Il était une fois les filles… de Patrick Banon

il était une fois les filles

Il y a quelques temps, nous avons reçu à la bibliothèque l’affiche reprenant l’illustration de couverture de ce livre. Et j’ai été très intriguée par cette magnifique illustration d’Anne-Lise Boutin, et j’ai cherché à en savoir plus.

Et je suis tombée sur ce livre assez passionnant, publié chez Actes Sud Junior. Patrick Banon y décripte les mythes qui ont contribué à créer l’inégalité entre hommes et femmes, et qui laissent encore des traces dans la société contemporaine.

Résumé de l’éditeur : l’auteur décrypte les mythes et les religions et parvient à en dégager les stéréotypes qui fondent ce qu’il nomme une “mythologie de la différence”. Celle-ci a, depuis toujours, légitimé une vision utilitaire des femmes, destinées dès la naissance par les hommes à leur propre reproduction. Fonder une nouvelle mythologie égalitaire n’est pas si facile… L’auteur est en effet spécialisé en science des religions. Pour en savoir plus, c’est ici (vous pouvez même feuilleter les premiers chapitres du livre).

Je ne peux que vous conseiller de vous plonger dans ce livre. Même s’il est publié dans une collection destinée à la jeunesse, cet ouvrage est tout aussi adapté aux adultes et je ne le conseillerai pas à des jeunes de moins de 14-15 ans. Les explications sont riches, les encadrés utiles, et le thème même du livre fascinant. Les (très) courts chapitres rendent la lecture facile (même si l’on souhaiterait parfois plus d’exemples ou le développement de certains arguments).

C’est une excellente réponse à ceux qui lient situation traditionnelle des femmes (liées au foyer, à l’éducation des enfants) et nature. Patrick Banon montre qu’il s’agit bien d’une construction culturelle, même si elle est très ancienne.

Pour résumer (très rapidement) ce qu’il dit :

Pendant longtemps, les femmes ont été liées au foyer alors que les hommes se réservaient la vie publique. Cela a encore une influence certaine dans la société actuelle, en Europe mais encore plus dans le reste du monde. D’où est-ce que cela vient?

Patrick Banon se penche sur l’apparition de l’agriculture, moment où tout bascule. En effet, auparavant, la femme représentait à elle seule la fécondité et le lien avec le divin. Mais “la révolution agricole et la sacralisation de la terre donnent à la procréation une place centrale dans les nouvelles religions émergentes : (…) “Croissez et multipliez!” (…) les femmes se retrouvent au coeur d’un système de pensée qui les asservit en les maintenant dans le rôle de matrice. Puis un arsenal de contrôle se met en place”. “Les mythes qui font de la femme une terre à conquérir et à labourer attribuent à l’homme la mission de perpetuer la “race masculine””. Paradoxalement, donc, cette période entraîne à la fois la sacralisation et l’asservissement de la femme. Cela explique l’importance de la virginité de la femme, des mariages contrôlés par les hommes, du maintien de la femme dans l’espace intérieur. La femme est la matrice de l’immortalité de l’homme, puisqu’elle portera ses fils, mais elle est elle-même “le début et la fin de sa propre existence, puisque la seule filiation reconnue est masculine”. Les facultés reproductives de la femme deviennent la propriété du mari, ce qui explique l’importance accordée à la virginité féminine. Cela sera repris par la suite par les trois religions monothéistes.

Va également se développer l’idée que la femme est par nature inférieure à l’homme. Parce qu’alors que l’homme a été créé à l’image de(s) Dieu(x), la femme a été créée à l’image de l’homme (mythe de Pandore, création d’Eve à partir d’une côte d’Adam). Aristote défend l’idée selon laquelle la femme serait un homme imparfait, voire inachevé. L’homme est considéré d’essence divine, la femme d’essence terrestre. L’église catholique va d’ailleurs très sérieusement s’interroger sur l’humanité de la femme : a-t-elle une âme ? La femme, rapidement rendue responsable des fautes de l’humanité (boite de Pandore, péché originel) doit donc être étroitement contrôlée par l’homme. Il est intéressant de voir à quel point cela fait l’unanimité, quelque soit la culture ou la religion (premières épopées en sanscrit, antiquité gréco-latine, judaïsme, christianisme, islam…).

Ces théories antiques, archaïques, vont avoir des conséquences très concrètes tout au long de l’histoire, et jusqu’à aujourd’hui : pieds bandés des chinoises, excision, dissimulation du corps de la femme.

L’auteur conclut en invitant à remettre en cause les rôles tels qu’ils ont été définis et à fonder l’organisation du monde sur “la dynamique de la différence, qu’elle s’exprime entre masculin et féminin, entre étranger et autochtone ou entre croyant et athée”.

Et pour finir, quelques illustrations d’Anne-Lise Boutin, aussi belles que troublantes :

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Toi aussi tu adores ces illustrations ? 

Qu’est-ce que tu penses des explications de l’auteur ?

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