Vouloir un deuxième enfant ?

En ce moment, la question d’un deuxième enfant est d’actualité chez nous. On peut même dire que la décision est prise.

Et depuis quelques temps, j’y pense tout le temps. Parce que cette décision est très loin d’être évidente pour moi. Nous en avons longuement parlé avec Paul hier soir, et il m’a demandé si j’en avais parlé sur “mes blogs et mes forums” (sa formule pour “tous les sites internet sur lesquels tu passes ta vie”). Et j’ai dit non, je lui ai expliqué que c’était difficile de le dire, que j’avais peur du jugement parce qu’il est toujours difficile d’affirmer publiquement que non, la parentalité, ce n’est pas toujours facile et que ce n’est pas “que du bonheur”…

Mais je me suis rappelée aussi des réactions adorables sur mon article “c’est difficile d’être mère“, sur la bienveillance du public de ce blog et puis peut être que d’autres que moi vivent ou ont vécu les choses de cette manière…

Et puis mon amoureux m’a promis que lui aussi écrirait quelque chose pour raconter ce qu’il vivait en tant que père, et ça, je trouve ça chouette !

Bref, revenons au vif du sujet.

Les raisons, les envies qui poussent à avoir un enfant, j’en avais déjà parlé sur les vendredis intellos, il y a un an tout juste. J’y avais parlé de mon vécu concernant l’arrivée du magicien. Et j’avais cité Elisabeth Badinter :

En vérité, la raison pèse peu dans la décision d’engendrer. Probablement moins que dans celle du refus d’enfant. Outre que l’inconscient, lui, pèse de tout son poids sur l’une et l’autre, il faut bien avouer que la plupart des parents ne savent pas pourquoi ils font un enfant et que leurs motivations sont infiniment plus obscures et confuses que celles évoquées dans le sondage. (…) En fait, la décision découle plus largement de l’affectif et du normatif que de la prise en compte rationnelle des avantages et des inconvénients. (E. Badinter, le conflit, p. 22)

Et voilà ce que j’avais répondu :  “je considère qu’Elisabeth Badinter a raison dans mon cas : la raison a peu pesé dans ce choix. Mais contrairement à ce qu’elle semble sous-entendre, je ne considère pas qu’un choix basé sur l’affect soit inférieur à un choix basé sur la raison, sur la rationalité. Je n’ai pas choisi d’avoir un enfant pour des raisons rationnelles. Je ne suis pas tombée amoureuse pour des raisons rationnelles non plus et les choix que j’ai fait concernant ma vie de couple sont aussi guidés essentiellement par l’affect. Je ne les considère pas comme moins légitimes.”

Et aujourd’hui, ironie du sort, je me retrouve dans une situation ou j’ai de bonnes raisons, rationnelles, d’avoir un enfant.

– J’aimerais que le magicien ait un frère ou une soeur. Parce que je viens d’une famille relativement nombreuse (j’ai grandi avec deux frères, une troisième frère est venu nous rejoindre il y a 4 ans), que j’ai apprécié cela et que j’aimerais que le magicien vive cette expérience. Parce que je nous trouve un peu trop centré sur lui et sur lui-seul, et je pense qu’un deuxième enfant apporterait un équilibre bénéfique pour tous.

– C’est le moment de le faire : le magicien commence à grandir, à être un peu autonome. Nous sommes suffisamment en forme pour envisager de revivre la tornade des premiers mois. Et en même temps, le magicien est encore petit, nous ne sommes pas encore sortis des couches, nous avons un rythme de vie adapté à des petits, alors que j’aurais du mal à imaginer m’y replonger dans quelques années. Nous aimerions qu’il n’y ait pas trop d’écart entre nos enfants.

– Nous avons trouvé un équilibre travail/vie perso qui je pense nous permettrait de vivre une grossesse relativement sereinement. Et puis Paul envisage très sérieusement de prendre un congé parental à la naissance d’un deuxième bébé, ce qui nous permettrait de vivre les premiers mois dans des conditions optimales.

– Paul a très très envie d’un deuxième enfant. Il ne s’agit pas ici de lui faire plaisir (ou pas seulement), mais clairement, il serait un père aussi génial et aussi enthousiaste que pour le magicien, et j’ai bien envie de voir ça.

De bonnes raisons donc.

Mais aussi des craintes.

Si j’aimerais avoir un autre enfant, je n’ai pas envie d’être enceinte ou d’avoir un autre bébé. J’ai adoré voir le magicien grandir. J’ai adoré le tenir dans mes bras. Mais j’ai detesté l’impression d’être coincée chez moi, ne pas dormir la nuit, être épuisée. Je profite bien plus de mon fils maintenant qu’il a 2 ans que quand il avait deux mois. Alors que Paul pense avec joie à un autre tout-petit bébé, je calcule le temps qu’on va passer à ne plus sortir, à être épuisée. Même si je sais aussi que je vais m’extasier la première fois qu’il réussira à se retourner, que je le regarderai dormir en me demandant comment nous avons réussi à faire un bébé aussi merveilleux.

J’ai peur, horriblement peur de ne pas être capable de gérer les deux. Je me rends compte du soulagement que c’est, au moment de la sieste du magicien : 2h pour moi ! Comment est-ce que je pourrai trouver l’énergie, la bienveillance nécessaire pour deux enfants, alors que le magicien seul arrive souvent à atteindre mes limites ?

Et surtout pas d’envie profonde d’être enceinte, d’avoir un bébé. J’ai souvent lu ou entendu que le désir d’enfant venait des tripes, j’ai entendu parler de désir irrepressible, d’évidence… Or, je ne le vis pas.

Est-ce qu’on peut être une bonne mère sans passer par cette étape ? Est-ce que des bonnes raisons suffisent pour prendre cette décision “ça y est, maintenant, on essaye d’avoir un enfant ?”. Finalement, l’arrivée surprise du magicien m’avait dispensé de me poser ces questions.

Et je me rends compte aussi que j’ai intégré une certaine représentation de la femme, de la mère. Peut-on être une vraie mère sans avoir cette envie dans les tripes ? Même si je sais que oui, de manière rationnelle, j’ai du mal à m’en persuader au fond de moi.

Je me souviens de la joie profonde ressentie lorsque j’ai appris que j’étais enceinte du magicien. Alors que je n’avais pas prévu cela, que je ne pensais pas avoir envie d’un enfant à ce moment là. Alors je me dis que je le vivrai sans doute à nouveau. Mais si ce n’est pas le cas ? Si, face à un test de grossesse positif, je ne ressens que de la déception ? Ca serait tellement injuste pour ce bébé.

En même temps, c’est aussi peindre les choses en noir. Il y a des instants où je m’imagine avec un nourrisson dans les bras. Les prénoms sont déjà quasiment choisi. Quand je vois le si mignon bébé de ma copine A., j’ai une pointe d’envie. Mais est-ce suffisant ?

Je sais que j’aimerai cet enfant. Mais est-ce que je ne regretterai pas ce qu’il me prend, encore un peu de liberté, d’énergie, de temps…

Bref, tout cela est confus dans ma tête.

Hier soir, sur le ton de la plaisanterie, je disais à Paul : j’aimerais être déjà enceinte, au moins je serais fixée et j’arrêterais de penser à ça toute la journée.

Et vous, vous vous êtes posé toutes ces questions ou ça a été une évidence ? Si vous aviez des craintes, des peurs, comment les avez-vous géré ? Elles ont disparu à l’annonce de la grossesse ? de la naissance ? Elles sont toujours là ? J’aimerais beaucoup vous lire sur ce sujet.

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