Lire aux tout-petits (deuxième partie) : comment ?

Dans cette seconde partie (la première partie, “pourquoi”, est ici), je regroupe des conseils donnés en formation et des constats tirés de mes lectures aux petits ou des expériences de certaines de mes collègues. Mais ce ne sont bien sur pas des vérités générales : chaque enfant réagit différemment, a ses propres goûts, donc il faut s’adapter à lui.

Il faut aussi noter que je lis à des enfants que je connais pas ou peu, la relation avec son propre enfant au moment de la lecture est différente (je pourrai en parler plus directement dans quelques mois !).

Le maitre mot, pour les lectures d’album, c’est plaisir. Et loisir. Et partage. Une de mes collègues utilise l’expression “offrir une histoire”, que je trouve très juste.

Comment lire ?

L’association ACCES insiste sur le respect du texte. Il est inutile de simplifier une histoire ou d’expliquer tous les mots que l’enfant ne comprend pas, sauf si l’enfant pose la question. En effet, l’enfant peut profiter du plaisir de la langue, de la musicalité des mots même sans tout comprendre, ou faire appel au contexte ou à l’image pour comprendre un mot compliqué. S’il ne pose pas la question, c’est qu’il n’a pas vraiment besoin du sens de ce mot. Il faut se rappeler qu’on est dans la lecture plaisir et pas dans la lecture apprentissage (il aura largement le temps de la pratiquer par la suite). Et que s’interrompre pour donner des explications trop fréquentes remet complètement en cause le rythme de l’album.

De plus, il est important qu’un enfant retrouve le même texte quand des personnes différentes lisent un même album. Garder le même texte lui permet de comprendre que le texte écrit a un sens particulier, qu’on ne peut pas faire varier d’une lecture à l’autre. Les enfants adorent écouter encore et encore la même histoire, jusqu’à la connaître par coeur. Retrouver les mots qu’ils connaissent et auxquels ils s’attendent fait alors partie du plaisir de la lecture (un peu comme retrouver un doudou). Une petite anecdote rapportée par une collègue : elle intervenait dans une structure ou un enfant un peu plus grand (environ 4 ans) refusait de s’installer avec les autres et restait à jouer dans son coin à l’autre bout de la salle. Il ne semblait rien écouter. Un jour, une lectrice a changé quelques mots d’un album, et cet enfant s’est alors levé et est intervenu pour corriger cette lectrice, il connaissait cette histoire par coeur !

Si l’enfant pose une question ou un commentaire, il faut bien sur lui répondre. Mais j’essaye de faire en sorte que cela n’interrompe pas trop l’histoire, afin que l’enfant comprenne le déroulement de l’histoire. Mais il faut noter que je lis en général des histoires à plusieurs enfants en même temps, avec un seul on peut être plus souple !

Le cas particulier des livres sans texte :

l'oeuf et la pouleIls ne sont pas toujours faciles à utiliser. Personnellement, j’évite de raconter une histoire à partir des images, parce que je me suis rendue compte que soit je ne faisais que décrire les images, ce qui n’est pas très utile puisque l’enfant les voit, soit je proposais une interprétation particulière, ce qui risquait de “bloquer” l’interprétation que l’enfant pouvait en avoir. La solution la plus simple est alors de montrer le livre à l’enfant sans le commenter, après tout, c’est un livre sans texte, c’est donc que le texte n’est pas nécessaire. Mais je trouve encore ça difficile de tourner les pages du livre sans rien dire (pourtant un de mes collègues y arrive très bien !). Parmi les solutions que j’ai trouvées, j’aime bien utiliser les “bruitages”. Par exemple, dans “l’oeuf et la poule” d’Enzo et Iela Mari, on alterne entre les pages consacrées à la poules et celles à ce qui se passe à l’intérieur de l’oeuf, du coup, je fait le bruit de la poule lorsqu’elle apparait, et les pages consacrées à l’oeuf je ne dis rien. Ca peut marcher dans d’autres livres avec des bruits d’instruments, de moteurs, etc.

Autre solution : laisser parler les enfants.C’est souvent un vrai plaisir pour eux de commenter leslivre de l'été images, d’attirer notre attention sur un détail précis… A faire en particulier avec les livres géniaux de Rotraut Susan
Berner consacrés aux saisons, dans lesquels on retrouve d’une page à l’autre et d’un livre à l’autre des personnages, des moyens de transports, des animaux… C’est alors super de suivre un personnage, un chat, un camion, d’une page à l’autre !

Ceci est de toute façon la théorie générale. Il faut s’adapter à l’enfant, et surtout ne pas perdre de vue qu’on est ici dans le plaisir et pas dans la contrainte !

Les réactions du tout-petit face au livre

  • le livre, objet de manipulation

Avant de découvrir que le livre est porteur de sens, l’enfant va s’intéresser à lui en tant qu’objet : le saisir, le manipuler, le tourner dans tous les sens, imiter ses parents en prenant des positions de lecture, tourner les pages dans un sens et dans l’autre… Il est important de laisser l’enfant manipuler librement le livre afin qu’il puisse se l’approprier.

L’idéal pour cette période de découverte, ce sont les petits livres tout cartonnés qui peuvent être manipulés facilement, sans trop de risque qu’ils soient abimés. Une petite difficulté supplémentaire intervient lors de la phase où le bébé met tout à la bouche. C’est un moyen de découverte de l’environnement essentiel pour lui, donc il est intéressant de prévoir un ou deux livres qu’il pourra porter à la bouche et machouiller sans problème. Mais pour éviter que tous les livres soient abimés, à la bibliothèque, on suggère de leur “occuper” la bouche (tétine, doudou à sucer, etc) pour qu’ils puissent manipuler les livres sans être tentés de les mettre à la bouche.

Il est intéressant également de leur proposer des albums plus grands, en papier, même s’ils nécessitent une surveillance plus étroite. (Ah, et si vous empruntez un livre à la bibliothèque et que bébé l’abime, surtout ne le réparez pas ! Les bibliothécaires ont du matériel spécifique pour les réparations, rapportez le livre en l’état et signalez le problème au bibliothécaire, nous si le livre est réparable on ne demande pas de remboursement !). Autre précaution à prendre : éloignez tout stylo, crayon pour éviter que le livre soit gribouillé !

Pendant la lecture, le petit apprécie aussi souvent de tourner les pages d’un livre. Mais il ne le fait pas forcément de façon linéaire. Il peut aller trop vite pour le lecteur, sauter des pages ou faire des allers-retours dans le livre. Dans ce cas, en général, je le laisse libre de parcourir le livre comme il le souhaite, après lui avoir fait remarquer que comme ça, je n’avais pas le temps de lire l’histoire, et quand il s’arrête sur une page, je lui lis le texte de la page en question.

  • comment savoir si ce livre lui plait ?

Il faut regarder bébé, qui sait bien manifester sa satisfaction avec son visage, mais aussi avec tout son corps. On sent si bébé est détendu, on voit s’il fixe ou non le livre. S’ils sont intéressés, les petits ont tendance à toucher le livre, parfois à tenter d’attraper certains détails de l’illustration. Mais il ne faut pas attendre qu’un petit de moins de trois ans écoute systématiquement toute une histoire sans bouger. Parfois, il a besoin de bouger, de se lever, de s’éloigner un peu de la personne qui lit. Cela ne veut pas forcément dire qu’il n’est plus attentif, simplement qu’il en avait assez de rester immobile. Cela vaut donc le coup de lire encore quelques pages pour voir s’il suit l’histoire, s’il continue à regarder le livre. Il se rapprochera peut être ensuite.

  • Un moment de plaisir

Il est important, comme je l’ai déjà dit, que la lecture soit un moment de plaisir et non un moment de contrainte. Il ne faut pas penser “apprentissage” mais “loisir” (même si l’enfant apprendra forcément des choses pendant la lecture). Il s’agit donc d’offrir la lecture, et de ne pas en attendre quelque chose en retour (éviter par exemple de lui demander ce qu’il a retenu/compris de l’histoire, il n’y a pas besoin de faire une “évaluation).

Loulou.jpgSi un enfant n’a pas envie, à un instant T, d’écouter une histoire, il ne faut pas forcer la lecture. Il faut même accepter d’interrompre une histoire si ça ne l’intéresse plus, cela n’a aucune importance si on ne finit pas le livre. On peut même aller plus loin : beaucoup d’enfants choisissent des histoires qui font peur (Loulou de Solotareff par exemple), dès 2-3 ans, et testent ainsi leurs limites. Fermer un livre ou s’éloigner peut aussi être une façon de dire “stop, c’est trop pour moi”. En général, ils redemanderont le livre par la suite, et réussiront au bout d’un certain temps à surmonter leur peur et à aller plus loin dans l’histoire.

  • Accepter les remarques face au livre

Comme je le disais plus haut, nous ne sommes pas là pour évaluer la lecture. L’enfant fait souvent des commentaires sur le livre, l’histoire ou l’image. Si cela ne correspond pas au texte du livre, ce n’est pas grave. C’est sa lecture, sa compréhension du livre, et pour lui cela correspond à une vérité, il ne faut pas lui dire que c’est faux. Sa compréhension du livre évoluera par la suite, en réécoutant l’histoire ou en grandissant.

bebes-chouettes-detail.jpgUn exemple, extrait de Bébés chouettes de Martin Weddell et Patrick Benson, souvent conseillé pour les tout-petits. Il s’agit de trois bébés chouettes qui attendent, inquiets, le retour de leur maman. Mais sur cette image, beaucoup d’enfants voient des parents et leur bébé plutôt qu’une fratrie. Ils voient ce qu’ils ont besoin/envie d’y voir, ce n’est pas forcément nécessaire de les corriger !

De même, quand les enfants posent une question ouverte (par exemple “pourquoi tel personnage fait ça?” “où est tel personnage (qu’on ne voit plus à l’image)?”), j’essaye de proposer une réponse qui laisse quand même de la place à son imagination, voire je lui retourne la question (“qu’est-ce que tu en penses toi?”).

Ensuite, à chacun sa manière de lire, sa personnalité. J’aime d’ailleurs bien écouter un livre lu par des personnes différentes, parce que je me rends compte que chaque lecteur rend le livre unique !

A venir, des conseils de titres, d’albums que l’on utilise fréquemment avec les tout-petits !

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