Lire aux tout-petits (première partie) : pourquoi ?

Petit retour en arrière, il y a un peu plus d’un an 1/2 maintenant. Je débarque à la bibliothèque pour mon premier jour de travail, juste après avoir obtenu mon concours. Ma collègue me propose d’assister à des lectures pour les enfants de moins de 3 ans. J’étais alors complètement perdue : tous mes repères habituels de lecture à haute voix n’existaient plus avec un public aussi jeune. Et je ne comprennais pas trop l’intérêt de proposer des livres à des bébés de quelques mois. Mais rapidement, j’ai perçu puis compris la richesse de ces séances.

Je voulais donc essayer de partager cette richesse et de montrer quel est l’intérêt de lire à son enfant.

Pourquoi ?

Je m’appuierai ici en grande partie sur les analyses de l’association ACCES (Actions Culturelles Contre les Exclusions et les Ségrégations), puisque j’ai été formée par des membres de cette association.

D’après Marie Bonnafé, l’un des fondatrices de cette association, psychanalyste, on utilise deux types de langues orales. Une langue “factuelle” d’une part, utilisé pour décrire ce qui entoure le tout-petit (“il fait beau”, “c’est une voiture”) ou la plupart des actes de l’enfant (“tu cours vite!”) ou du parent (“je fais à manger”). Une langue “du récit” d’autre part, beaucoup plus riche au niveau du vocabulaire, des structures grammaticales et des métaphores, plus proche de la langue écrite. Ce langage est indispensable pour la construction des enfants, et pour, par la suite, leur accès à l’écrit et l’apprentissage de la lecture.

La découverte de cette “langue du récit” se fait d’abord souvent, chez le bébé, par l’intermédiaire des chansons ou comptines traditionnelles (ou non) chantées par ses parents. L’album est également un excellent accès à cette langue du récit. En effet, même les albums les plus simples présentent un langage riche. Les systèmes de répétition de morceaux de phrases ou de structures grammaticales, très fréquents dans les livres pour les tout-petits, permettent à l’enfant de se repérer dans le récit (un peu comme les refrains des chansons).

Lorsqu’on lit à un bébé, comme lors d’une chanson, il est d’abord sensible au rythme et aux variations de la voix. L’album lui permet également de découvrir une nouvelle “langue”, celle de l’illustration, de l’image. J’ai été impressionnée par la finesse d’analyse de l’image de certains enfants, qui mettaient en avant des détails que je n’avais même pas remarqué !  Petit à petit, il va pouvoir accéder au sens, être capable de suivre une histoire. Il va comprendre que le texte écrit a un sens.

Au delà de ces raisons “théoriques”, raconter une histoire à un petit, c’est aussi un vrai bonheur ! Le moment de lecture est un moment privilégié d’échange et de calin avec l’adulte qui lit. Ca serait dommage de passer à côté !

A lire pour en savoir plus :  les livres, c’est bon pour les bébés.

Petite parenthèse sur l’engagement de l’association ACCES : elle a été créée en 1982 à la suite du colloque Apprentissage et pratique de la lecture à l’école qui s’est tenu en 1979 à Paris sous l’égide du Ministère de l’Éducation nationale et qui s’interrogeait sur les difficultés d’apprentissage de la lecture, et à leur lien avec le milieu socio-économique de la famille de l’enfant et l’explique par le manque de “langue du récit” dans les familles en difficulté. En effet, si la plupart des parents chantent ou récitent des comptines à leurs bébés, cela cesse généralement quand l’enfant grandit. Et dans les familles les plus défavorisés, le livre ne prend pas le relai pour proposer d’autres formes de cette langue du récit. ” L’objectif de l’assocation A.C.C.E.S. est de mettre récits et albums à la disposition des bébés et de leur entourage en s’appuyant sur les partenariats entre bibliothèques et services de la petite enfance et en privilégiant les milieux les plus démunis.

En effet, l’accès à l’écrit et aux récits par l’écoute ludique d’histoires, de contes, de comptines, et par la manipulation de livres dès le moment où se constitue le langage oral, joue un rôle de prévention essentiel.

Il ne s’agit pas d’un apprentissage précoce. Faire découvrir le plaisir des histoires dans une ambiance détendue, c’est aborder dans de meilleures conditions l’acquisition de la langue écrite. S’adresser aux tout-petits et à leur entourage, c’est favoriser un développement harmonieux de la personnalité de l’enfant et une plus grande égalité des chances de réussite et d’insertion sociale.”

A quel âge commencer ?

On peut commencer très tôt, lire à des bébés de quelques semaines. Une de mes collègue a commencé à lire des livres à sa fille de trois semaines. En accueil parents/enfants, nous recevons régulièrement des bébés de 3 à 6 mois. D’ailleurs, quand je fais un cadeau de naissance, c’est généralement un livre !

Il est d’ailleurs plus facile de commencer à lire à des enfants de cet âge là. En effet, aux alentours de 9 mois/1 an, les petits sont très accaparés par leur découverte de la mobilité et de la marche. Ils sont moins disponibles pour la découverte du livre et auront du mal à se concentrer plus de quelques minutes s’ils n’y sont pas habitués plus jeunes. C’est pourtant à cet âge là que souvent, les parents diminuent les formes de langue du récit qu’ils leurs proposaient (moins de chansons, de comptines) et donc que le livre devient vraiment nécessaire. S’ils ont l’habitude du livre, les enfants continueront à être attentifs à la lecture.

En effet, l’enfant s’habitue peu à peu au livre, va être de plus en plus disponible pour la lecture, être peu à peu attentif sur des périodes plus longues… A la bibliothèque, des enfants de crèche entre 1 an 1/2 et 2 ans 1/2 viennent toutes les semaines à des séances de lecture à la bibliothèque. En début d’année, il est difficile de maintenir leur attention tout au long d’une histoire. Mais au fur et à mesure, on constate l’évolution et en fin d’année ils restent sans difficulté attentifs pendant toute la demie heure d’activité !

Dans quelques jours, la suite !

Après cette partie théorique, des partages d’expérience et des sujets plus pratique : comment lire, quels livres choisir…

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8 thoughts on “Lire aux tout-petits (première partie) : pourquoi ?

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