Le chat aux yeux d’or

C’est mon collègue qui a absolument voulu commander ce roman pour la bibliothèque. Et quand il est arrivé, c’est la couverture qui m’a fait de l’œil et donné envie de le lire (même si après lecture, on ne retrouve pas vraiment l’héroïne en surpoids dans la petite fille maigrichonne de la photo).

Le chat aux yeux d'or de Slivana de Mari

C’est le jour de la rentrée pour Leila. Elle quitte l’école du quartier des marais où elle vit, entre des bidonvilles et un camp de réfugiés, pour le collège de la ville. Mais elle se heurte au mépris et aux moqueries des élèves plus aisés et des enseignants. Elle aperçoit par la fenêtre un chat . « Il est noir, squelettique, tout écorché et blessé, avec des yeux brillants comme les étoiles quand le ciel en est plein ». Et d’une certaine manière, ce chat va lui venir en aide.

Ce roman n’hésite pas à aborder des sujets très durs. Leila est pauvre. Vraiment pauvre. Sa mère se tue à la tâche en faisant des ménages au noir, sans réussir à en vivre dignement. La réalité n’est pas édulcorée, la précarité s’accompagne de son lot de difficultés :  pères absents, enfants livrés à eux-mêmes, maltraitance et même mutilation sexuelle…. Pourtant, aucun misérabilisme dans la représentation de sa vie. Sa mère est aimante, son quartier est un lieu de découvertes qui fait de Leila une petite fille beaucoup plus dégourdie que ses camarades du même âge, il y règne une certaine solidarité, en particulier entre enfants.

Ce qui est marquant, c’est la dureté de l’école, des professeurs, pour cette enfant qui ne sort pas du moule qu’ils attendent. Il y a ceux qui pêchent pas une pitié excessive (la prof de maths qui la regarde avec pitié au lieu de lui expliquer comment faire une division), le prof de sport qui ne réfléchit pas au fait que ce qu’elle exige n’est pas possible pour tous les élèves :

« Il n’y aura pas cours aujourd’hui car personne n’a sa tenue de sport le premier jour, ça va de soi. On commence donc la prochaine fois. Ceux qui se présenteront sans le nécessaire auront un avertissement, souvenez-vous en. A propos, le nécessaire comprend… ils prennent des notes ? Bien… un survêtement bleu foncé ou éventuellement noir, un T-shirt à manches courtes, blanc, sans rien d’écrit, de dessiné ou de gribouillé dessus, une paire de chaussettes avec talon renforcé, une paire de chaussures de sport…

Leila a pris son stylo, mais elle le repose sans rien écrire. Elle se dit que si elle avait ces affaires ou les moyens de les acheter, elle ne se baladerait pas attifée comme quelqu’un qui s’est échappé d’un camp de réfugiés ou a volé ses vêtements à un épouvantail. (…) Elle sait déjà qu’elle oubliera ses affaires pendant tout le reste de l’année scolaire. »

Mais aussi l’hostilité et le mépris affichés de la prof d’italien :

« De quelle école viens-tu ?

Question facile.

– De la Santorre de Santarosa, répond Leila.

Peut-être était-ce moins facile qu’il n’y paraissait : les angles de la prof d’italien s’effondrent de désaprobation et les rires moqueurs fusent de nouveau dans la classe. Au cours des minutes qui suivent, Leila se rend compte que les écoles se divisent en établissements de catégorie A et établissements de catégorie B.

Or la Santorre de Santarosa fait visiblement partie de la catégorie Z. Son nom ronflant désigne en fait un baraquement à proximité des marais, fréquenté par les enfants des camps de réfugiés et de nomades. On n’y trouve en général aucun spécimen national. L’année dernière, Leila était une exception. D’ailleurs, il n’est même pas prévu qu’un élève sorti de ce poulailler ose gravir les marches menant au collège. La prof d’italien commente : les parents de nationalité italienne, même ceux qui vivent dans les marais (et qui, soit dit en passant, ne sont pas la crème de la crème) ne sont quand même pas si stupides. Comment font-ils pour ne pas comprendre la nécessité d’inscrire leurs enfants ailleurs ? »

La dureté de certains passages est « compensée » par la douceur d’autres. Leila va créer des liens avec des enfants de sa classe. Découvrir que l’aisance financière ne rend pas forcément heureux et ne garantit d’une famille équilibrée. Chacun va apprendre des autres, à l’occasion d’un exposé sur halloween. La lecture (en particulier celle du seigneur des anneaux) va lui permettre, ainsi qu’aux enfants de son quartier, d’accéder à autre chose. Un chien perdu, qui débarque chez elle, va contribuer à la rendre heureuse. Et son propriétaire qui la recherche pourra peut être bien jouer un rôle dans sa vie…

Le happy end est un peu (beaucoup) facile, mais donne le sourire. C’est un des avantages du roman jeunesse de faire passer sans que ce soit gênant un retournement de situation pas forcément crédible.

La présence du fantastique, très légère, avec le personnage du chat, n’existe peut être que dans l’imagination des lecteurs. J’ai aimé le fait qu’elle ne soit pas trop appuyée.

La seule réserve que j’aurais sur ce roman, c’est le début. Le prologue n’est à mes yeux pas très utile et les « conseils pour devenir écrivain » de l’auteur qui ouvrent le premier chapitre jurent avec le ton du reste du livre. Mais il serait vraiment dommage de s’arrêter à ça et de ne pas découvrir la suite.

Un roman à lire dès l’entrée au collège (les personnages sont donc en 6e) et à faire lire aux plus grands, aux adultes et aux profs pour qu’ils réalisent qu’ils pourraient faire partie de ces personnes un peu méprisantes, même sans le vouloir, face à une élève qui ne rentre pas dans le moule, alors que souvent, comme Leila dans ce roman, c’est quelqu’un d’extraordinaire que l’on va avoir envie de suivre et de découvrir.

Un autre avis chez Radicale (blog découvert récemment et qui décidément me plait bien…).

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