Que garder de l’éducation que m’ont donné mes parents ? les valeurs

Il y a quelques jours temps*, avec une amie, nous avons parlé de l’éducation que nous ont donné nos parents.

* Cet article a été laissé de côté, retravaillé, modifié, pendant pas mal de temps, il y a donc un léger décalage !

Forcément, devenir mère, ça pousse à s’interroger sur l’éducation qu’on a nous-même reçu. Je dois dire que je suis plutôt heureuse de l’éducation que m’ont donné mes parents, même si bien sur tout n’était pas parfait, et que je serais plutôt fière de moi si je réussis à faire “aussi bien” avec mon fils. Ca peut sembler un peu prétentieux de dire “j’ai été bien élevée”. Mais quand je nous regarde, mes frères et moi, au début de l’âge adulte, je me dis qu’on est tous les trois très différents, mais qu’on a tous réussi à construire une vie qui nous convient, qu’on est plutôt heureux en ce moment, malgré une certaine fragilité qui nous caractérise tous les trois et avec laquelle on doit composer.

Même si, bien sûr, il y a des choses que je voudrais faire différemment.

Dans l’organisation de la famille :

  • Ne pas faire tourner toute sa vie autour de ses enfants* mais entrainer ses enfants dans sa vie.

Mes parents nous ont toujours beaucoup trimballé. Bébé, ils m’emmenaient à toutes les soirées, et me couchaient parfois dans la baignoire. Avant deux ans, j’avais visité la Roumanie, Istambul et la Toscane. Je ne veux pas renoncer à ce qui me plait pour tout faire tourner autour de mon fils. Alors je l’entraine dans les cafés pour boire un thé avec une amie, j’assume quand on me regarde de travers parce que je suis dans le métro avec mon fils à minuit, nous sommes partis quelques jours en week end dans les chateaux de la Loire et notre rythme de visite a été le même qu’avant. Mais je sais quand même qu’il faut qu’on fasse attention à ne pas trop forcer sous peine de nous épuiser.

* Je tiens à préciser ici que si je parle au pluriel, c’est que mes parents avaient trois enfants (mon père en a même eu un quatrième!) et pas parce que moi, j’en aurai forcément plusieurs…

  • Garder une vie de couple.

Par exemple, mes parents partaient en voyage en amoureux, 15 jours, tous les ans. On a laissé le magicien une soirée pour aller faire la fête quand il avait trois mois. On a cependant un peu du mal à le laisser régulièrement, mais c’est un sujet dont on se préoccupe, on essaye d’avoir au moins un vrai moment à deux tous les jours, quand le magicien dort, où on parle de nous et pas seulement de choses matérielles ou du magicien.

Dans la relation avec notre enfant :

  • Faire confiance.

Assez jeunes, nos parents nous ont fait confiance. Pour notre travail scolaire qu’ils n’ont jamais contrôlé. Pour nos sorties qu’ils nous ont laisser gérer. Pour gérer un budget, même si c’était adapté à l’âge de l’enfant (quand j’avais 10 ans, par exemple, c’était à moi de payer mes tickets de bus). Bien sûr, il y avait des limites mais là encore ils nous faisaient confiance pour les respecter. (A noter quand même que ça a été plus facile avec moi qui ai toujours été très raisonnable qu’avec mon frère, beaucoup plus rebelle ^^).

  • Laisser mon fils gérer sa scolarité.

Mes parents considéraient que c’était à nous de prendre les décisions importantes concernant notre scolarité. Même s’ils étaient bien sur là pour nous aider. Je me revois encore, quand j’ai sauté une classe (je suis passée du CE1 au CE2 en cours d’année), faire des listes de “pour” et de “contre” avec ma maman (les arguments concernaient beaucoup plus mes copines que les apprentissages scolaires ^^) et prendre la décision finale. Même chose pour le choix des options au lycée (oui, j’ai vraiment choisi, moi, de faire du grec ancien), pour le choix de la filière, des études…

C’était également à nous de gérer notre travail scolaire. Ils intervenaient si on demandait de l’aide, mais c’était tout. Ils n’ont jamais surveillé nos devoirs ou notre cahier de textes.

J’ai cependant conscience que ça a été facile avec moi parce que j’étais naturellement quelqu’un de studieux et le système scolaire me convenait bien. J’avoue être assez inquiète à l’idée que ce ne soit pas le cas de mon fils. Parce que si ce n’est pas le cas, je ne suis pas sûre d’être capable de réagir comme il le faudrait, de trouver le bon équilibre entre encouragements, soutien, autonomie…

Dans la découverte du monde extérieur :

  • Ouvrir les enfants au monde.

Dès que nous avons été en âge d’en profiter tous les trois, mes parents nous ont emmené en voyage (ou nous on permis de voyager seul en participant au financement d’autres voyages). De la 6e à la terminale, nous sommes partis à l’étranger au moins une fois par an. Plusieurs de ces voyages m’ont profondément marqués. La Grèce quand j’avais 15 ans, une révélation pour une future étudiante en lettres classiques. Ils nous ont aussi montré la réalité, même difficile, des pays visités. Le bidonville de Soweto en Afrique du Sud. Mostar, en Bosnie, avec les impacts de balles, les immeubles détruits, les cimetières avec ces jeunes tous morts la même année…

Mais même sans partir à l’autre bout du monde… J’ai grandi dans un quartier très métissé. A l’école, en CM2, j’étais la seule à avoir 4 grands parents français. Ceux de mes camarades de classes venaient des quatre coins du monde. J’ai découvert les patisseries arabes et les “délice coco” quasiment en même temps que les pains au chocolat. Actuellement, nous vivons avec le magicien dans un quartier également très métissé, dans ma rue on trouve aussi bien des épiceries ou des restos chinois, turcs, indiens, français, halal… A la boulangerie, les gateaux arabes cotoient les baguettes. J’adore cet endroit (qui est en plus beaucoup moins rude que le quartier où j’habitais petite). Je ne sais pas si le magicien y grandira vraiment ou si on aura déménagé avant qu’il soit en âge de se rendre compte, mais en tout cas j’espère vraiment qu’on retrouvera un endroit comme celui-là.

  • Leur apprendre la tolérance, l’ouverture à la différence.

Je pense que le fait de cotoyer des gens différents y contribue grandement. Je me souviens bien d’une conversation avec mon père. Je devais avoir une dizaine d’année. Il m’avait expliqué qu’il est plus facile d’aller vers ce qu’on connait, qui est comme nous. Qu’être tolérant, ouvert aux gens extérieurs, ce n’était pas un était (“je suis tolérant”) c’était un effort à faire, un travail sur soi, qu’il fallait toujours se remettre en question et réflechir. Cette conversation m’a beaucoup marqué et je pense qu’elle m’aide encore aujourd’hui, au quotidien.

  • Leur transmettre une certaine vision de la société.

Je viens d’une famille de gauche, voire d’extrême gauche. Ils m’ont transmis une vision de la société que je voudrais défendre et transmettre à mon fils. Une certaine idée du service public, de l’école, du rôle qu’ils devraient avoir. L’importance de la solidarité. La défenses des droits des travailleurs. La prise de conscience des dangers du système actuel. J’avoue que si un jour, mon fils vote UMP, j’aurai l’impression d’avoir raté quelque chose.

  • Leur apprendre l’engagement.

J’ai eu de grandes discussions avec plusieurs personnes à ce sujet au moment des manifestations autour du mariage pour tous et du fait qu’on y voyait de nombreuses familles. Beaucoup critiquaient “l’instrumentalisation des enfants”. Et je ne suis pas vraiment d’accord avec eux. Mes parents nous emmenaient régulièrement quand ils allaient manifester. Je me souviens en particulier des manifestations contre le plan Juppé en 1995 (c’est d’ailleurs le plus ancien souvenir de mon petit frère, qui avait 3 ans à l’époque ^^). En dehors des considérations pratiques (faire grêve et donc être privé d’une journée de salaire + payer une baby sitter pour aller manifester, c’est difficile quand on n’a pas un salaire mirobolant), c’était un moyen pour eux de nous montrer qu’il fallait se battre pour défendre sa vision de la société.

Je ne me considère pas vraiment comme engagée. Enfin, si, par mon travail, mais ce n’est pas vraiment la même chose. Je ne suis pas militante dans une association ou dans un parti politique. Mais j’estime important, de temps en temps, de sortir de mon train-train pour défendre quelque chose qui me tient à coeur. Récemment, c’était aller manifester pour le mariage pour tous. Je pense que je tiens ça de mes parents et je voudrais le transmettre à mon fils.

Je vais faire une petite pause dans mon roman, dans les semaines qui viennent, je vous parlerai aussi de goûts, peut être un peu de méthodes d’éducation, et aussi ce que je ne veux surtout pas garder de l’éducation de mes parents !

Besoins, envies, pleurs… Comment gérer tout ça ?

Jusqu’à récemment, ma position par rapport aux pleurs de mon fils était parfaitement claire. Un bébé pleure pour exprimer un besoin : manger, être changé, dormir, téter, se promener… Besoin de ses parents, d’un câlin, de contact… Il était donc hors de question pour moi de le laisser pleurer, évident qu’il fallait chercher à répondre à ce besoin ou à accompagner bébé dans un moment difficile pour lui (coliques, pleurs du soirs…).

D’autant plus que c’était, chez nous, plutôt facile. Le magicien est un bébé qui pleure peu et qui généralement s’apaise rapidement. (Ce qui ne veut pas dire que je ne me suis pas parfois retrouvée avec un bébé qui hurlait et que je n’arrivais pas à calmer, dans un état pas possible… mais il faut reconnaître que c’est plutôt rare).

Et là, patatras, les questions surgissent.

Peut être en partie parce que j’ai eu plusieurs réflexions de mes proches. Deux dans la même journée, même, à base de “si tu le prends dans les bras à la seconde où il le demande, tu vas finir par te faire bouffer”. Jusque là, je n’avais aucune difficulté à laisser passer leurs réflexions loin au dessus de ma tête et à faire les choses à ma manière, d’une part parce qu’elles étaient rares (j’ai la chance d’avoir une famille et une belle famille ouverte sur ces questions et surtout qui considèrent que c’est à moi de trouver ma voie avec mon fils, même si je sais qu’ils trouvent parfois que la voie que je choisis est un caprice de mère bobo-bio) et surtout parce que j’étais sûre de moi et au clair avec moi-même sur ces questions. Maintenant que ce n’est plus vraiment le cas, c’est plus compliqué.

Mais surtout parce que ces derniers temps, j’ai senti un changement de nature dans les besoins de mon fils. J’ai l’impression de voir émerger l’ENVIE de certaines choses.

Par exemple ces temps-ci, il a tendance à pleurer dès qu’on quitte son champ de vision. Ce qui n’était pas forcément le cas jusque là. Je me suis donc dis : “Ok, en ce moment il a besoin d’une plus grande proximité avec ses parents, on va lui donner ce dont il a besoin le temps que ça durera, et puis ça passera et je pourrai à nouveau prendre une douche tranquillement“. Mais… plusieurs fois, quand j’ai du le laisser (on a parfois besoin d’aller aux toilettes/chercher un truc), je me suis rendue compte qu’il pleurait au moment où je partais puis qu’il arrêtait… moins d’une minute plus tard parce qu’il avait trouvé plus intéressant à faire.

Dernier exemple, quand il est sur son tapis, que je suis à côté, et qu’il n’arrive pas à attraper un jouet, il pleure en me regardant et le message est très clair : donne le moi ! Pourtant, quand il est seul, il se débrouille très bien pour attraper ce qu’il veut et surtout ce qu’il ne devrait pas attraper, comme des aiguilles à tricoter ou la tablette de chocolat.

Autre exemple, il y a quelques jours, il était dans mes bras et il cherchait à attraper le clavier de mon ordi pour jouer avec, et quand je l’ai mis hors de portée, il s’est mis à hurler.

Je comprends qu’au moment X, il ressent le besoin que je reste avec lui/que je lui laisse le clavier de l’ordinateur/d’avoir ce jouet comme un besoin aussi important que ses besoins fondamentaux (être nourri, être propre, avoir suffisamment de contact avec ses parents…). Il n’empêche qu’à mes yeux de maman, ce n’est pas le cas et qu’on est dans le domaine de l’envie. Et que du coup je ne considère pas qu’il est nécessaire que j’y réponde de la même manière qu’à ses besoins.

Je précise que ce n’est pas pour autant que je pense que sa demande n’est pas légitime ou que c’est un caprice.

Ce n’est pas que je considère qu’il ne faut pas répondre aux envies d’un enfant et les satisfaire. Mais je pense qu’on n’est pas obligé d’y répondre systématiquement. Et je pense même qu’il n’est pas bon d’y répondre systématiquement. Je ne peux m’empêcher de m’inquiéter d’en faire un enfant pourri gâté en répondant systématiquement et immédiatement à ses demandes. Je pense même qu’avoir envie de certaines choses peut le pousser à faire des choses très positives. Par exemple je pense que l’envie d’un jouet un peu éloigné peut le pousser à apprendre à se déplacer.

Mais du coup, comment faire ?

J’en ai donc parlé à mon collègue (comme il a un fils de 3 mois de plus que le magicien et très souvent les mêmes idées que moi concernant les enfants, c’est en général à lui que je m’adresse quand j’ai des questions de cet ordre) et il m’a répondu “dans ce cas, il exprime sa frustration, il ne faut pas céder mais il faut accompagner cette émotion, lui expliquer, et ne pas chercher à minimiser ou à faire taire cette émotion”.

Passé ma première réaction (quoi, la frustration, déjà ? Bah on n’est pas sortis de l’auberge ! Je pensais que c’était à 18 mois ! Rendez-moi mon petit bébé!), j’ai trouvé ça plutôt intelligent. Ca peut sembler basique, mais je crois que j’avais besoin de l’entendre.

J’en ai ensuite parlé à mon homme (cet ordre peut sembler bizarre, mais mon homme se pose beaucoup moins de questions et est beaucoup plus instinctif concernant sa façon de s’occuper de son fils, du coup, je sais qu’il m’aurait répondu “fais comme tu le sens” ce qui ne m’aurait pas vraiment aidé à avancer).

Et on va faire de la façon suivante :

  • Continuer à répondre immédiatement à ses besoins.
  • Répondre à ses envies quand on est dispos pour le faire. Par exemple hier soir, il avait envie d’être assis et de se laisser tomber, puis qu’on le relève et qu’il recommence. Il râlait dès qu’on le laissait plus de 20 secondes allongé. On était dispos, c’était un de nos moments à trois, donc on l’a remis assis aussi longtemps qu’il le demandait.
  • Ne pas céder à ses envies quand on estime qu’il ne le faut pas, soit parce que c’est dangereux ou génant, soit parce qu’on n’est pas disponibles pour le faire, en lui expliquant : “papa prépare le repas, il ne peut pas te prendre dans les bras, tu restes encore un peu dans le transat” ou “Maman t’a pris le crayon avec lequel tu jouais parce que c’est dangereux, tu risques de te faire mal”.
  • Essayer de ne pas trop s’en vouloir quand on se plante, par exemple en pensant qu’il peut rester seul quelques instants et qu’il va vite se mettre à jouer, et qu’on retrouve au bout de deux minutes un bébé avec la lèvre qui tremble, les larmes qui coulent* et l’air d’être le bébé le plus malheureux du monde.

* Le coup des larmes, c’est tout nouveau. Jusque là, il n’avait pas de larmes quand il pleurait. Et ça a le don de nous bouleverser complètement !

J’ai fait commander “au coeur des émotions de l’enfant” de Filliozat dans la bibliothèque dans laquelle je travaille, je ne sais pas si j’attends qu’il soit dispo où si je passe l’acheter, mais je me dis qu’il faut vraiment que je le lise !

En attendant, j’attends vos remarques et vos conseils ! Vous avez vu le passage besoin/envie ? A quel âge ? Des idées, des pistes ?