C’est difficile d’être mère

« Une maman se doit d’être parfaite. Et éprouver lassitude, épuisement, colère, indifférence, lui donne vite le sentiment d’être une mère indigne. C’est encore plus vrai pour celles qui ne travaillent pas, culpabilisées déjà par leur statut de mère au foyer, et supposées s’occuper de leurs chers petits dans une continuelle félicité. »

Françoise Lelord

J’ai déjà crié sur mon fils.

J’ai déjà fait semblant de ne pas entendre qu’il était réveillé pour avoir 5 minutes de plus juste pour moi.

Je me suis déjà franchement ennuyée en reconstruisant sa pyramide de cube pour la 25e fois.

Je lui ai déjà arraché un truc des mains parce que j’en avais marre de lui répéter qu’il n’avait pas le droit d’y toucher.

J’ai déjà été soulagée le mercredi soir en me disant que le lendemain, je reprenais le boulot.

Je lui ai déjà dit qu’il me faisait chier.

J’ai déjà claqué la porte de sa chambre en lui disant que je ne voulais plus le voir.

J’ai déjà eu envie de lui mettre une fessée, une tape sur la main. J’ai même déjà eu des bouffées de violence qui m’ont fait peur.

J’ai déjà eu envie, pendant une seconde ou une heure, de retrouver ma vie d’avant, de pouvoir aller au ciné ou de sortir sans réfléchir ni organiser.

J’ai déjà fini la journée en larmes parce que j’en avais marre de m’occuper de lui. Tellement marre que je n’arrivais plus à voir à quel point il est extraordinaire.

J’ai déjà eu l’impression de sacrifier ma liberté, voire ma vie, pour lui.

J’ai déjà eu l’impression que maintenant qu’il était là, j’étais coincée.

J’ai déjà eu envie de le jeter par la fenêtre, de le secouer.

Et à chaque fois, je m’en suis voulue.

Il y a quelques temps, je discutais avec une connaissance et je lui disais que j’avais été profondément heureuse de reprendre le boulot après mon congé mat’ parce que j’en avais marre de passer toutes mes journées à ne faire que m’occuper du magicien. Et elle m’a regardé en me disant “c’est rare qu’on le dise”. Et finalement, même si j’essaye d’être franche concernant mon rapport à la maternité, j’ai tendance comme beaucoup de personnes à répondre “oui très bien” quand on me demande “ça va ?”. J’ai tendance à peindre la maternité en rose. A ne pas parler de tout cela. Même sur ce blog, je parle beaucoup plus souvent des petits bonheurs avec mon fils que des difficultés, de ce qui grince, de ce qui fait mal.

Pourquoi ?

Parce que ça ne se dit pas. Parce qu’être mère “c’est que du bonheur” et qu’il faut au moins présenter cette façade. Parce que quand on n’est pas dans cette situation au quotidien, le jugement est facile, et que je ne suis pas prête à l’affronter.

Parce que je préfère parler de ce qui est beau, de ce qui va bien.

Parce que je culpabilise profondément de tout ça. Que pour certaines pensées, certains actes, je m’en veux et j’en souffre encore plusieurs semaines plus tard. Et que les mettre en mots est difficile. Comme cette fois où j’ai crié sur ce bébé d’un mois 1/2 dans son transat. Que je l’ai fait pleurer. Et que j’ai pleuré aussi, de tristesse et d’impuissance. Ce sont des choses beaucoup plus difficiles à dire que les choses joyeuses.

Parce que je suis privilégiée sur bien des points (père impliqué, bébé très cool) et donc que je m’interdis de me plaindre.

J’envie Paul. Qui passe par ces phases là, ou en tout cas certaines d’entre elles, mais qui a conscience que ça arrive à tout le monde de craquer, que ça fait finalement partie de la vie de parent, et que ça ne vaut pas le coup de s’en vouloir pendant des semaines. Que ça ne remet pas en cause ce qu’on donne à notre fils chaque jour. Même si je sais qu’il a raison, je n’en suis pas capable.

Je n’aime pas la différence que l’on fait souvent entre parents violents et parents non violents. Surtout quand c’est d’un point de vue extérieur. Je me souviens d’une mère et de sa fille de 3-4 ans à la bibliothèque. Après une fessée, la fille était punie sur une chaise, en larmes, et la mère lui refusait le bisou qu’elle demandait. Oui, j’ai trouvé cette scène violente, mais en même temps je n’étais pas dans la tête de la mère et je ne sais pas ce qui faisait qu’elle en était arrivée là. C’est souvent difficile de ne pas juger.

Jusqu’à aujourd’hui, je n’ai jamais eu véritablement de difficulté à ne pas mettre de fessée à mon fils. Mais je me garderais bien de dire que jamais je ne lui mettrai une fessée ou une tape sur la main. Parce que je sais que ça m’arrivera à nouveau de me sentir démunie et que peut être, malheureusement, que je ne verrai pas d’autre solution pour sortir d’une situation de crise. Est-ce que ce sera plus grave, plus violent que des cris ?

Je me dis aussi que j’élève mon fils dans des conditions proches de l’idéal. Nous avons choisi de l’avoir (même s’il n’était pas prévu), j’ai trouvé un équilibre entre m’occuper de lui et poursuivre mon travail que j’adore, son père s’occupe de lui autant que moi. Et puis, surtout, le magicien est un bébé facile, souriant, bon dormeur, bon mangeur, en bonne santé… Qu’en serait-il si le magicien était un bébé plus difficile ? Si j’étais seule pour m’occuper de lui ? Si je n’avais pas croisé, pendant ma grossesse et depuis, des gens (dans la “vraie vie” comme sur internet) qui m’ont permis de réfléchir à quelle mère je voulais être ? Comment jeter la pierre à des parents qui craquent, quelque soit la gravité des actes qu’ils commettent ? J’ai à ce sujet beaucoup aimé l’article de Sandrine S Comm C sur les vendredis intellos une mère digne de ce nom ne ferait jamais ça.

D’ailleurs, le blog des vendredis intellos, aborde régulièrement la question de la violence éducative, en donnant des pistes pour gérer autrement mais aussi en reconnaissant qu’on est humain, que c’est bien joli sur le papier mais que parfois on craque et qu’on n’y arrive pas. C’est pour ça que je préfère de loin ce type de blog aux livres d’éducations (le seul que j’ai lu étant Au coeur des émotions de l’enfant de Filliozat, et autant j’y ai trouvé des pistes intéressantes, autant j’ai vraiment vécu l’introduction comme “si vous ne suivez pas ma méthode, votre enfant finira malheureux/drogué/délinquant”).

Je sais que cet article est fourre-tout, part dans tous les sens. Mais c’est justement parce que dans ma tête tout cela est bien embrouillé et que je ne sais pas toujours par quel bout prendre les choses. Il me paraissait cependant important de les dire.

Au quotidien, je dois apprendre à être aussi tolérante avec moi même, aussi prête à me pardonner une erreur que je suis prête à pardonner aux autres. Je regarde mon fils et je me dis que malgré mes erreurs, il va bien. Il a même l’air d’être vraiment heureux. C’est que je dois m’en sortir pas trop mal.

PS : pour des gentilles lectrices qui s’inquiéteraient du ton sombre de ce billet : je vais bien en ce moment. Vraiment. C’est justement parce que je vais bien que je suis capable d’écrire tout ça et d’assumer que parfois, je vais mal et que parfois, c’est dur.

Edit d’octobre 2013 : je vous conseille vivement, sur ce sujet, l’article de Mme Déjantée, nous sommes des menteuses de mères en filles.

Advertisements

3 thoughts on “C’est difficile d’être mère

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s