit garçon se trouve coincé dans une maison de campagne, et n’a qu’une envie, jouer à tuer des martiens sur sa console. Jusqu’à ce qu’il se laisse emporter par toutes les possibilités que lui offrent l’extérieur. Les planches sont simplement magnifiques !

 

On aurait dit d’André Marois et Gérard Dubois (Seuil jeunesse), dédicacé par l’auteur (mais l’illustrateur n’était pas là malheureusement). Si ces illustrations rétro ne sont généralement pas ma tasse de thé, elles conviennent plutôt bien à cet album, qui est surtout un éloge de l’imagination des enfants, qui se laissent complètement embarquer dans leur histoire (non sans faire *quelques* dégâts dans la maison). La chute me fait beaucoup rire !

 

Le nouveau nid des petits marsus de Benjamin Chaud (Little Urban) fait partie d’une nouvelle série qui reprend en album jeunesse le célèbre héros de BD. C’est ultra mignon, plein de détails dans l’illustration comme toujours chez Benjamin Chaud. C’est le grand chouchou des enfants pour le moment, aussi bien du grand (5 ans) que de la petite (2 ans 1/2), parmi tous les livres rapportés du salon.

Et visiblement, les coussins avec les illustrations de Benjamin Chaud sont bien confortables pour faire une petite pause au milieu de la course du salon !

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L’ours qui ne rentrait plus dans son slip est un livre CD de Emilie Chazerand et Félix Rousseau de chez Benjamin média. J’en cherchais pour le magicien pour le “temps calme” de l’après-midi (quand sa soeur fait la sieste). Nous ne l’avons pas encore écouté mais les extraits que j’ai entendu, ce que j’ai vu en le feuilletant et le nom d’Emilie Chazerand dont j’ai adoré le dernier roman pour ados (la fourmi rouge chez Sarbacane) me font penser que ça va être très bien.

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J’ai déjà parlé un peu de ce documentaire pour préados et ados sur les règles par Elise Thiébaut et Mirion Malle chez la ville brûle ici. Je ne l’ai pas encore lu entièrement, mais j’ai apprécié les passages que j’ai lu et la diversité des représentations. Et j’en profite pour frimer avec mon nouveau tote bag avec lequel je me promène fièrement depuis quelques jours !

J’ai l’impression qu’on a beaucoup parlé de ce loup en slip de Wilfrid Lupano et Mayana Itoïz (Dargaud), mais si vous l’avez raté, il est hilarant ! Tout le monde dans la forêt est terrorisé par le loup (et tout un business s’organise, entre pièges à vendre et brigade anti-loup), mais il fait beaucoup moins peur avec son slip à rayures… On a cru qu’on ne réussirait jamais, avec Elise, à trouver le livre sur le salon, Dargaud n’ayant pas de stand, donc la dédicace est une grande victoire, merci à Sophie !

Chaque année, c’est mon rituel, je vais sur le stand de Minédition pour que l’éditeur me raconte une histoire, il a un don pour ça ! Et cette année, j’ai craqué pour trop grand, trop petit ! de Catherine Leblanc et Eve Tharlet, pour la puce qui a décidé qu’elle était grande et plus pikinote ! J’avais beaucoup aimé dans la même série est-ce que tu m’aimeras encore ? (sur l’amour inconditionnel des parents) et là voilà ! (sur l’arrivée d’une petite soeur) et là encore beaucoup de tendresse se dégage du dessin, alors je passe même sur la mère en tablier dans la cuisine.

Des fois, on a de la chance : on va voir la grande conteuse Catherine Zarcate (que vous pouvez par exemple découvrir ici), et on tombe aussi sur l’illustratrice du recueil, Irène Bonacina, qui nous fait un magnifique dessin ! Mes enfants sont ans doute un peu petits pour ce recueil, mais il contient un de mes contes préférés, le loukoum à la pistache.

Ce qui est chouette, au salon, c’est quand on découvre des albums qu’on ne pensait pas prendre, des illustratrices qu’on ne connaissait pas, en l’occurrence simplement parce qu’elle était à côté de Magali Le Huche en dédicace. Dans cet album, la retraite de Nénette (à l’école des loisirs), Claire Lebourg où elle invente une retraite libre à Nénette, orang-outang de la ménagerie du jardin des plantes qui y vit depuis 1972. La puce a été très marquée par sa visite à la ménagerie et a donc réclamé que ce livre soit pour elle, même s’il s’adresse à des plus grands.

Encore une découverte, cette fois grace au magicien qui s’est précipité sur ce livre-objet, le bout du bout de François David et Henri Galeron chez Motus (maison d’édition qui fait de la poésie et que je ne connaissais pas !). Un livre surréaliste, qui se déplie peu à peu, j’aime son côté un peu perché !

 

Et ensuite… les cadeaux !

Je n’ai malheureusement pas pu faire dédicacer Bergères Guerrières, de Jonathan Garnier et Amélie Fléchais, par manque de temps (j’avoue que j’ai aussi du mal avec les méthode de Glénat puisqu’il faut acheter un album sur le stand pour avoir un ticket dédicace, ce que je trouve très nul). Je n’ai pas encore lu cette BD d’aventure en entier, mais j’ai beaucoup apprécié ce que j’en ai lu et ça a été un gros succès chez Sophie et ses filles. Je suis donc sûre que c’est un super cadeau pour ma cousine de 8 ans !
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Pour les neveux de Paul, presque 3 ans et 5 ans, loup gris et la mouche de Gilles Bizouerne (Didier Jeunesse). J’aime beaucoup cette série “loup gris” et je trouve que celui-ci est le meilleur. Loup gris avale une mouche. Malheur, il se met à bzzzzozoter ! Quand il croise une araignée, il se dit qu’il va l’avaler, et qu’elle mangera la mouche dans son ventre, et que son souci sera réglé. Mais ça ne va pas aussi bien se passer… C’est un régal à lire à haute voix, et un de mes derniers gros succès à l’heure du conte à la bibliothèque : enfants comme parents étaient écroulés de rire !

Pour mon neveu de 6 mois, un de mes chouchous, un des livres qu’on a lu en boucle avec nos enfants bébés : bon voyage bébé ! de Béatrice Alemagna (Helium). Je l’aime tellement que j’ai eu du mal à ne pas mettre toutes les pages ! Le coucher décrit comme un départ en voyage, avec une grande délicatesse et le talent de Béatrice Alemagna. Et en plus, on évite les stéréotypes !

Autre chouchou, autre cadeau dédicacé pour mon neveu, les mains de papa d’Emile Jadoul (pastel), mon préféré de cet auteur ! J’en avais parlé ici.

Vous connaissez mon amour pour Ilya Green. C’est un incontournable de nos cadeaux de naissance. Pour le petit dernier de la famille, nous avons donc craqué pour son dernier album chez Didier Jeunesse, les petits amis de la nuit, un joli défilé de doudous qui accompagnent le coucher d’un tout-petit. Le jeu de mat et brillant est discret mais réussi.

Et encore du Ilya Green, en livre CD cette fois, pour un grand bébé d’un an ! Elle illustre les chansons de Ceilin Poggi et Thierry Eliez, accompagnés non pas des traductions des chansons mais de poèmes de Murielle Szac. On n’y trouve pas seulement du jazz puisque les reprises vont de Barbara Streisand à Stevie Wonder en passant par les Beatles. L’amoureux les a vu en concert avec les enfants à la librairie du quartier et a aussi craqué pour nos enfants qui l’écoutent chaque soir au coucher depuis. Personnellement, j’aime particulièrement sa reprise de isn’t she lovely.

Enfin, ma belle-soeur m’a demandé un roman à Noël. Et vous savez que j’aime beaucoup faire lire des romans ados aux adultes, j’ai donc fait dédicacer pour elle un de mes gros coups de coeur de l’année, là où tombent les anges de Charlotte Bousquet (chez Gulfstream), donc j’ai parlé longuement ici.

 

Mais le salon du livre, ce ne sont pas que des achats ! Et j’ai la chance d’avoir un fils aussi motivé que moi pour en profiter ! Alors on est allés voir la lecture chantée par Pascal Parisot de son dernier livre disque, Superchat, les souffrances du gros Werther, illustré par Roland Garrigue, chez Didier Jeunesse. Werther le ver de terre est en train de se dessécher sur une terrasse, en plein soleil…Heureusement que superchat va venir à la rescousse ! C’est décalé et drôle. Un bon livre CD à offrir là encore !

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Et puis vous aurez compris depuis le début de l’article que je suis fan d’Ilya Green, mais j’ai une tendresse particulière pour Bou et les 3 zours d’Elsa Valentin (à l’atelier du poisson soluble), un livre d’une inventivité incroyable. Alors pouvoir l’écouter lue par l’auteure à l’occasion de sa sortie en livre CD aux éditions trois petits points, c’était vraiment chouette ! et ça a été l’occasion d’écouter aussi un futur album à paraître en mars, Zette et Zotte à l’usine, affaire à suivre.

Et puis au salon de Montreuil, il y a une expo, cette année sur la représentation des enfants. L’occasion de retrouver certain·e·s illustrateur·trice·s que j’adore : Béatrice Alemagna (photos 1 et 2), Benjamin Chaud (photo 3), mais aussi d’en découvrir d’autres. Cette année, Annabelle Buxton (photo 4 et 5) et Audrey Celleja, dont j’avais déjà vu passer des albums, mais sans y prêter assez attention (photo 6 et 7) J’aurais aimer vous en montrer plus, mais les originaux sont, bien évidemment, sous verre, et c’est quasiment impossible de prendre une photo potable.

Bon, je vais arrêter mon article fleuve ici, mais vous n’en avez pas fini avec le salon ! Déjà parce que j’ai eu la chance d’intervenir lors d’une table ronde sur la diversité (ou plutôt le manque de diversité) dans la littérature jeunesse avec Diariatou Kebe de l’association Divéka/Diversité & kids, Penda Diouf, responsable d’une bibliothèque à Saint-Denis et Sophie Agié de légothèque, et que j’en parlerai en détails sur fille d’album et puis j’ai aussi repéré plein de nouveaux titres, en particulier sur la diversité. Si je ne ferai pas un article de blog (ça me prend trop de temps), j’essayerai d’ajouter un lien vers le fil twitter.

D’un trait de fusain de Cathy Ytak

J’ai retrouvé le chemin du blog pour vous parler d’un de mes derniers coup de coeur. J’aimerais vraiment le faire plus régulièrement, mais c’est compliqué, non pas par manque d’idée ou d’envie, mais simplement par manque de temps !

D’un trait de fusain de Cathy Ytak, donc (Talents Hauts, 2017).

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1992. Mary, Monelle, Julien et Sami sont lycéens dans une école d’art. En cours de dessin, leur modèle préféré s’appelle Joos. Il est jeune, libre et beau. 

Et j’ai du mal à compléter le résumé. A trouver l’équilibre entre ne pas trop en dire sur l’intrigue et en dévoiler suffisamment pour montrer le côté engagé du roman. Mais je ne pourrai pas parler correctement de ce livre sans parler de Sami et de Joos qui tombent amoureux. Sans parler du sida. Sans parler d’Act Up où Mary va finir par militer. Alors j’en dis sans doute un peu plus que d’habitude sur l’intrigue, en me disant que je savais tout ça avant de lire le livre et qu’à aucun moment ça ne m’a gâché la lecture.

Parce que ce roman m’a complètement embarquée. Je l’ai dévoré rapidement, j’ai été tour à tour amusée, émue, en colère. Dans la gentille dédicace qu’elle m’a faite, Cathy Ytak parle de rage et de douceur, et c’est tout à fait ça.

J’ai été très touchée par l’évolution de Marie-Ange tout au long du roman. Marie-Ange qui a grandit dans une famille de “vieux réacs”, étouffante, maltraitante.

“Il y a ces paroles encore marquées au fer rouge dans sa tête ; celles de son père, intimement persuadé que les filles ne valent rien, et celles de sa mère, encombrées de silence (…). Les yeux baissés, les cuisses serrées, la peur des hommes en héritage, la haine du corps en transmission.”

Marie-Ange qui ne rêve que de partir et qui compte les jours jusqu’à ses 18 ans. Qui va grandir tout au long de ce roman. S’affirmer. Devenir Mary.

Grandir avec et par les autres. Au cours d’un week end à Saint-Malo où soudain une amitié de lycéens devient beaucoup plus. Où quelques jours suffisent à les transformer.

Grandir aussi par le dessin, qui les réunit. Si Marie-Ange dessine au début des autoportraits, des “trucs repoussants” qui “diraient la douleur suffocante qui empêche de parler”, le dessin lui permettra aussi d’appréhender, de façon bien plus douce, le corps de l’autre.

C’est au travers du cadre précis d’un viseur ou cerné par destraits de crayon qu’ils se dévoilent d’abord. Concentrés, respectueux, tendus vers le meilleur rendu, le plus joli tracé, Pimpin et Mary s’apprivoisent, se caressent des yeux, font mine de ne pas s’apercevoir du trouve qu’ils provoquent chez l’autre et qui les envahit en retour. Et finissent par tirer les rideaux sur cette journée d’hiver. 

L’importance des autres pour changer soi-même, en particulier à l’adolescence, et la place de la pratique artistique m’ont évoqué ce qui m’avait plu dans 3000 façons de te dire je t’aime de Marie-Aude Murail.

 

Mais ici, les personnages grandissent aussi forcés par le sida qui entre dans leur vie, l’homophobie qui les laisse seuls face à cela. En se battant contre la maladie. En militant. En cachant leur combat à ceux qui ne comprendraient pas, au lycée, aux parents. La douleur et la colère sont là, au centre. Dévastatrices, mais qui donnent aussi l’énergie pour avancer, lutter, militer. Pour que les choses changent.

Elle aimerait expliquer à Monelle combien ses propres réflexions et colères ont trouvé un écho dans celles de ces luttes collectives, que ce soit à Act Up, Aides ou d’autres encore, qui se battent sans relâche.

Ne plus se taire. Et ne jamais baisser les bras.

Alors oui, elle aurait pu militer ailleurs. Ou ne pas militer du tout. Mais il y a eu Sami et Joos, et le sida sur leur parcours. Et c’est devenu toute sa vie, une vie d’adulte avant l’âge, peut-être, qui oscille sans cesse être la fête et le désespoir.

Impossible pour moi de parler de ce livre sans parler du magnifique film 120 battements par minute. Parce que je n’étais qu’enfant au début des années 90, je n’ai pas de souvenir d’Act Up à cette époque (mon premier souvenir de cette association, c’est un mariage homosexuel à Notre-Dame en 2005), et les images que le livre a évoqué, ce sont celles du film vu il y a quelques semaines. Cathy Ytak, ancienne militante, a écrit le roman avant ce film, mais elle fait elle-même le lien entre les deux sur son blog.

Dans l’un comme dans l’autre, on découvre cette “façon de militer, faite de rage et de rires, de couleurs, de mises en scène et d’images”. Ce mouvement permanent face à l’immobilité de l’hôpital et de la mort. Qui m’a emporté en tant que lectrice comme il m’a emporté en tant que spectatrice.

“S’habituer… S’habituer à passer du rire aux larmes en quelques secondes. De la plaisanterie la moins fine à la peur la plus forte. Avec la mort infiltrée. Mais sérieusement, quand on a dix-sept ou dix-huit ans, ça veut dire quoi, mourir, si on n’a rien vécu ?

 

Ce roman est publié dans une collection de romans historiques chez Talents Hauts, les héroïques. Pour moi, c’est l’époque de mon enfance, celle des cabines téléphoniques, du minitel et des walkman. Pour des ados d’aujourd’hui, c’était avant leur naissance. Et pourtant, ce livre est d’une actualité brulante. Act Up le rappelle.

Pour finir, cette chanson de France Gall, évidemment, évoquée dans le livre.

Et aussi les beaux articles sur ce roman de Bob et Jean-Michel, la mare aux mots, arcanes ouvertes

Après avoir écrit cet article, je me suis demandé si j’allais le publier ici ou sur Fille d’Album où il aurait sa place. Mais vu la façon dont j’en parlais, coup de coeur plus que réelle analyse des représentations, il me paraissait plus à sa place ici. J’ai cependant tenu à en dire quelques mots là-bas aussi.

Là où tombent les anges

De Charlotte Bousquet, je connaissais la BD Rouge tagada et la série qui a suivi. Et puis une de mes anciennes collègues a posé là où tombent les anges sur mon bureau en me disant “je viens de lire ce bouquin, c’est un gros coup de coeur, et je suis sûre que tu vas adorer”. Et elle a eu raison.

là où tombent les anges

Solange, Lili et Clémence. En 1912, ces trois couturières découvrent la vie parisienne. Solange épouse Robert Maximilien, qu’elle n’aime pas et qui est tyrannique mais qui lui apporte un certain confort. Elle s’occupe de sa vieille tante maussade. Lili, audacieuse et joyeuse, se produit comme chanteuse dans les cabarets. Clémence, jeune ouvrière, tombe éperdument amoureuse de Pierre. Mais la guerre arrive…

« La France est en guerre. La France a besoin de ses généraux pour gagner, de ses hommes pour se faire tuer et de ses femmes pour fabriquer les armes. C’est un mécanisme bien huilé. Et ni les Pierre ni les Clémence ni les Lili ni les Solange ne sont assez puissants pour l’enrayer. »

On est immédiatement plongé dans ce début du XXe siècle. Les extraits de journaux ou d’écrits d’époque qui ouvrent les articles contribuent à nous mettre dans l’ambiance. On parle un peu du front, mais surtout de ce qui se passe à l’arrière.

Et donc, surtout, de ce que vivent les femmes. Des bourgeoises, des ouvrières d’usines de munition, des veuves de guerre, des artistes, des journalistes… Tout le monde se croise dans ce livre. L’alternance de narration à la troisième personne, d’écrits de journaux intimes, de lettres échangées entre elles ou avec leurs hommes aux front nous permet de comprendre chacune, avec leurs angoisses, leurs choix et leurs contraintes.

Je crois que depuis que nous avons lancé le groupe Maternités Féministes, je m’intéresse de plus en plus aux témoignages de femmes, au vécu des femmes. Et même si on est ici dans la fiction (avec l’apparition de quelques figures historiques), c’est ce qui m’a le plus plu dans ce livre : suivre l’évolution de ces femmes. En particulier de Solange, qui a fui un père violent pour se retrouver sous la coupe d’un mari abusif, mais qui peu à peu va trouver la force d’écrire sa propre voix. J’ai trouvé ce personnage superbe, et ne l’ai pas du tout lu de la même manière que cette lectrice.

Au delà des destins individuels, ce roman est passionnant sur la condition féminine à l’époque, sur l’émergence d’un mouvement féministe.

« Le problème, c’est qu’aucun de vos droits n’est acquis (…). Votre pays vous craint. Jusqu’à ce que la guerre éclate, vous n’étiez que de petits êtres fragiles et innocents. Quand les hommes sont partis, vous avez pris leur place : vous avez dévoilé votre jeu. Vous n’êtes ni frêles ni dépendantes. Et vous êtes aussi compétentes qu’eux. Si j’étais eux, je serais un peu effrayée, tout de même… »

Et a, je trouve, des échos forts avec ce que nous vivons aujourd’hui. Je pense par exemple à ce passage sur une grève des couturières et ce qu’en dit Solange : « Les quotidiens évoquent la grève des midinettes avec une bienveillance teintée de condescendance : “ruée joyeuse”, “envolée”, les couturières qui protestent contre la vie chère et le samedi chômé sont considérées comme de jolies oiselles par les journalistes, non comme de vraies manifestantes. (…). C’est vrai qu’elles sont jolies et pimpantes, les cousettes, mais cela m’agace de lire partout cela. En même temps, je crois que c’est pour elle la meilleure façon de gagner la sympathie des gens. Légères, gentilles et grévistes. Cela sonne moins austère et moins menaçant que “revendicatrices et rebelles”»

Mais il ne faut pas limiter ce roman à un exposé sur la condition féminine, c’est avant tout un texte où le souffle romanesque est puissant, où on s’attache aux personnages, où on tremble pour certains d’entre eux. J’ai été émue aux larmes à certains passages. Un roman qu’on a du mal à lâcher.

C’est un coup de coeur.

Et comme on me pose souvent la question de l’âge… Ce roman est publié dans une collection pour grands ados. Et je pense en effet qu’il n’est pas destiné à des ados trop jeunes, d’un part en raison de la violence présente dans le texte (viol, descriptions dures du front…), mais aussi parce qu’on suit des adultes, et non des adolescents, avec leurs questionnement d’adultes. Je pense qu’on peut le conseiller à partir de 14-15 ans, ainsi qu’aux adultes.

Si vous voulez en lire plus sur ce roman, voilà la chronique de Sophie Pilaire.

Mini-chroniques : contes détournés

J’ai enchainé deux lectures un peu au hasard, mais ça fait presque un article thématique, dis-donc !

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l’ogre et sa princesse aux petits oignons de Sabrina Inghilterra (Didier Jeunesse)

Ventrerond, moitié ogre moitié humain, est passionné de cuisine, mais tellement pauvre qu’il ne peut plus s’acheter de quoi manger. Alors quand il apprend qu’il y a 20 000 galions d’or à gagner dans un concours de cuisine, il n’hésite pas, même si ça signifie retourner chez une mère peu aimante (euphémisme) et cuisiner une princesse, lui qui ne mange pas d’humains… Problème : la princesse ne le laisse pas indifférent…

Ce petit roman pour les 8-10 ans, très vite lu, mêle habilement les ingrédients du conte de fées traditionnel et l’ambiance topchef du concours de cuisine. C’est prenant, parfois drôle. Les péripéties s’enchaine un peu rapidement et facilement mais c’est un roman qui s’adresse aux plus jeunes.

Ella l’ensorcelée de Gail Carson Levine (école des loisirs)

ella-lensorcelee“Lucinda, cette idiote de fée, n’avait pas l’intention de me jeter un sort. Elle voulait me faire un cadeau. Comme j’avais pleuré désespérément pendant toute la première heure de mon existence, ce furent mes larmes qui lui donnèrent une idée. Hochant la tête et regardant ma mère d’un air compatissant, la fée me toucha le nez. – Mon cadeau sera l’obéissance. Elle sera toujours obéissante. Et maintenant, arrête de pleurer, mon enfant. Je m’arrêtai.” Ce cadeau s’avère être une véritable malédiction pour Ella qui est obligée d’obéir à tout ordre direct, quel que soit la personne qui lui donne, quelles que soient les conséquences.

Tous les ingrédients du conte de fée y sont : la fée marraine, le prince Charm, la marâtre et les méchantes belles-soeurs, le soulier de verre… Toutes les créatures surnaturelles aussi : ogres, centaures, elfes, etc.

Et pourtant, on est ici dans une aventure unique. Ella est courageuse, intelligente, même si un peu désespérée. C’est un beau personnage. Et surtout, j’aime la raison pour laquelle l’auteure a écrit ce livre : à l’occasion d’un atelier d’écriture sur le merveilleux, partie du conte de Cendrillon, elle s’est vite aperçue qu’elle n’aurait pas beaucoup d’affinités avec ce personnage sans défaut, imperméable à toute mauvaise pensée. C’est ainsi que Cendrillon est devenue gentille par obligation… et donc rebelle (source). Vous imaginez que ça a plu à mon côté féministe.

Bref, un régal à découvrir dès 10-11 ans, en l’empruntant à la bibliothèque puisqu’il n’est malheureusement plus disponible.

Dans le désordre de Marion Brunet

Sept personnes qui se rencontrent en manif, dans la révolte, dans le désordre, refusant la vie qu’on leur impose. Ils décident de vivre ensemble selon leurs propres règles, en squat et en meute. Au sein de la meute, Jeanne et Basile vont se trouver.

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J’avais adoré frangine de Marion Brunet et j’attendais avec impatience ce roman. Au point de l’acheter parce que j’en avais marre d’attendre qu’il arrive à la bibliothèque ! Là encore, elle est en résonnance avec l’actualité sans l’aborder frontalement.

Et au final, j’ai été un peu déstabilisée par ce livre.

J’ai adoré l’écriture de Marion Brunet. Un vrai bonheur de lecture, tout comme frangine, d’ailleurs. J’aime sa manière de manier les mots, l’alternance de scènes d’action (scènes de manif en particulier) et des moments de calme et d’introspection, sa façon de décrire le sentiment amoureux, son talent pour faire exister des personnages secondaires. J’ai aimé le portrait de groupe. Mais aussi la relation amoureuse naissante entre Jeanne et Basile.

J’ai été emportée.

Et pourtant, je garde de cette lecture un sentiment d’inachevé.

Ce roman se construit sur l’exaltation. De la rencontre, le la vie commune, de la revendication, du militantisme, de la révolte, du coup de foudre… Et c’est beau et enthousiasmant.

Tonio ressert du café. Jeanne savoure l’instant, au milieu de la petite meute pensante, discordante sans doute mais qui rêve d’amorcer un siège, une lutte. Elle ne cherche pas d’échappatoire. Il y a longtemps qu’elle refuse la bouillie fade d’une vie calibrée et d’un système dégueulasse, déjà mort – Marc a tellement raison. Le cynisme ne suffit plus, et elle a envie d’écraser du talon sa lucidité triste. Elle veut faire partie de l’agitation, du grand Tout qui bourdonne : entrer dans la danse. Mais pas toute seule, non. La solitaire en elle se laisse amadouer par l’élan, par les autres.

C’est nouveau et doux, mais pas seulement ; ça la remue, aussi, comme une musique, et tout ça la traverse, pousse en elle à grande vitesse, parce que la graine y sommeillait depuis très longtemps. Jeanne vibre du bout de chacun de ses doigts, tendus ou repliés, agités, prêts à caresser ou à se serrer en poing. Et elle voit bien qu’elle n’est pas seule : ça circule entre eux comme une évidence, à grands pas. La guerre, c’est la guerre. Et parfois, ça ressemble à de l’amour.

Mais finalement, les personnages sont paradoxalement figés dans cette jeunesse, dans ce mouvement (par un évènement que j’ai un peu trop senti venir…).

J’ai été un peu frustrée, finalement, de ne pas lire ce qui se passe « après ». Comment, passé l’enthousiasme du début, on vit ensemble, en autogestion ? Comment ne pas être usée par les difficultés ?  Comment on évolue, ensemble ou non, dans cette vie ? J’aurais aimé qu’on donne plus d’importance aux personnages plus âgés.

Mais est-ce un défaut du livre, ou est-ce que c’est que je suis trop vieille pour ce livre destiné aux adolescents ? Est-ce que j’ai perdu cet enthousiasme et cette vigueur ? Est-ce que je me pose des questions d’adultes que je ne me serais pas posé à 18 ou 20 ans, parce que je n’en suis tout simplement plus au même stade de ma vie ? Ou est-ce que je n’ai jamais eu cet enthousiasme, cet emportement parce que j’ai toujours été trop raisonnable ? Est-ce que je ressemble trop aux bobos détachés des vrais problèmes sociaux dont un des personnages fait le portrait (et dont l’enfant porte le même prénom que mon fils ^^) ?

Alors j’aimerais avoir d’autres avis sur ce livre. Et en tout cas, cette réserve ne gâche aucunement le plaisir de lecture. J’ai donc déjà fait lire ce livre (à un ami de mon âge qui partage les mêmes réserves) et je le conseillerai vivement, autant à des jeunes qu’à des adultes !

Et décidément, je suis bien fan des dernières publications de la collection Exprim de chez Sarbacane, entre les deux romans de Marion Brunet, Dysfonctionnelle d’Axl Cendres et les petites reines de Clémentine Beauvais qui va, je l’espère, bientôt avoir droit à un article !

Petit bilan de lectures d’été

J’avais prévu bien sûr trop de livres à lire cet été, mais j’ai trouvé le temps de lire pas mal finalement (8 romans ado en août !). Je n’aurai jamais le temps de faire un vrai article sur chaque lecture, mais je voulais en parler un peu quand même, donc voilà des mini-chroniques de quelques unes de ces lectures. Un peu de tout les genres, seul point commun : ce sont tous des romans ados ou young adult.

Red rising et Golden son de Pierce Brown (Hachette, 2015 et 2016)

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Dans une société très codifiée, où l’essentiel de la population travaille comme des esclaves pour les Ors, Darrow est un Rouge, un membre de la caste la plus basse. Mais il réussit à infiltrer les Ors et est bien décidé à venger la mort de sa femme, Eo.

De la dystopie young adult très classique : un jeune qui va, à lui seul, remettre en cause l’équilibre d’une société totalitaire. On se croirait parfois dans Hunger Games, avec des jeux cruels à remporter absolument. Une série sans grande originalité donc, mais prenante, sans temps morts, avec des retournements de situation, de nouvelles alliances et des trahisons presque à chaque chapitre… Et qui plaira beaucoup aux amateurs du genre. Le tome trois, Morning star, est sorti en mai.

 

Les mystères de Larispem, 1 : le sang jamais n’oublie de Lucie Pierrat-Pajot (Gallimard, 2016)

mystères de larispemEn 1899 dans la cité-Etat de Larispem (qui s’appelait jadis Paris), les bouchers constituent la caste dominante, Jules Verne le modèle de toute une société et les anciens nobles sont pourchassés, suite à la deuxième révolution. Des festivités sont organisées pour le passage à l’an 1900, mais une société secrète menace la population. On suit Liberté, mécanicienne de génie, Carmine, apprentie bouchère et Nathanaël, orphelin, dans cet univers.

J’ai choisi ce roman parce qu’il a eu le prix du premier roman jeunesse de Gallimard jeunesse, Télérama et RTL, qu’avait eu les fiancés de l’hiver l’année dernière ! Et j’ai adoré l’ambiance rétro-futuriste de ce roman. La description de la capitale, de son fonctionnement, les variations par rapport à l’Histoire, la transformation des bâtiments que l’on connait, une écriture très visuelle. Mais j’ai été un peu frustrée : l’intrigue met du temps pour se mettre en place et… le roman s’achève quand l’action commence vraiment ! Alors je conseillerai vivement ce livre… quand la suite sera sortie !

A noter parce que c’est (trop) rare : une des héroïnes de ce roman est noire.

 

Ma fugue chez moi de Coline Pierré (Rouergue, 2016)

ma fugue chez moiAnouk, 14 ans décide de fuguer. Mais après une demi-journée dans le froid, elle rentre et se cache dans le grenier. Elle va donc vivre dans sa propre maison à l’insu de sa famille, qui la cherche.

Je trouve les photos de couverture des romans du Rouergue très chouettes en ce moment.

J’ai beaucoup aimé le début de ce roman, l’idée de départ et le vécu de cette jeune-fille, entre organisation pratique, sensation de liberté et culpabilité d’entendre sa famille s’inquiéter. J’ai cependant été déçue par la fin, que j’ai trouvé beaucoup trop « facile » et un peu pleine de bons sentiments. J’avais eu un peu la même impression de la folle rencontre de Max et Flora que Coline Pierré a écrit avec Martin Page.

 

Une histoire de sable de Benjamin Desmarès (Rouergue, 2016)

une histoire de sableUne adolescente trainée par ses parents dans une station balnéaire en plein hiver s’apprête à vivre des vacances particulièrement ennuyeuses. Jusqu’à ce qu’elle rencontre Alain et Bruno, deux jeunes aux prénoms et à l’allure démodée, toujours sur le porche de leur maison.

Là encore, la couverture m’a fait envie ! Et puis j’ai lu deux bonnes critiques dans télérama et chez Bob et Jean-Michel.

Et j’ai été assez emballée par ce titre. Par cette adolescente qui a bien du mal à gérer ses émotions, qui rejaillissent sur son entourage mais aussi sur le décor qui l’entoure. Par le mystère qui s’invite peu à peu dans l’histoire. Par le côté fantastique jamais lourd. Par le fait que le roman prenne son temps (après tout, qu’y a-t-il d’autre à faire, au bord de la mer en plein hiver, que de compter les grains de sable ?), garde une part de mystère. La chute qui a en partie heurté mon côté féministe (je ne peux pas en dire plus sans trop dévoiler de l’intrigue) n’a pas gâché une impression de lecture extrêmement positive.

 

De chouettes lectures, donc ! Je suis contente d’avoir réussi à me remettre à lire, et j’espère bien continuer et trouver le temps de vous en parler ! Les chroniques de romans seront donc peut être un peu plus nombreuses dans les temps qui viennent…

Lectures d’été

Récemment (enfin presque), sur instagram, @annelefevre me demandait une liste de livre à lire sur la plage. J’étais un peu embêtée. Déjà parce que 90% de mes lectures sont des romans pour ados et même si je milite pour en faire lire aussi aux adultes, je ne les conseille pas de la même manière. Et puis parce que j’ai très très peu lu cette année, et que j’ai donc peu de livres “validés” à conseiller.

En revanche, j’ai… quelques envies de lecture pour moi.

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Comment ça c’est trop pour 15 jours de vacances en famille ?

Alors j’ai décidé de faire un article mélangeant conseils à partir de mes lectures mais aussi à partir de mes envies ! Allons-y par genre.

Littérature générale

J’aime beaucoup, en ce moment, ce que fait la collection X’ de chez Sarbacane. C’est une collection pour (grands) ados, mais j’y pioche souvent aussi dans mes conseils pour les adultes. J’ai eu récemment un gros coup de coeur pour Dysfonctionnelle d’Axl Cendres. C’est à la fois complètement loufoque et réaliste. A la fois hilarant et triste. A la fois léger et grave. Doux-amer. Sans que l’un l’emporte sur l’autre. Et sans jamais que ça paraisse fabriqué. (oui, je m’autocite. C’est pour avoir une chance de publier cet article avant de partir).

J’ai adoré le premier roman que j’ai lu de Marion Brunet aussi, Frangine. J’avais adoré la délicatesse de son écriture et sa manière d’aborder avec tact un sujet d’actualité sensible. Et pour les vacances j’ai craqué pour son dernier, dans le désordre. L’histoire d’une bande de jeunes gens engagés, entre manifs et vie en squat. Une histoire d’engagement et une histoire d’amour. Là encore, on retrouve une actualité brulante, je trouve.

dans le désordre

Et toujours dans les “envies” dans cette collection, je ne vous ai pas encore parlé des petites reines de Clémentine Beauvais, mais j’ai beaucoup aimé, et j’attends avec impatience son roman qui sort fin août, songe à la douceur, écrit uniquement en vers.

Fantasy

Que celles et ceux qui ne l’ont pas encore lu se réjouissent, ils vont découvrir un bijou. La série la passe-miroir de Christelle Dabos.

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J’ai lu le tome 2 récemment, et comme pour le tome 1, j’ai été emportée, j’ai vibré, je l’ai dévoré et j’attends avec la plus grande impatience le tome 3.

Je l’ai fait lire à des ados, à des adultes, à des gens qui n’aiment pas la fantasy… Tous l’ont adoré. Lancez-vous sans crainte !!

Je l’ai découvert dans un article de télérama, parce qu’il avait gagné le concours du Premier Roman Jeunesse organisé par Gallimard Jeunesse, Télérama et RTL. Du coup, j’ai prévu de lire cet été le gagnant de l’édition suivante, les mystères de larispem de Lucie Pierrat-Pajot, dont l’ambiance rétro-futuriste m’attire beaucoup.

mystères de larispem

Science-fiction

J’en lis peu. Je peux cependant vous conseiller deux livres dans des univers très différents.

Silo de Hugh Howey. ““Dans un futur postapocalyptique indeterminé, une communauté d’hommes et de femmes a organisé sa survie dans un silo souterrain géant. Du monde extérieur, devenu hostile, personne ne sait rien, sinon que l’athmosphère y est désormais irrespirable”. J’ai prévu de lire le tome 3 cet été, n’hésitez pas à vous lancer dans cette trilogie très prenante. Si vous aimez les pavés (chaque tome fait au moins 600 pages).

Des fleurs pour Algernon de Daniel Keyes, dont la lecture m’a beaucoup marqué. Deux savants ont mis au point un traitement qui décuple l’intelligence, ils le testent sur une souris, Algernon. Devant le succès, ils décident d’appliquer leur découverte sur Charlie Gordon, handicapé mental. L’opération ne va pas le rendre subitement intelligent, mais va lui permettre de progresser, d’apprendre très rapidement. Et il va écrire son journal.

Policier

Bizarrement, rien de prévu dans ce genre là, alors que j’en ai lu énormément à une époque. Sans doute parce que mon père n’est plus là pour m’en conseiller. Mais je sais que si j’ai envie de polar prenant et vite lu, je pioche chez Michael Connelly. Et si j’ai envie de quelque chose de plus profond/riche, je pioche chez Dennis Lehane. Actuellement, j’ai très envie de relire un dernier verre avant la guerre et le reste de la série où enquêtent Kenzie et Gennaro, que j’ai lu ado.

Essai

Là, c’est le côté féministe qui ressort !

Femmes qui courent avec les loups de Clarissa Pinkola Estés : “Chaque femme porte en elle une force naturelle, instinctive, riche de dons créateurs et d’un savoir immémorial. Mais la société et la culture ont trop souvent muselé cette « Femme sauvage », afin de la faire entrer dans le moule réducteur des rôles assignés. Psychanalyste et conteuse, fascinée par les mythes et les légendes, auteur également du Jardinier de l’éden, Clarissa Pinkola Estés nous propose de retrouver cette part enfouie, pleine de vitalité et de générosité, vibrante, donneuse de vie.”

C’est un cadeau qui m’a beaucoup touché, et le fait qu’elle raconte et analyse de nombreux contes m’attire énormément. Je ne suis pas certaine d’adhérer à tout, mais j’ai hâte de m’y plonger.

Les mots des mères du XVIIe siècle à nos jours d’Yvonne Knibiehler et Martine Sagaert, je l’ai bien sûr acheté en pensant à Maternités Féministes. J’aime l’idée qu’on s’intéresse à ce que les femmes ont écrit sur la maternité et qu’elles s’intéressent à l’époque contemporaine et pas seulement à l’histoire. Je sens que ce livre va beaucoup m’enrichir.

Bonne lecture ! Moi si j’arrive à en lire 3 je serai déjà contente !!!

Dysfonctionnelle d’Axl Cendres

Moi qui essaye de ne pas acheter de romans ado, je n’ai pas respecté ma “règle” à Montreuil et craqué pour ce roman qui me faisait de l’oeil depuis un moment, entre autres grâce à cette excellente critique de Bob et Michel.  Et le moins qu’on puisse dire, c’est que je ne regrette pas d’avoir craqué.

dysfonctionnelle

Fidèle, dite Fifi, raconte sa vie dans une famille dysfonctionnelle : son père finit régulièrement en prison et sa mère est très fragile psychologiquement, au point d’être régulièrement internée. Elle grandit “au bout du monde”, un bar de Belleville dans une tribu de 6 enfants pour le moins originale. Mais ses capacités scolaires et sa “mémoire photographique” vont la conduire dans un lycée des beaux quartiers dont les élèves, “où les élèves s’appelaient Augustin, Eléonore ou Apolline”. Deux mondes différents pourtant séparés seulement par quelques stations de métro. Elle va y rencontrer Sarah…

Ce roman réussit des grands écarts avec brio. C’est à la fois complètement loufoque et réaliste. A la fois hilarant et triste. A la fois léger et grave. Doux-amer. Sans que l’un l’emporte sur l’autre. Et sans jamais que ça paraisse fabriqué. Ce livre m’a fait rire et mis les larmes aux yeux. C’est une histoire de famille, une histoire d’amour, un roman d’apprentissage, tout cela à la fois.

Difficile de trouver un extrait en particulier. C’est un roman qui nous happe et qu’on lit d’une traite. Un roman qu’on trouve trop court, parce qu’on aurait envie de lire la vie détaillée de chacun des personnages, d’en savoir plus, de rester un peu plus parmi eux.

Il m’a fait penser à la saga des Malaussène de Pennac, que j’ai tellement aimé : le même quartier à la même époque, une famille nombreuse et dysfonctionnelle, une mère absente même quand elle est là, une fratrie soudée, de l’humour… Tout en en étant bien différent. On garde malgré tout l’idée ici d’une vie si ce n’est réelle (le roman serait en partie inspiré de la vie de l’auteure), au moins crédible.

Ce roman rappelle aussi l’importance de ne pas enfermer les gens dans des cases. Qu’on peut adorer le musée d’Orsay et chanter Johnny Halliday. Qu’aussi brillant qu’on soit scolairement, il faut trouver sa voie et pas celle qui serait la voie à suivre.

“Tu habites à Paris et tu n’es jamais allée au Louvre ?!!!”

“Et alors ? Y’a des gens qui habitent Paris et qui n’ont jamais été à Belleville !”

Bref, c’est un énorme coup de coeur, lisez-le !

Mes découvertes du salon de Montreuil

Après mon article sur ma visite du salon, voici un article sur mes coups de coeurs et mes envies. J’en avais repéré certains sur des blogs et j’ai enfin eu l’occasion de les feuilleter. D’autres sont de vraies découvertes et coups de coeur.

J’en avais déjà montré certains sur twitter, mais j’avais envie de les réunir ici.

 

  1. Une hirondelle d’Anouk Boisrobert et Louis Rigaud (Helium), ou deux crevettes ou trois fourmis, chez Helium. Parce que ce sont des livres de coloriage absolument magnifiques, à tel point qu’ils méritent d’être exposés avant même d’être coloriés ! A découvrir ici.
  2. Une cuisine du monde pour les bébés d’Anne Kerloc’h, Judith Gueyfier et Zau (Rue du monde), les recettes font envie, et les illustrations sont sublime. A découvrir ici.
  3. Image extraite du précédent
  4. Petits d’Alain Serres et Julia Chausson (Rue du Monde). J’adore les gravures de Julia Chausson et cet album (qui date de 2009) est plein de tendresse.
  5. U4 de Florence Hinckel, Vincent Villeminot, Carole Trébor et Yves Grevet (Syros). 4 tomes à lire dans l’ordre que l’on veut, 4 héros adolescents qui se donnent RDV à Paris, après une épidémie, 4 très bons auteurs…Voilà la série ado que j’ai envie de découvrir en ce moment !
  6. Cinq minutes et des sablés de Stephane Servant et Irène Bonacina (Didier jeunesse). Une vieille dame reçoit la visite de la mort. Elle est d’accord pour partir, mais avant, on peut bien prendre 5 minutes, le temps de faire des sablés ! J’aime la plume de Stephane Servant (plus accessible ici qu’elle ne l’est généralement), l’histoire rappelle un peu Bonjour Madame la mort, les illustrations apportent de la légèreté.  A découvrir ici.
  7. Le plouf de Guillaume Olive et He Zhihong (éditions des éléphants). De plus en plus d’animaux fuient après un bruit effrayant (vraiment ?) entendu par le lapin. Un album à accumulation aux illustrations très mignonnes, qui plaira beaucoup aux petits. A découvrir ici.
  8. Cité Babel de Pascale Hédelin et Gaëlle Duhazé (éditions des éléphants). Dans cet immeuble vivent une famille juive, une famille chrétienne, une famille musulmane. Au rez-de-chaussée, l’épicier est athée.  Un livre sur la pratique quotidienne des religions, sur les coutumes et les fêtes… Un éloge du vivre-ensemble et de l’ouverture aux autres. Je trouve ça juste indispensable actuellement (et pas que pour les enfants d’ailleurs). Je n’ai pas eu l’occasion de le lire encore, mais s’il est à la hauteur de ses promesses, c’est pour moi l’indispensable de ce salon. A découvrir ici.
  9. Léon, le collectionneur de collection de Jessica Lisse (L’initiale). De l’humour, des illustrations très chouettes et une invitation à découvrir le monde. A découvrir ici
  10. Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ? de Tim Warnes et Tracey Corderoy (Mijade). Parce que “pourquoi ?” est, comme je l’expliquais ici, le mot préféré du magicien, et que ce livre m’a fait rire. Dans la même série, on trouve Non ! et Encore ! qui sont sympas aussi !
  11. Les derniers romans de la collection EXPRIM’ (Sarbacane) me font décidément de l’oeil en ce moment ! (et c’est sans compter le nouveau Marion Brunet qui vient de paraître). J’ai entendu énormément de bien des petites reines de Clémentine Beauvais (si vous ne lisez pas son blog, il faut vite réparer ça !). Et j’ai craqué au salon pour Dysfonctionnelle d’Axl Cendres et c’est un gros coup de coeur. Je vous en parle très vite (en attendant, un bel article ici), mais disons qu’au bout de deux chapitres, j’avais déjà ri et eu les larmes aux yeux.
  12. Devine : à quoi on joue ? de Claire Dé (Les grandes personnes). Un cartonné pour tout-petits. Claire Dé est une artiste qui prend les tout-petits au sérieux. Elle leur propose de vrais livres d’art. Ici, une variation autour de 10 doigts qui jouent, se déguisent, se cachent au milieu d’objets. Quelques images ici.
  13. Ce n’est pas très compliqué de Samuel Ribeyron (Hong Fei Cultures). Un bel album sur la vie intérieur, avec de superbes illustrations. A découvrir ici et .
  14. Quel bazar ! de Christian Voltz (Rouergue). Du bazar, des objets de la vie quotidienne qui s’accumulent, des onomatopées, et un forme qui se dégage finalement… Il doit être très sympa à lire à des petits celui-là ! A découvrir ici.
  15. Maman renard d’Amandine Momenceau (l’Agrume). Une maman renard a perdu ses petits et les cherche dans la neige. Beaucoup de douceur et des superbes découpes. A découvrir ici.

Et Elise a aussi fait plein de chouettes découvertes, elle vous en parle ici !

Cadeaux de Noël : des livres pour les 8-16 ans

Après des idées de livres à offrir aux petits, voilà des idées de cadeaux pour les plus grands ! Cette année j’ai lu beaucoup moins de romans jeunesse que les années précédentes, mais j’ai quand même quelques perles à conseiller !

A un enfant de 8 ans, j’offrirais :

même les princesses doivent aller à l'école

Même les princesses doivent aller à l’école de Susie Morgenstern à l’école des loisirs (5,10€. Existe aussi en texte lu à 9,70€)

Parce que je l’ai redécouvert en préparant une série d’article sur les princesses sur Fille d’Album, et qu’il est plein d’humour et que Susie Morgenstern est une auteure géniale.

A un enfant de 9 ans, j’offrirais :

sacrées sorcières

Sacrées sorcières de Roald Dahl, chez Gallimard Jeunesse (8,20€. Existe aussi en texte lu à 20,20€).

Parce que Roald Dahl est un incontournable en littérature jeunesse, et que celui-ci est mon préféré : du fantastique, de l’humour, de l’aventure, du suspens…

A un enfant de 10 ans, j’offrirais :

Wifi-génie

Wifi-génie de Luc Blanvillain chez Scrineo (10,90€)

Parce que la plume de Luc Blanvillain est toujours un régal. J’en parlais ici.

A un enfant de 11 ans, j’offrirais :

victoria rêve fombelle

Victoria rêve de Timothée de Fombelle chez Gallimard Jeunesse (13,50€ ou 5€ en poche. Existe aussi en texte lu à 12,90€)

Pour la plume de Fombelle, pour la déclaration d’amour à la lecture et à l’imagination. J’en parle en détails ici.

A un ado de 12 ans, j’offrirais :

quête d'ewilan

D’un monde à l’autre, le premier volume de la quête d’Ewilan chez Rageot (12,50€ ou 7,60€ en poche)

Je crois que c’est LE livre que je conseille le plus à la bibliothèque. Parce qu’il permet d’entrer dans un univers de fantasy très intéressant, que j’adore l’importance accordé à l’imagination, que les personnages (en particulier féminins) sont bien construits. Qu’une fois qu’on a commencé, il est difficile de décrocher. Et parce que comme il y a 9 tomes en tout (3 trilogies), c’est aussi un cadeau tout trouvé pour les fois suivantes !

A un ado de 13 ans, j’offrirais :

miss charity

Miss Charity de Marie-Aude Murail et Philippe Dumas à l’école des loisirs (25,20€).

Parce que Marie-Aude Murail (oui, c’est un argument qui se suffit à lui-même). Et ne vous inquiétez pas pour l’épaisseur du livre, il est richement illustré. Pour l’Angleterre victorienne, pour le personnage de femme libre, inspiré de Beatrix Potter.

A un ado de 14 ans, j’offrirais :

combat d'hiver

Le combat d’hiver de Jean-Claude Mourlevat chez Gallimard Jeunesse (15,50€ ou 6,70€ en poche).

J’en parle en détails ici.

A un ado de 15 ans, j’offrirais :

fiancés de l(hiver Dabos

Les fiancés de l’hiver, le premier volume de la passe-miroir de Christelle Dabos chez Gallimard Jeunesse (18€).

Mon dernier gros, énorme coup de coeur en roman ado. J’en parle en détails ici.

A un ado de 16 ans, j’offrirais :

le choix frappier

Le choix de Désirée et Alain Frappier chez La ville brûle (15€).

Dans cette BD, en partie autobiographique, Désirée Frappier parle du désir (ou non) d’enfant, de l’IVG si difficilement obtenu et qui reste à défendre, de contraception, de la France dans les années 70 et aujourd’hui, du MLAC, du fait de vivre quand on n’a pas été désirée… Une BD riche, engagée, très dure parfois, nécessaire je pense. Et qui s’adresse autant aux (grands) ados qu’aux adultes.

Voilà pour cette année !

Vous pouvez trouver d’autres idées de cadeaux dans mes sélections de 2012 et 2013 ! Et bien sûr dans les autres livres du blog, qui sont répertoriés par âge, ici pour les enfantslà pour les ados. Je vous conseille également le webzine de La Mare aux mots, le pavé de la mare.

Quant à moi, j’essaye de revenir bientôt sur le blog, mais la fin d’année s’annonce bien chargée, mes enfants sont malades et je suis crevée, donc je ne vous garantis pas de revenir avant 2016 ! Mais je pense à vous et il y a plein de choses que j’ai envie de vous raconter !