Aux sources de la peinture aborigène : exposition au musée du Quai Branly

La peinture aborigène nait en 1971 à Papunya. Un “centre de peuplement” où on a regroupé des centaines d’aborigènes qui étaient jusque là semi-nomades. Un professeur de dessin, Geoffrey Bardon, pousse alors les adolescents, puis les hommes à peindre des épisodes mytiques en utilisant leurs motifs rituels, utilisés jusque là pour dessiner sur le sable, la roche ou la peau. Ils réalisent alors une fresque pour décorer l’école puis peignent des tableaux, le plus souvent sur des matériaux de récupération (d’ailleurs les premiers tableaux, peints sur des morceaux d’aggloméré, sont rarement parfaitement rectangulaires !).

Ces peintures sont un acte artistique, mais également politique : il est un moyen de combattre l’acculturation voulu par le gouvernement australien. Geoffrey Bardon sera d’ailleurs contraint de quitter Papunya dès 1972.

Les motifs représentés sur ces tableaux ont été pendant des siècles reservés aux seuls initiés. Aujourd’hui encore, si certains sont connus, d’autres restent innaccessibles : “chez les Aborigènes, les notions de transmisson et de révélation sont strictement codifiés. Il faut admettre ainsi qu’un blanc restera à jamais incapable de déchiffrer la totalité des signes qui se trouvent sur les tableaux et qu’une partie de leur mystère perdurera toujours” (Philippe Peltier, conseiller scientifique de l’exposition).

L’exposition commence par expliquer le contexte, et présente quelques objets rituels et des vidéos de cérémonies rituelles. On y trouve par exemple des boucliers peints :

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(source image : musée du quai Branly, Gautier Deblonde)

Les tableaux sont ensuite regroupés par peuple et par artiste.

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Rêve d’eau à Kalipinypa de Walter Tjampitjinpa

Les tableaux aborigènes représentent le “temps du rêve”, période mythologique de création du monde. A Kalinpinya, le dieu de la foudre a créé 5 points d’eau (les cercles concentriques). Les lignes représentent la foudre et les points la pluie qui s’infiltre dans la terre.

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Rêve de l’émeu de Long Jack Phillipus Tjakamarra

Les peintures aborigènes représentent des paysages vus du ciel. On a ici, au centre, le puit où est né le premier émeu, représenté par ses empreintes. Les lignes ondulées à gauche représentent une rivière.

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Rêve de l’esprit de l’igname de Tim Leura Tjapaltjarri

L’igname est un tubercule qui ressemble à la pomme de terre et qui constitue la base de l’alimentation des aborigènes. Elle est donc souvent représentée dans les tableaux.

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Le rêve de l’homme de John Tjakamarra

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Feu de bush II de Clifford Possum Tjapaltjarri

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Grande cérémonie du rêve Pintupi d’Anatjari Tjakamarra

Cette toile raconte le combat entre les ancêtres et des opposums. On peut voir leurs traces de pas sur le site cérémoniel. Les triangles blancs représentent les couteaux utilisés lors du combat.

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Cérémonie des hommes de Freddy West Tjakamarra

L’exposition se termine sur plusieurs toiles monumentales (donc difficile de montrer sur le blog ce que ça donne “en vrai”), en particulier rêve de l’esprit dans la région de Napperby de Tim Leura Tjapaltjarri :

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La ligne qui traverse la toile “évoque le voyage de l’artiste à travers son territoire ancestral”. On trouve sur cette toile des évocations de toiles antérieures, comme le rêve de l’esprit de l’igname dans “l’encadré” ocre clair. Le squelette à droite est celui du père ou du grand-père de l’artiste. “Il figure le lien inséparable qui lie les membres d’une lignée à leur terre”.

Une très belle expo, complètement différente de ce qu’on voit d’habitude. La découverte vaut vraiment le coup.

En plus, j’aime bien les espaces d’expo au qui Branly : ils ont de la place dont les salles sont grandes, on circule facilement. Pas de mise en scène inutile, juste les toiles sur fond blanc. Superbe.

Les oeuvres sont nombreuses (presque trop). Et j’ai trouvé ça intéressant de voir la cohérence d’un art fondé sur des motifs traditionnels, mais aussi la spécificité de chaque artiste qui les réinterprête pour en faire une oeuvre personnelle.

Bon, il faut bien râler un peu, alors disons que je trouve dommage qu’on trouve l’explication des différents symboles seulement au milieu de l’expo. Heureusement que j’ai visité l’expo avec un ami qui les connaissait et qui a pu décrypter certains éléments des premières salles.

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