Un pays à l’aube

Une fois n’est pas coutume, je vais vous parler aujourd’hui d’un livre pour adultes. Alors qu’au moment où cette article est publié, je suis au salon du livre jeunesse de Montreuil.

Un pays à l'aube

Je dois avouer que ce livre faisait partie de ma PAL de cet été… Je l’avais bien commencé à la fin de l’été, mais j’ai été prise dans une sorte de tourbillon à la rentrée qui m’a forcé à le laisser de côté beaucoup trop longtemps. Je l’ai enfin repris il y a quelques temps, et j’ai bien fait, car ce livre est vraiment formidable.

C’est difficile de le résumer tant il est riche. Pour le faire très sommairement, nous sommes aux Etats-Unis juste après la première guerre mondiale, et les deux personnages principaux sont Luther Laurence, un jeune noir bientôt père qui tente de trouver sa place dans cette société seggregationniste, et Danny Coughlin, flic à Boston, chargé d’infiltrer les milieux syndicaux, qui va peu à peu se laisser convaincre par certaines de leurs idées. Après de nombreuses péripéties, le premier va entrer au service de la famille du second.

Mais bien au delà, c’est un portrait de toute la société américaine que dresse Lehane : la place des noirs dans la société et les premières luttes pour leurs droits, l’épidémie de grippe espagnole, la haine contre les “bolcheviques” et l’utilisation de cette lutte pour rejeter les revendications des syndicats, la vie quotidienne très difficile pour les classes populaires, les attentats anarchistes, la cohabitation difficile des immigrés de différentes origines, la place de la religion, la corruption, la naissance du FBI…

Lehane aborde tout cela dans un récit épique, jamais ennuyeux ou théorique, toujours plein de vie et de fureur. Pour rendre ce récit vivant, il multiplie les personnages, toujours bien construits et nuancés même pour ceux qui n’apparaissent que quelques pages. Aucun n’est un héros lisse, et les deux personnages principaux doivent assumer leurs failles, leurs erreurs et leurs errances, mais ils pourront se raccrocher à des valeurs et des convictions, même si ce sont parfois elles qui les feront basculer. (“Ils se sont arrangés pour que la seule solution qui s’offre à vous soit aussi celle qui vous condamne”)

Il y a peu de moments de répit dans ce livre, au ton sombre. On sent tout au long du livre la situation se tendre, et même si on espère que tout va bien se finir, on se fait malheureusement peu d’illusions.

– Je suis sûr qu’on trouvera une solution… commença-t-il.
– Ecoute, Coughlin, l’interrompt Steve en lui posant une main sur le bras, je t’aime bien mais faut que tu saches qu’y a pas toujours de “solution”. La plupart du temps, quand on dégringole, c’est sans filet. Sans rien pour nous rattraper. On tombe dans le vide, c’est tout.
– Jusqu’où ?
Steve ne répondit pas tout de suite. Il regardait par la vitre en pinçant les lèvres.
– Là où finissent ceux qui ont pas de filet.

Il y a bien des histoires d’amour, mais elles semblent impossibles… Heureusement l’amitié forte qui émerge entre les personnages apporte quelques moments de répit et un peu d’espoir.

Je connaissais Dennis Lehane pour ses romans policiers (en particulier la série avec Mc Kenzie et Gennaro qui est absolument géniale), on est dans un tout autre registre ici, roman historique ou épopée, publié à tort dans la collection Rivages/Thriller. Mais on retrouve sa capacité à créer un vrai suspens, à donner envie de poursuivre, de ne pas lâcher le livre (qui fait quand même 760 pages écrites petit).

Voilà, pour une vraie critique de ce livre (tout aussi enthousiaste que la mienne), voir ici.

Lehane a publié récemment une sorte de suite, Ils vivent la nuit, dont le héros est Joe Coughlin, le jeune frère de Danny, et qui a lieu sous la prohibition. J’ai prévu de le piquer à mon père (qui m’a fait découvrir Lehane il y a quelques années et qui est un grand fan), mais je n’avais pas le courage de me lancer immédiatement dans une lecture quand même un peu exigeante (il faut dire qu’en ce moment mon critère de comparaison c’est ma voiture de Byron Barton donc tout roman bien écrit me semble exigeant).

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