Tobie Lolness de Timothée de Fombelle

Il y a des auteurs jeunesse qui font l’unanimité parmi ceux qu’on appelle les prescripteurs (bibliothécaires, critiques…). C’est le cas de Timothée de Fombelle. Des collègues m’ont régulièrement conseillé ses livres. Il a même répondu à une longue interview dans télérama en décembre dernier (hors celle qui me connaissent savent que chez moi, télérama est à peu près l’équivalent de la Bible chez d’autres).

Alors ça faisait un moment que je me disais qu’il fallait que j’y jette un coup d’oeil. Tout en étant un peu méfiante (j’ai un côté tête de mûle qui me fait parfois boycotter les livres proclamés grands succès).

J’ai commencé par son premier roman, en deux tomes, “Tobie Lolness”. Et non, je n’ai pas du tout été déçue, bien au contraire.

(source : Electre)

(source : Electre)

Le roman s’ouvre avec cette phrase : “Tobie mesurait un millimètre et demi, ce qui n’était pas grand pour son âge”. Nous voilà immédiatement transportés dans le monde de ces petits êtres. Un monde dans lequel les flaques d’eau sont des lacs, les oiseaux de dangereux prédateurs et où une noix peut nourrir une famille entière pendant plusieurs semaines. Un arbre monde où des villages entiers se nichent sur des branches et où on cultive le lichen, on élève les cochenilles pour la cire et les oeufs et où on boit du jus d’écorce.

Tobie Lolness

Pourtant, le livre s’ouvre sur un adolescent de 13 ans en fuite, poursuivi par des dizaines d’hommes qui cherchent à le capturer ou à le tuer. Ses parents ont été arrêtés, et il se retrouve seul poursuivi par les hommes de Jo Mitch, aussi bêtes que cruels.

On découvrira par la suite que son père, Sim Lolness, est un grand savant et qu’il refuse de divulguer de secret d’une de ses découvertes qui, dans de mauvaises mains, pourrait mettre en péril l’arbre.

Ce roman est donc avant tout un grand roman d’aventure, plein de rebondissements et de péripéties. Courses poursuites, espionnage chez l’ennemi, découverte d’un pays étrange où la vie n’a pas grand chose à voir avec celle sur l’arbre.

L’auteur alterne avec beaucoup de talent les scènes trépidantes et les passages plus calmes : oasis de paix à l’abri des regards dans une période de tourments ou souvenirs heureux. Le bonheur en famille, un peuple accueillant, une rencontre et une amitié qui évolue peu à peu…

Parce qu’au delà d’un roman d’aventure, il y a aussi une belle histoire d’amour. En effet, la route de Tobie a croisé la route d’Elisha :

“Elle sourit et c’était quelque chose que Tobie aima beaucoup. Elle souriait extraordinairement bien pour son âge. En principe, à partir de quatre ou cinq ans, on sourit moins bien. Et ça n’arrête pas de se dégrader. Mais elle paraissait sourire pour la première fois.” (P. 39)

Le livre porte également un message fort sur l’écologie. L’arbre est un monde fragile, a l’équilibre precaire qu’il s’agit de protéger contre les attaques de l’homme. Et en particulier contre l’ambition dévorante de Jo Mitch, bien décidé à s’enrichir et prêt à tout pour mener à bien ces projets, même à détruire l’arbre. J’ai été moins convaincue par cette partie là que j’ai trouvé trop appuyée (le “trou dans la couche des feuilles”…). Idem pour l’insistance sur la tolérance envers les gens différents et l’antiracisme là encore un peu insistant. Mais cela ne gâche en rien le plaisir de l’aventure et de la découverte de cet univers merveilleux.

Les méchants sont caricaturaux, mais cela rend le livre jubilatoire. Il y a un vrai jeu sur la notion d’excès. Les méchants sont trop cruels, trop méchants, trop bêtes, trop gros, trop moches… Mais certains pourront changer. (J’ai trouvé le personnage de “Patate” assez génial).

Ce livre est un régal parce qu’il est particulièrement bien écrit. Il y a de la poesie, sans que jamais cela n’allourdisse le recit. La langue est pleine d’inventivité. J’ai particulierement apprécié le jeu sur les expressions : l’auteur crée de nouvelles origines à des expressions comme “vieille branche”, “gueule de bois” et “tu n’es pas dans ton assiette”.

Bref, un vrai coup de cœur ! À lire dès 12-13 ans.

Pour conclure, quelques mots de l’auteur :

“Ne nous méprenons pas, c’est le souffle de l’aventure qui transporte le lecteur. Il faut se méfier des « messages ». Mais si je transmets quelque chose, c’est d’abord la conscience de la fragilité des êtres et du monde, et par conséquent l’importance de l’intensité, à chaque instant de la vie. En fait, la seule vraie responsabilité que je me donne, c’est de passer le goût de la lecture, de donner l’expérience du plaisir de la lecture.”

Et moi, j’ai pris à la bibliothèque le dernier roman de Timothée de Fombelle, Victoria rêve! Je vous en parle bientôt!

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3 thoughts on “Tobie Lolness de Timothée de Fombelle

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