L’allaitement, la puce et moi

Celles et ceux qui me lisent depuis longtemps savent que je n’ai pas allaité le magicien. Et ça nous a très bien convenu, à tous les trois.

Pourtant, j’ai eu envie d’allaiter ma fille.

Et j’ai mis du temps à comprendre pourquoi. Mais je crois que j’étais tellement proche de mon fils que j’avais peur de ne pas laisser assez de place à cette petite puce qui allait arriver, et que j’avais envie de quelque chose que je ne partagerais qu’avec elle.

Et puis avec une grossesse un peu difficile, j’avais envie de sentir que mon corps était quand même bon à quelque chose, et que s’il n’avait pas pu la porter dans de bonnes conditions (même si ça a sans doute été plus difficile pour moi que pour elle…) il allait pouvoir la nourrir.

Depuis ma première grossesse, j’avais vu des amies allaiter. J’ai lu des choses sur l’allaitement, assisté à un cours sur l’allaitement avec ma sage-femme et discuté avec des amies qui avaient allaité. Je me sentais donc plutôt en confiance, même si je savais que ça allait être compliqué.

La puce a pris le sein bien volontiers peu après sa naissance.

Le début de l’allaitement n’a pas été évident. J’avais déjà expérimenté les crevasses avec le magicien, elles ont fait leur apparition avec la puce au bout de 12 heures. Puis la montée de lait qui compliquait les choses. J’ai fait attention à la position, mais je savais aussi, cette fois, que dans certains cas même avec un bébé dans la bonne position, on a des crevasses et il faut attendre en serrant les dents que ça passe. C’est ce qui s’est passé pour moi, cette fois j’avais vraiment envie d’allaiter donc la douleur ne m’a pas fait renoncer. Je me suis accrochée et au bout de 15 jours ce n’était plus qu’un mauvais souvenir.

Et puis il y a eu ce moment, 3 jours après sa naissance. En pleine montée de lait, la puce n’arrivait pas à prendre le sein correctement, s’énervait, moi j’avais mal. Je l’ai alors prise dans mes bras pour lui expliquer que c’était difficile pour elle comme pour moi, qu’on débutait toutes les deux mais qu’on allait y arriver ensemble. Elle a ensuite pris le sein sans problème. Et j’ai senti une énorme bouffée d’amour, de celle qui font dire qu’on va y arriver ensemble pour l’allaitement, et pour la vie aussi. C’est à ce moment là que je me suis vraiment sentie mère de cet adorable bébé.

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Une semaine après la sortie de la maternité, les choses commençaient à se mettre en place. Je me sentais en confiance. Jusqu’à une pesée à la PMI, et le verdict “la puce n’a pas pris de poids depuis la sortie de la maternité”. Il a donc fallu la faire peser tous les jours, pour voir comment ça évoluait. Et si j’ai eu quelques conseils de bon sens, et que la puer de la PMI a toujours été encourageante, il a fallu faire avec le fait que les gens sont souvent mal formés à l’allaitement et qu’on a conseillé tout et son contraire : tirer mon lait/non ça sert à rien, donner des compléments à la fin d’une tétée/en plus d’une tétée, proposer souvent/espacer les tétées… Jusqu’au moment où j’en ai eu marre : j’ai profité de 4 jours sans pesées grâce à un pont et décidé de tout envoyer balader et de faire comme je le sentais “si dans 4 jours, elle a pris du poids on continue comme ça, sinon, on passe au biberon”. Et la puce a pris presqu’un kilo en une semaine !

L’allaitement était bien en place, et ça a été vraiment du bonheur jusqu’à ma reprise du travail. Elle tétait à la demande, efficacement et rapidement donc je n’avais pas l’impression de faire que ça, les tétées étaient des moments juste pour nous deux, la vie était douce. J’adorais la voir téter.

J’étais fière que mon corps produise de quoi la nourrir, aussi, je crois. D’avoir quelque chose que j’étais la seule à pouvoir lui offrir.

Et puis en septembre, j’ai repris le travail. Je n’avais pas envie de la sevrer aussi vite, donc j’avais prévu de passer à l’allaitement mixte, en tirant mon lait une fois par jour au boulot pour maintenir la lactation et en complétant avec du lait maternisé si besoin. Ca me semblait simple. Je ne savais même pas qu’un bébé allaité pouvait trouver difficile de passer au biberon. Et puis… à partir du jour où j’ai repris le travail, la puce n’a jamais accepté un biberon. Même si ça durait des heures. L’amoureux a tout essayé. La puce hurlait. Je culpabilisais. On jetait le lait que je tirais. Je faisais des allers-retours en courant du boulot pour lui donner à manger. Elle rattrapait la nuit en tétant souvent, j’étais épuisée. Alors on a cessé de lutter et décidé de faire avec. On l’a diversifié plus vite que prévu, on a rajouté des laitages pour qu’elle ait quelque chose dans le ventre. Je rentrais le midi pour lui donner à manger. Et le reste de la journée, elle se débrouillait sans.

Les tétées étaient toujours de chouettes moments entre elle et moi. Des moments qu’on attendait toutes les deux avec impatience. Des moments câlins, des moments de pause. J’ai adoré la voir grandir au sein. Voir la manière dont elle cherchait le sein quand je l’installais pour une tétée. Voir qu’elle savait précisément ce dont elle avait envie.

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Mais c’était contraignant, j’avais le sentiment de courir en permanence. J’étais épuisée. Alors en janvier, on a décidé de la sevrer la nuit et de supprimer la tétée du midi. J’ai conservé trois tétées par jour (le soir au coucher, en fin de nuit et le matin juste avant de partir au boulot). Plus vraiment un allaitement à la demande, mais un allaitement qui nous convient, qui me laisse davantage de liberté.

Depuis quelques jours, la puce boit des biberons. Qu’elle a accepté avec enthousiasme, du jour au lendemain. On a attendu qu’elle soit prête et c’était chouette comme ça.

J’ai désormais l’impression de n’avoir plus que le positif de l’allaitement. Les tétées sympas, le câlin avant le coucher, le bonheur des retrouvailles avant le boulot. De conserver avec bonheur ce lien entre nous deux, et rien qu’entre nous deux.

Alors je compte en profiter encore quelques mois, avant de commencer à la sevrer en douceur. Parce que je ne me vois pas allaiter un bambin. Parce que j’ai envie de retrouver une liberté complète, de pouvoir boire un thé glacé, un verre d’alcool sans compter le nombre d’heures d’ici la prochaine tétée. Envie de la laisser, peut être, quelques jours à ses grands parents pour des vacances en amoureux.

Et garder un bon souvenir de cette belle histoire, dont je n’aurais pas pensé qu’elle durerait aussi longtemps, moi qui disais au départ que je serais contente de l’allaiter jusqu’à Noël !

Le biberon, le magicien et moi

Mon fils est nourri au biberon (et depuis quelques semaines, aux purées et aux compotes !).

Petit retour en arrière. Avant de rencontrer mon homme, je ne m’imaginais pas en train d’allaiter. Pour lui, par contre, c’était une évidence.

Quand on a appris que j’étais enceinte, nos positions ont changé. On est finalement arrivés à la conclusion “on essaye, on verra ce que ça donne”. Avec l’idée, quand même, de passer assez vite au mixte.

Je me suis donc renseigné, j’ai eu un super cours de préparation à l’allaitement par ma sage-femme, qui m’a donné envie d’allaiter.

Le jour de l’accouchement, mon fils a facilement pris le sein. J’ai adoré cette tétée.

Mais les choses se sont rapidement compliquées. Mon fils tétait longtemps, serait fort le téton et refusait de le lacher. Et même si on m’a bien montré et expliqué comment installer mon fils, rien à faire, j’avais des crevasses. Des crevasses qui sont rapidement devenues très douloureuses. Je pleurais de douleur tout au long des tétées. J’appréhendais la tétée suivante. Du coup, toutes mes angoisses de jeune maman se sont focalisées sur l’allaitement.

J’ai donc pris la décision d’arrêter d’allaiter mon fils et de le nourrir au biberon.

Pourtant, je savais que si je serrais les dents, ça n’était qu’un mauvais moment à passer, le temps que tout se mette en place (ce n’est donc pas un échec de l’allaitement mais bien un choix que j’ai fait). Mais cela voulait dire, pendant quelques jours voire quelques semaines, les repas seraient non pas un moment de calme et de calin, mais un moment de stress et de douleur pour moi, et donc un moment pas serein pour lui. Et je ne voulais pas ça. Dans la balance lait maternel meilleur pour la santé / repas sereins, j’ai privilégié la seconde option. J’avais trop peur que cela crée un problème dans son lien avec la nourriture, qu’il associe le repas avec un moment tendu et pas très agréable. Mon homme m’a soutenu dans ce moment pas évident pour moi (et l’équipe de la maternité a été formidable, encore merci à la puericultrice qui est venue me voir à peu près toutes les heures ce jour là pour voir où j’en étais et discuter avec moi, sans chercher à influencer ma décision). Et le troisième jour, mon bébé a donc pris son premier biberon de lait en poudre. Il a immédiatement accepté le biberon, buvait environ deux fois les doses moyennes d’un enfant de son âge, et a très bien supporté le lait, qui était celui fourni par la maternité. Son père lui a donné des biberons avec grand plaisir. Je ne regrette donc pas ma décision, même si j’ai eu parfois un petit pincement  au coeur en voyant d’autres mères allaiter.

Je vais essayer de faire un petit bilan des avantages et des inconvénients. Je tiens à préciser qu’il ne s’agit pas ici de (re)faire le débat sein/biberon, simplement d’exprimer mon ressenti sur la question.

Les inconvénients d’abord :

  • je ne donne pas à mon fils l’aliment qui lui est le plus adapté. C’est bien sûr l’inconvénient majeur à mes yeux. Je suis toutefois persuadée que le lait en poudre permet aux bébés de se développer tout à fait correctement et de grandir en bonne santé. Ce que je constate au quotidien avec un bébé de six mois en pleine forme, grand, en bonne santé (il n’a jamais été malade, n’a jamais eu de fièvre).
  • Je ne donne plus mes anticorps à mon bébé. Je suis heureuse de lui avoir donné le colostrum pour cela. Mais cela nous a poussé à faire les vaccins tôt, sur les conseils du pédiatre, alors que nous aurions sûrement attendu quelques mois s’il avait été allaité.
  • Contrairement au lait maternel, le lait en poudre a toujours le même goût, et je trouve ça un peu triste. D’un autre côté, ça n’a pas vraiment eu l’air de lasser le magicien.
  • C’est cher. 15 euros la boite jusqu’à maintenant, 20 euros depuis qu’on a changé pour un lait bio. Boite qui fait à peine une semaine.
  • C’est de l’organisation quand on sort. Il faut prévoir les biberons, la dose de lait et d’eau. Quand on part en week end, on a un sac entier pour biberons + boite de lait + bouteilles d’eau + matériel pour le change. Il faut anticiper la durée des sorties à l’avance.
  • C’est de la vaisselle en plus (de moins en moins, remarque, vu qu’il ne boit que 4 biberons par jour contre 7 au début !).
  • mes seins sont marqués par ma grossesse et ma montée de lait et tout ça “pour rien”

Les avantages (presque tous liés, pour moi, au fait que son père* puisse également donner les biberons au magicien) :

  • On a retrouvé les moments agréables et calins des repas. Le magicien a toujours tété avec appétit et bonheur. Le lait lui convient bien, il a eu relativement peu de coliques.
  •  Ca fait plaisir à Paul de donner le biberon. Et ça me fait plaisir de voir ça. Le premier biberon donné par Paul au magicien est vraiment un des bons souvenirs de la maternité.
  • J’adore la manière dont réagit mon fils quand il voit le biberon, bouche grande ouverte et bras tendus.
  • Dès le début, nous avons pu nous partager les nuits, et j’ai donc pu ne pas me lever pendant 6 heures de suite. Ca ça a été profondément bénéfique pour moi qui résiste mal au manque de sommeil.
  • Cela m’a fait du bien de me dire que mon fils n’était pas entièrement dépendant de moi pour se nourrir. Ca m’a donné une sensation de liberté. Et j’ai pu, parfois, laisser notre fils à son père pour aller me ballader, boire un coup… Et j’ai pu le faire sur un coup de tête, sans avoir besoin d’anticiper ou de calculer des horaires. Par exemple, le dimanche où mon meilleur ami m’a appelé et m’a dit qu’il avait besoin de moi, 5 minutes plus tard, j’étais partie de chez moi, et j’étais dispo pour lui, ce qui est très important pour moi.
  • Je n’aurais pas été à l’aise avec l’allaitement en public, je trouve le biberon beaucoup plus simple à ce niveau là. Je n’ai donc pas eu à réfléchir sur comment je pouvais allaiter discrètement dans tel ou tel endroit. Et j’ai pu sortir le biberon dans des situations où le sein n’aurait pas été évident pour moi (débout dans le métro avec le bébé dans l’écharpe, récemment).

* J’ai du mal, par contre, à laisser à d’autres que nous le soin de donner le biberon. Je ne saurais pas trop expliquer pourquoi.

Alors qu’est-ce que je ferai si j’ai à nouveau un enfant naturellement ? Honnêtement, je n’en sais rien. Enfin si, je sais que je tenterai à nouveau. Mais si ça s’avère encore douloureux je ne sais pas quelle décision je prendrai. Peut être que je serai moins angoissée par une deuxième naissance et que je trouverai l’énergie pour traverser cette difficulté en restant relativement sereine, ce que je n’ai pas pu faire cette fois. Mais je sais que si ce n’est pas le cas, je pourrai nourir ce second enfant au biberon sans culpabiliser et en y trouvant de nombreux avantages.